Autres dépendances

OU DÉPENDANCES SANS DROGUES

Présentation
Les troubles alimentaires

L’addiction au travail
Le jeu pathologique
La cyberdépendance
Sport, dopage et conduites addictives
L’achat compulsif

Présentation :

La dépendance non liée à des substances psychotropes se rencontre de plus en plus fréquemment dans notre type de société, dite de consommation.
La fureur de consommer, la kleptomanie, la passion du jeu, l’obsession sexuelle, les troubles alimentaires comme, entre autre, l’anorexie et la boulimie, l’aliénation au travail, l’addiction au sport, la folie des moyens de communication – télé, sms, Internet, ordinateurs  – la sujétion à un groupe religieux…. Autant de dépendances plus ou moins connues dont la reconnaissance est très difficile, car elles sont toutes plus ou moins cachées – du moins au début (il en est souvent de même pour les autres addictions où une ou plusieurs drogues sont présentes).

La définition de la dépendance non liée à des substances comme la drogue, l’alcool ou les médicaments est très difficile à établir. Mais le processus d’entrée dans l’addiction est le même : on passe d’un usage simple à un usage nocif pour terminer par une dépendance au(x) produit(s). En revanche, ce genre de troubles peut être tout aussi destructeur car ressenti comme étant indispensable pour leur bien-être par les personnes concernées. Celles-ci perdent peu à peu tout contrôle, leur vie est entièrement focalisée sur ce comportement qui devient leur centre d’intérêt, leur raison de vivre. Il s’agit d’une quête permanente, d’un moyen de résoudre les problèmes ou d’une fuite. Il peut aussi s’agir d’une récompense qu’on s’accorde à la fin d’une dure journée de travail. La « dose » doit être augmentée en permanence ( c’est le phénomène de la tolérance), phénomène bien connu des toxicomanes, les privations pouvant être très éprouvantes, tant sur un plan physique que psychologique.

Il y a d’autres points communs, car chaque attitude peut devenir une dépendance si elle est poussée à l’extrême. On peut tout faire sauf avec excès ; mais où se situe l’excès, pour chacun de nous il est différent, chacun de nous en avons une représentation différente. Le processus de la dépendance passe par plusieurs étapes : d’abord elle procure une certaine jouissance, ensuite elle passe de l’habitude à l’abus, jusqu’à l’installation de la dépendance. La personne concernée en a besoin pour fonctionner normalement, la jouissance est, elle, vite passée.

L’addiction ne peut être isolée de toute influence extérieure. Le fait qu’une personne risque de « tomber » dans une telle problématique dépend de sa constitution psychologique, de son bagage personnel mais aussi de son entourage social : les parents, la famille, l’école, les amis et les collègues, le travail, les médias etc. Les traditions, les schémas de comportement d’une famille, l’éducation sont des empreintes indélébiles pour une personne.

Nous vous proposons de voir successivement :

  • Les troubles alimentaires
  • L’addiction au travail
  • Le jeu pathologique
  • La cyberdépendance
  • Sport, dopage et conduites addictives
  • L’achat compulsif

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Les troubles alimentaires

Présentation :

Les troubles du comportement alimentaire (ou TCA) peuvent revêtir plusieurs aspects. Ces problèmes sont toujours la conséquence d’une détresse, d’un profond malaise, d’une mauvaise acceptation de son corps ou de traumatismes. Les TCA se caractérisent par un rapport à la nourriture, en termes de qualité et de quantité. Les troubles de l’alimentation sont reliés à de graves problèmes émotionnels qui se manifestent par une préoccupation du poids de son corps, souvent influencée par les revues de mode et toute la publicité valorisant le corps d’une maigreur extrême, et par une relation particulière avec l’alimentation.
En cherchant à assurer la couverture des besoins nutritionnels nécessaires à la vie, le comportement alimentaire est en partie instinctif. Mais il est aussi conditionné par la recherche de plaisir qui dépend de nombreux facteurs d’ordre psychologiques et socioculturels.
Il arrive à tout le monde de faire des excès alimentaires par gourmandise ou de calmer son stress en grignotant des sucreries de façon impulsive et passagère. Mais parfois, le comportement alimentaire se dérègle de façon anormale et devient dangereux pour la santé.
Quels sont ces troubles ? D’où viennent-ils ? Refuser de s’alimenter ou avoir une envie permanente de s’alimenter sont des TCA. Nous nous interrogerons successivement sur l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie nocturne,
Ces troubles peuvent être durables et très invalidants, engendrant même un risque vital (en particulier pour l’anorexie).

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L’anorexie

Considérations générales :

Si l’étymologie du mot anorexie fait référence à la perte d’appétit, l’origine du problème ne réside cependant pas dans l’absence de la sensation de faim. En effet, loin d’avoir perdu l’appétit, la personne anorexique lutte d’une manière active contre la sensation de faim, du moins au début, dans le but de ne pas prendre de poids et d’aspirer de plus en plus à un idéal de minceur, qui du reste ne sera jamais atteint. Après une certaine période de restrictions alimentaires, le corps s’adapte à cet état de « famine » et la sensation de faim s’apaise ; moins je mange, moins j’ai faim, entraînant un dérèglement des mécanismes biologiques de la faim et/ou de la satiété.

Il n’est pas rare que l’anorexie concerne une adolescente « boulotte » qui commence par un régime….. qui réussit….. trop bien. Ce régime, souvent approuvé et souhaité par l’entourage, va se transformer en une préoccupation d’être toujours plus mince. Elle peut également survenir à la suite d’un échec scolaire, d’une déception amoureuse, d’un deuil ou d’un régime amaigrissant faisant suite à une remarque « vexante » sur le physique de la personne.
Cette maladie est caractérisée par une peur ou une souffrance liée au poids et à une angoisse de perdre le contrôle en mangeant. Rester au même poids d’un jour à l’autre, ou pire, prendre quelques grammes, engendre chez elle une intense panique, accompagnée d’angoisse et de sentiments dépressifs.
On note également une perturbation, voir une altération, très marquée de l’image du corps. Ainsi, lorsque une anorexique se regarde dans un miroir, elle se trouve – ou trouve certaines parties de son corps – toujours trop grosse, alors que son extrême maigreur est flagrante.
On a tendance de parler de l’anorexie et de la boulimie au féminin. En effet, neuf fois sur dix, c’est une fille qui est concernée. On estime que l’anorexie touche environ 1% des adolescentes. Elle connaît un pic vers 15-16 ans et un autre vers 18 ans.

Critères cliniques de l’anorexie :
Pour l’anorexie, les critères diagnostiques, issues du DSM-IV, sont les suivants (ils doivent être tous présents pour établir ce diagnostic)

  • Refus de maintenir un poids égal ou supérieur au poids minimal compte tenu de l’âge et de la taille (poids 15% ou plus en dessous du poids minimal).
  • Peur intense de prendre du poids ou de devenir gros, même avec un poids anormalement bas.
  • Trouble dans la manière dont le poids ou la forme du corps sont perçus ; influence indéniable de la forme du corps ou du poids sur l’estime de soi, ou déni de la gravité de l’état de maigreur.
  • Chez les jeunes filles post-pubères, aménorrhée, c’est-à-dire absence d’au moins trois cycles menstruels consécutifs (une femme est considérée comme aménorrhéique si ses règles n’apparaissent que sous l’administration d’un traitement hormonal).

L’anorexie en chiffre :

  • 90% des anorexiques sont des femmes,
  • 2% de la population féminine est concernée,
  • les cas d’anorexie auraient été multiplié par 4, passant de 1/1000 à 4/1000 ces vingt dernières années,
  • l’anorexie touche toutes les classes d’âge, avec cependant un pic vers 13-15 ans, un autre vers 18-20 ans.

Caractéristiques associées :
Pour une anorexique l’idéal reste, pendant longtemps, d’avoir un corps sans graisse, sans substance, sans formes. Le corps est souvent source de dégoût, de honte. Les attributs de la féminité sont en général refusés, ainsi que la sexualité d’une manière globale. L’arrêt des règles est d’ailleurs généralement accepté avec soulagement et/ou indifférence.
Le mode alimentaire apparaît souvent comme très bizarre. Outre les restrictions alimentaires excessives, tout ce qui est en rapport avec la nourriture ou le repas est complètement transfiguré : l’anorexique met souvent les couverts sans apporter de nourritures à sa bouche, recrache dans sa serviette les aliments, boit d’énormes quantité d’eau ou s’alourdit de poids divers pour faire croire à l’entourage qu’elle reprend du poids.

Certains anorexiques centrent leurs activités sur la nourriture : elles préparent de bons petits plats pour toute la famille, étudient la cuisine ou la diététique, travaillent dans un magasin d’alimentation ou dans un restaurant, ou encore gardent de la nourriture dans leur chambre, sans jamais y toucher. Ainsi, elles se « mettent à l’épreuve » en contrôlant l’acte de toucher, d’en parler, de manger ou de ne pas manger ; elles tentent, à travers ces activités, de gérer l’angoisse d’un manque de contrôle.

Les différents types d’anorexies :
Le DSM-IV distingue deux sous-types distincts d’anorexie :

  • le type restrictif,
  • le type compensatoire

La première catégorie concerne les anorexiques qui perdent du poids exclusivement à travers des restrictions et/ou caloriques sévères – voire à travers une non-alimentation quasi-totale – éventuellement accompagné d’exercices physiques intenses.
La seconde catégorie concerne des anorexiques qui sont sujettes à des boulimies intensément culpabilisées et ne parviennent à la maigreur qu’en utilisant des « comportements compensatoires » : vomissements provoqués, utilisation de laxatifs, de diurétiques à hautes doses, exercices physiques intensifs.
Malgré l’absence de nourriture, l’anorexique reste longtemps dynamique et active et rien ne transparaît d’une quelconque souffrance ou d’un trouble alimentaire, ce qui explique qu’elle puisse maigrir dans des proportions importantes avant que son entourage s’en inquiète. La disparition des règles ou aménorrhée, est l’un des premiers symptômes. La minceur devient maigreur, puis état de dénutrition.

Quelles en sont les conséquences physiques ?
En ce qui concerne les complications médicales de l’anorexie, la plus courante est l’aménorrhée (arrêt des règles). Cet arrêt des règles peut provoquer, à long terme, des problèmes de croissance osseuse ainsi qu’une ostéoporose précoce. En fonction de la durée de l’anorexie il peut y avoir :

  • un risque de stérilité,
  • une hypocalcémie,
  • une carence vitaminique et en oligo-éléments,
  • une sécheresse de la peau, une perte des cheveux, des ongles cassants,
  • une constipation,
  • une frilosité,
  • une cyanose des extrémités,
  • une hyperactivité sur le plan physique (l’anorexique est une fanatique du jogging) et intellectuelle, comme s’il s’agissait d’accroître l’élimination des calories et des graisses indésirables;
  • des épisodes de boulimie soigneusement cachés et fortement culpabilisés;
  • des crampes au ventre, ….

La fonte des muscles engendre aussi un rétrécissement de tous les organes constitués par des tissus musculaires (matrice, cœur, …). Certains anorexiques présentent dès lors une bradycardie (ralentissement des battements du cœur) et/ou une arythmie cardiaque après l’effort physique, symptôme qui peuvent, plus rarement, causer un arrêt cardiaque éventuellement fatal.
La triade des 3 A s’installe progressivement :

  • Anorexie qui se majore petit à petit allant de la restriction plus ou moins qualitative (la viande, les aliments gras) au refus de l’alimentation quasi-total;
  • Amaigrissement variable, pouvant aller jusqu’à 1/3 du poids;
  • Aménorrhée.

Qu’en est il sur le plan psychologique ?
Statistiquement, l’anorexique a de bonnes capacités intellectuelles ; l’intellectualisation, la rationalisation sont très marqués. Il existe une sorte de négation de l’image du corps, l’anorexique ne se perçoit jamais comme maigre, elle paraît indifférente à l’amaigrissement. Il existe une angoisse très marquée lors de toute ingestion de nourriture.

D’une façon générale, on observe fréquemment un certain nombre de comportement, en voici quelques exemples :

  • déni de la gravité de la maigreur actuelle : l’anorexique nie avoir un problème avec la nourriture.
  • obsession : sa vie est réduite à une seule préoccupation : maigrir.
  • image de soi : peu d’estime de soi, elle ne se trouve pas belle; elle ne s’aime pas ; elle a beaucoup de mal à s’accepter telle qu’elle est, c’est pourquoi elle utilise l’autodestruction.
  • autodestruction : pour pallier à une trop grande souffrance, elle cherche à se faire du mal et peut avoir des comportements d’automutilation, voire même des tentatives de suicide.
  • contrôle : besoin d’avoir le sentiment de contrôler sa vie qui passe obligatoirement par celui de la nourriture.
  • perfectionnisme et maniaquerie tant au niveau scolaire, professionnel que ménager.
  • abandon de ses loisirs et perte de sa vie sociale avec un enfermement dans son monde et être de moins en moins accessible par son entourage.
  • recherche de chaleur : à force de ne pas s’alimenter convenablement, elle a de la peine à se réchauffer ; elle a tendance à avoir froid, à se tenir près des radiateurs, à augmenter le chauffage de sa chambre et à se cacher sous des vêtements amples qui ne reflètent pas sa maigreur.
  • difficulté à trouver le sommeil entraînant des difficultés de concentration et un épuisement.

Qu’en est-il du pronostic ?

  • 1/3 des cas évolue favorablement avec restauration des relations sociales, amélioration des relations avec la famille, reprise des règles (ceci est un bon signe de l’arrêt du processus anorexique) ;
  • 1/3 des cas évolue vers une amélioration incomplète, avec souvent des rechutes et souvent une alternance avec des phases boulimiques et anorexiques ;
  • 1/3 des cas évolue vers une persistance de la symptomatologie anorexique, avec une restriction des relations avec l’entourage pouvant entraîner l’installation d’une dépression chronique.
  • il existe un certain nombre de décès par cachexie (état d’amaigrissement extrême) ou plus souvent encore par suicide.

Existe-t-il un traitement ?
L’évolution est variable. Le traitement des troubles alimentaires est souvent long et difficile. La négation du problème est le principal obstacle à la guérison. Certaines anorexiques, dont le poids a tellement chuté qu’on a du les hospitaliser, restent persuadées qu’elles ont une alimentation équilibrée.
Il est possible, une fois le problème reconnu et accepté, de « guérir » d’un trouble du comportement alimentaire. Cela demande du temps et un investissement personnel important dans une démarche thérapeutique.
Différentes approches thérapeutiques peuvent être proposées :

  • thérapie cognitivo-comportementale
  • thérapie analytique
  • thérapie motivationnelle
  • approches corporelles.

La thérapie peut être individuelle et/ou familiale. Pour les malades et pour les proches, il existe des groupes de soutien qui proposent un espace privilégié de rencontre et d’échange avec des personnes confrontées aux mêmes difficultés. Participer à ces groupes de parole peut être un premier pas pour faire face à la maladie. Alors que pour la boulimie, la prise en charge peut se faire en ambulatoire, il arrive que pour l’anorexique une hospitalisation soit nécessaire, lorsque sa vie est en danger.

Le traitement thérapeutique visera, dans un premier temps, à permettre à la personne de retrouver un poids qui ne la mette plus en danger. Dans certains cas, l’éloignement avec la famille peut être bénéfique, à la fois pour la personne malade et pour ses proches ; ces derniers passant par des moments de souffrance et d’incompréhension il est important qu’ils puissent eux aussi bénéficier d’une aide ou d’un soutien psychologique.

Comment aborder la question en tant que parent ?
Si votre enfant se préoccupe, de façon exagérée et répétitive, de son poids il est important de pouvoir en discuter calmement avec lui. Apprenez lui la différence, il existe une infinité de tailles, de formes et de poids et que l’idéal féminin n’est pas forcément le mannequin vanté par la publicité. Un corps sain n’est pas forcément synonyme de minceur.
Il est important d’être vigilant au moment de la puberté et de l’adolescence, périodes où le corps se transforme. Ces modifications corporelles sont plus ou moins bien acceptées par l’adolescent. Les remarques désobligeantes, même sur le ton de la plaisanterie, sur le poids ou l’allure sont à proscrire car elles peuvent avoir un effet dévastateur et blesser profondément. Si vous remarquez que les choses se dégradent, il est important de consulter un professionnel, l’expérience montre que plus le traitement est précoce, plus il a de chance d’être efficace.

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La boulimie

Considérations générales :
La boulimie est officiellement reconnue dans la nomenclature psychiatrique à partir des années 1980. La boulimie est un comportement chaotique face à la nourriture se caractérisant par un besoin irrésistible et inassouvissable de manger, avec une consommation rapide de grandes quantités en un temps limité. Il s’y ajoute une préoccupation de tout ce qui entoure l’aspect physique du corps, le poids, les formes et la nourriture.
Il ne faut pas confondre la boulimie avec la fringale ou la gourmandise. La fringale est une faim impérieuse, qui est due à un manque physiologique de glucose (ce qui arrive parfois aux femmes dans la période avant les règles). Quant à la gourmandise elle est toujours associée à la notion de plaisir. La personne boulimique, au contraire, souffre profondément de son état. Enfin, reste à ne pas confondre la boulimie avec l’hyperphagie incontrôlée, cette dernière n’étant pas accompagnée de comportements compensatoires.
La personne a souvent une apparence « normale » et soignée, ce qui lui permet de cacher très longtemps sa problématique ; d’autant plus, que dans 70% des cas les boulimiques ont un poids normal ou légèrement en-dessous ou au-dessus de la moyenne.
Tout comme l’anorexique, la personne boulimique vit dans la terreur de prendre du poids. Pour éviter de grossir, elle va mettre en place des comportements compensatoires divers : elle se fait vomir, parfois même plusieurs fois par jour, et/ou consomme des laxatifs et/ou des diurétiques de façon excessive, avec tous les risques que ces recours représentent pour l’organisme, et/ou fait des jeûnes prolongés après les excès alimentaires et/ou s’organise des séances d’exercice intensif (jogging ou musculation par exemple).
La personne boulimique perd le contrôle de son alimentation, et est sujette à des épisodes de suralimentation, caractérisés par un besoin irrépressible de manger. Ces crises surviennent fréquemment et souvent en dehors des repas, et en général en cachette. La crise est souvent précédé par une période de fébrilité et se déroule dans une sorte d’état second. Il s’agit d’un moment de vraie perte de contrôle, qui échappe totalement à la volonté de la personne. En perdant le contrôle de son alimentation, la personne boulimique a aussi l’impression de perdre le contrôle de sa propre vie. Après chaque crise, revient la conscience d’avoir à nouveau cédé. La boulimie se vit donc dans l’angoisse, la culpabilité, la honte, le dégoût de soi ; sentiments négatifs qui empêchent souvent la personne de chercher de l’aide auprès de parents ou d’amis, ou de s’investir dans une thérapie, souvent longue.

La boulimie en quelques chiffres :
La boulimie est un trouble complexe, multifactoriel qui se caractérise concrètement par des crises compulsives ou la prise alimentaire prend des proportions incontrôlables.

  • 70% des boulimiques sont des jeunes filles ou des femmes,
  • 10% des femmes sont touchées à un moment ou à un autre par des périodes alimentaires compulsives,
  • 70% des boulimiques ont un poids normal (« invisibilité » du trouble),
  • 20% des boulimiques souffrent d’une autre dépendance.

Quels en sont les critères diagnostics ?
Pour la boulimie, les critères diagnostics (DSM IV) sont les suivants :

  • Absorption, en un temps limité (inférieure à deux heures), d’une quantité de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des gens absorberaient en une période et un temps similaire et dans les mêmes circonstances,
  • Sentiment de perte de contrôle sur le comportement alimentaire pendant la crise (impression de ne pas pouvoir s’arrêter de manger et/ou de ne pas contrôler la nature ou la quantité de ce qui est avalé).
  • Des comportements compensatoires inappropriés et récurrents visant à prévenir la prise de poids : vomissements provoqués, emploi abusif de laxatifs, diurétiques, lavements ou autres médicaments, périodes de jeûne, exercice physique excessif.
  • Ces comportements compensatoires et crises de boulimie répétés surviennent tous les deux en moyenne au moins deux fois par semaine pendant trois mois.
  • L’estime de soi est influencée de manière excessive par le poids et la forme corporelle.
  • Le trouble ne survient pas exclusivement pendant des périodes d’anorexie mentale.

Signes associés :
Les personnes qui souffrent de boulimie peuvent présenter un ou plusieurs signes associés, en fonction de la gravité et de la durée de la maladie.

  • Il peut arriver que périodes de boulimie et d’anorexie se succèdent : on parle alors d’anorexie-boulimie. Une telle alternance de suralimentation et de jeûnes provoque des déséquilibres physiques qui peuvent voir, à long terme, des conséquences parfois graves. De plus, ce comportement alimentaire anarchique et un vécu psychologique douloureux peuvent également engendrer, chez les femmes, des troubles importants du cycle menstruel, voir l’arrêt des règles.
  • Un phénomène dépressif peut se mettre en place.
  • Tendance à l’anxiété (phobie sociale, attaque de panique, …).
  • Conduites hyperactives possibles.
  • Autre toxicomanie ou comportements déviants (alcoolisme, achats compulsifs, vols, etc…).
  • Tendance à l’automutilation (coupures) exprimant le dégoût de son corps et la haine de soi.

La fréquence des crises est variable : elle va de quelques crises par semaine jusqu’à dix par jour, suivies par des vomissements répétés. Aussi, des périodes de crises intenses et rapprochées peuvent se présenter à certains moments particuliers et durer plusieurs jours ou semaines, séparées par des intervalles de répit, marquées par des périodes de jeûnes, où rien ne peut être ingéré pendant plusieurs jours. Toutes perturbations dans la vie de la personne peuvent déclencher une crise, entre autre l’approche de la période des règles, le stress des difficultés sexuelles, des contrariétés, des échecs sentimentaux, scolaires ou professionnels, …

Qu’en est-il des conséquences physiques ?
Une ou plusieurs des conséquences mentionnées peuvent apparaître ; elles dépendent notamment de la durée et de la gravité de la maladie :

  • Un arrêt des règles (aménorrhée),
  • Érosion de l’émail dentaire (dents fragiles et cassantes) et caries dues aux vomissements provoqués,
  • Douleurs gastriques et abdominales (troubles digestifs), dilatation de l’estomac,
  • Inflammations chroniques de la gorge et de l’œsophage,
  • Carence vitaminique, en minéraux (potassium et sodium), et en oligoéléments,
  • Gonflement de certaines glandes salivaires (parotides),
  • Fatigabilité, épuisement,
  • Hypocalcémie, risque d’ostéoporose,
  • Excroissance sur les doigts ou le dos des mains suite aux contacts répétés avec les dents, lorsque ces personnes tentent de provoquer le réflexe de vomir en enfonçant les doigts dans la gorge.
  • Suite aux vomissements répétés, des ulcères de l’œsophage et de l’estomac peuvent se développer ainsi que des risques d’hémorragie œsophagienne.

Quels sont les comportements qu’il est possible de relever ?
Les manifestations de la maladie sont particulières chez chaque personne concernée. On observe toutefois un certain nombre de comportements qui reviennent fréquemment chez les personnes souffrant de boulimie. En voici quelques exemples :

  • Obsession : la nourriture envahit toutes les pensées : la planification des crises, comment les cacher à l’entourage, comment éliminer  tout ce qui est absorbé. Dans l’esprit de la personne souffrant de boulimie, la nourriture est comme une drogue. Au moment où le besoin de manger l’envahit, la tension est si forte que la personne se trouve dans une sorte d’état second, incapable de se contrôler ou de se concentrer sur autre chose. La seule chose qui importe alors est de se retrouver seule pour « faire une crise ». Pour cela, il lui arrive de supprimer ses rendez-vous ou de les organiser en fonction de ses crises de boulimie.
  • Contrôle : malgré cette pression extrêmement forte, la personne qui souffre de boulimie fait tout pour cacher son état et sa maladie. En public, elle donne la plupart du temps l’image d’une personne « sans problèmes ».
  • Repas : manger en public est pénible pour la personne souffrant de boulimie, elle évitera donc un maximum ces situations (sorties au restaurant, fêtes, réunions professionnelles, repas de famille, …). Si elle se trouve en compagnie, elle mangera en général peu. Pendant ou après le repas il lui arrive de disparaître régulièrement aux toilettes afin de se faire vomir.
  • Image de soi : honteuse de son comportement, qu’elle garde secret la personne boulimique a une piètre image d’elle-même. Les crises ne font que renforcer le dégoût de soi, l’entraînant dans une spirale infernale autodestructrice.
  • Régimes : la crainte de grossir est une obsession. La personne boulimique n’est jamais satisfaite de son poids (qui est généralement normal, compte tenu de sa taille) et met une grande énergie à essayer d’éliminer par tous les moyens ce qui a été absorbé durant la crise. Il lui arrive de sauter des repas et finalement tenaillée par la faim, finit par ingérer de grandes quantité de nourritures en un rien de temps.
  • Comportement social difficile : la personne a de la peine à respecter ses rendez-vous, à tenir parole et à gérer son argent. Les dépenses occasionnées pour la nourriture peuvent entraîner de sérieux problèmes financiers, pouvant même aller parfois jusqu’au vol à l’étalage. Toute l’énergie passe dans la préoccupation de la nourriture, l’entraînant peu à peu à abandonner ses loisirs, à perdre de vue ses amis et à s’isoler.

Quelles en sont les conséquences sur la famille et les proches ?
Lorsqu’un trouble alimentaire entre dans une famille, ce sont tous ses membres qui sont touchés. Face à la personne malade, les proches sont envahis par une foule de sentiments : culpabilité, sentiments d’échec, d’incompétence, de colère, d’anxiété, de tristesse et d’impuissance, voire de désespoir.
Les parents et les proches sont souvent désemparés, ne sachant plus quelle attitude adopter, et peuvent à leur tour sombrer dans le découragement. Il leur est difficile de comprendre et d’accepter la maladie, qui par ailleurs est encore parfois considérée comme une simple question de volonté. Il en résulte de profondes tensions, en particulier au moment des repas.
Il est important de ne pas rester seul face à la maladie d’un proche. Les parents et l’entourage ont eux aussi besoin de soutien et d’un accompagnement pour eux-mêmes. Il est important que les proches puissent avoir un lieu de parole pour exprimer leur propre souffrance, avoir un espace pour eux-mêmes, prévoir des activités qui leur font plaisir, continuer à voir des amis, …
Il existe dans certaines villes des groupes d’entraide proposant un espace de parole et de soutien. Il est également possible de suivre un une psychothérapie individuelle, familiale ou de groupe.

Existe-il un traitement ?
Le traitement des troubles alimentaires est souvent long et difficile. La négation du problème est le principal obstacle à la guérison. Il est possible, une fois le problème reconnu et accepté, de « guérir » d’un trouble du comportement alimentaire. Cela demande du temps et un investissement important dans une démarche thérapeutique.
Différentes approches thérapeutiques peuvent être proposées :

  • un traitement médicamenteux peut permettre une amélioration de l’état psychique de la personne ; il doit être couplé avec une psychothérapie individuelle et/ou familiale.
  • une thérapie familiale, afin d’éliminer, dans le système familial, la communication dysfonctionnelle ou négative, tant au sujet de la nourriture que d’un point de vue général, et de rendre plus structurés les rythmes et situations de vie et d’alimentation. Elle permet d’entendre et de faire entendre à tous la parole et la souffrance de chacun. En effet, chaque personne à sa propre perception des évènements, et le manque de communication induit une incompréhension réciproque : chacun conçoit sa propre souffrance et ne la partage pas. Il s’agit de déculpabiliser parents, proches et malades, qui semble essentielle à toute ouverture aux changements.
  • une thérapie individuelle est souvent nécessaire
  • une approche cognitivo-comportementale peut être proposée et permet de remplacer le schéma alimentaire irrationnel que le sujet a établi par un schéma diététique normal et acceptable. Des techniques de contrôle alimentaire sont proposées, comme la tenu d’un carnet alimentaire avec un plan alimentaire journalier.

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D’autres troubles alimentaires

L’hyperphagie nocturne :
C’est en 1955 qu’apparaît pour la première fois le terme de « Night eating syndrome »décrivant un comportement consistant en un besoin impérieux de manger au cours de la nuit (hyperphagie nocturne). L’individu se réveille au cours de la nuit et ne peut se rendormir qu’après avoir absorbé une copieuse collation, souvent ingurgitée dans un demi-sommeil. Le lendemain matin, il ne lui reste que des souvenirs imprécis de ce qu’il aura consommé durant l’épisode nocturne.
Il n’est pas rare que la personne souffre aussi de troubles du sommeil : somnambulisme, apnée obstructive du sommeil. On peut comprendre cette conduite comme un « abandon » du contrôle favorisé par le relâchement nocturne. Toute la journée, l’individu contrôle son comportement alimentaire ; ce contrôle se trouve mis en échec durant la nuit. On a aussi noté divers troubles neuroendocriniens associés à l’hyperphagie nocturne, qui sont autant de voies de recherches : élévation amoindrie du taux de leptine nocturne et de mélatonine, augmentation du cortisol plasmatique.

Les fringales de sucre :
Il s’agit de fringales impérieuses d’aliments exclusivement sucrés, qui pour les auteurs, s’apparenteraient à une toxicomanie et s’expliqueraient par la recherche d’une augmentation du taux de sérotonine cérébrale qui serait obtenue en ingérant du saccharose.
Les fringales de sucres ont aussi été évoquées à propos de la « dépression printanière », consistant en états dépressifs débutant régulièrement en automne et disparaissant au printemps, se manifestant par un ralentissement psychique, de la fatigue, une augmentation du temps de sommeil, des fringales sucrées et une prise de poids.

La chocolatomanie :
En ce qui concerne les amateurs de chocolat, on peut en distinguer deux types : ceux, 8 fois plus nombreux, qui recherchent plutôt le goût du sucre et qui privilégient le chocolat au lait, aux noisettes ou fourré, et ceux qui préfèrent le chocolat noir avec 60 ou 70% de cacao, parmi lesquels on retrouve les chocolatomanes.
Les chocolatomanes sont volontiers sportifs, actifs ou hyperactifs,  sociables, et auraient tendance à intérioriser les conflits. Ils consomment du chocolat dans des situations de stress ou de conflit interne.
Cependant, seulement quelques personnes présentent un comportement obsessionnel par rapport à l’ingestion de chocolat, en arrivant à se nourrir presque exclusivement de ce produit. La plupart des chocolatomanes, à la différence des boulimiques, ne souffrent pas particulièrement de leur « dépendance » au chocolat et n’éprouvent pas toutes un sentiment de culpabilité ou de honte. Si perte de contrôle il y a, celle-ci reste limitée au chocolat et ne concerne pas d’autres produits sucrés.
Certaines personnes avouent être dépendantes du chocolat et disent ne pouvoir s’en passer. C’est leur drogue, et quand elles en manquent, elles sont capables de se lever au milieu de la nuit, prendre la voiture et aller au distributeur de la gare, ou dans une station service, pour trouver une tablette de chocolat.

L’orthorexie :
Les personnes obnubilées par le dogme de « l’alimentation saine » sont en train de développer une nouvelle pathologie de l’alimentation, dénommée « orthorexie » – du grec « orthos » qui signifie correct et « orexis » qui signifie appétit. Désireux de soigner une maladie particulière ou allant trop loin dans la recherche d’aliments sains, les orthorexiques inventent leurs propres règles alimentaires. Ils passent de plus en plus de temps à se plier aux exigences qu’ils ont eux-mêmes déterminées et se sentent obligées de planifier leurs repas plusieurs jours à l’avance.

Il leur arrive même de prendre un « kit de secours »  dès qu’ils sortent car ils ne sauraient manger des aliments tout prêts, par crainte des graisses, des produits chimiques ou de tout ce qui leur fait redouter leur phobie. Ainsi, si l’orthorexique craque pour un aliment « interdit », il peut se sentir coupable, honteux, souillé et se sent obligé de s’auto-punir en durcissant sans cesse ses règles alimentaires ou en pratiquant l’abstinence. Cette attitude est comparable à celle des anorexiques ou des boulimiques, à la différence près que ceux-ci braquent sur les quantités, alors que les orthorexiques ne sont obnubilés que par la qualité.

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La dépendance au travail – Workaddict – Workaholique

Présentation :
Heures supplémentaires, repas écourtés, manque de sommeil, travail rapporté à la maison, vacances perturbées, cela vous rappelle quelqu’un ? Il ne connaissent pas les week-ends, ni les jours fériés ; la perspective de prendre des vacances provoque chez eux des angoisses, quant au sigle RTT (récupération du temps de travail) il est depuis longtemps banni de leur vocabulaire. Ces gens-là travaillent sans compter et se déplacent en permanence avec un ordinateur, un téléphone portable ou un dictaphone. Rien ne peut les arrêter. Ils sont drogués au travail et trouvent aujourd’hui leur place en médecine sous le nom de workaholique.Ce terme, inventé dans les années 90 fusionne les termes « work » (travail) et « alcoholic » (alcoolique).

La plupart des dépendances nous renvoient une image négative. Que ce soit pour la drogue, l’alcool, le tabac, le jeu pathologique, ou les troubles du comportement alimentaire des recherches sont effectuées afin d’en trouver les causes et les traitements. La dépendance au travail n’est pas encore un domaine de recherche et est considérée, dans notre type de société, comme une qualité, une vertu. On pense, souvent à tord, que ces « grands travailleurs » sont perçus comme étant responsables, récoltant les promotions, gagnant beaucoup d’argent et respectés par leurs collègues de travail et leurs supérieurs.
La réalité semble pourtant tout autre. Le « workaholisme », décrit comme une relation pathologique d’un sujet à son travail, qui se caractérise par une compulsion à lui consacrer de plus en plus de temps et d’énergie, au détriment des autres aspects de sa vie, et qui persiste même si les conséquences sur la santé, la vie familiale et les relations sociales sont négatives, répond ainsi à des caractéristiques d’un trouble de dépendance. Une dépendance « propre », qui paraît bien et qui suscite souvent l’admiration, mais qui peut avoir des conséquences graves, voire mortelles.
Le travail seul est le centre d’intérêt de ces personnes, elles n’ont aucun contrôle sur la quantité et la durée de ce comportement et il ne leur est pas possible de ne pas travailler, sinon elles sont « en manque ».
Les symptômes ne sont pas souvent reconnus, ou sont acceptés de manière tacite à cause de l’importance du travail et de la valeur qui lui est reconnu. Il s’agit d’une dépendance « propre ». Le sujet a l’air d’être actif, appliqué, d’avoir du succès et de maîtriser sa vie, alors que les alcooliques ou les passionnés de jeu semblent labiles et influençables. Tant que l’assiduité, la rigueur et la conscience professionnelle garderont la valeur que nous leur accordons et qu’elles sont encouragées, le phénomène sera difficilement évitable.

Les conséquences sur la santé.
Le « whorkaholique » vit un état de stress chronique qui peut mener à des problèmes sérieux de santé physique et/ou mentale. Maux de tête et migraines, tension artérielle élevée (entraînant un risque accru de maladies cardiovasculaires), douleurs musculaires, indigestion, constipation ou diarrhée, ulcères, fatigue chronique et insomnies sont souvent associés à la dépendance au travail. De plus, le stress affecte le système immunitaire, ce qui rend le workaholique plus susceptible de contracter d’autres maladies.
Psychologiquement, l’anxiété, l’irritabilité, la tristesse, la colère, l’hypersensibilité, l’apathie, le désespoir, l’insécurité et la dépression sont souvent le lot des workaholiques, de même que certains troubles du comportement : augmentation ou perte d’appétit, agressivité, augmentation de la consommation d’alcool ou de drogues, tabagisme et isolement.
L’image du phénomène est tellement pervertie que certaines personnes se qualifient elles-mêmes de workaholique avec fierté. Au Japon, l’ampleur de cette dépendance est bien pire, et il existe même un terme pour désigner la mort par épuisement : « Karoshi », qui est perçue comme étant une manière plus qu’honorable de rendre l’âme ; plutôt mourir au travail que dans son lit (il en va de même pour l’acteur pour qui la plus belle des morts est de mourir sur scène).

Les conséquences sur la famille.
Les workaholiques ne sont pas les seuls à souffrir de leur problématique. Leur famille en est la plupart du temps affectée. Les conjoints se sentent ignorés, ont une image négative de leur union. Certaines études démontrent que les disputes sont plus fréquentes dans un couple où l’un des deux est addict au travail et que le taux de divorce y est plus élevé. Par ailleurs, ce climat malsain créé au sein de la famille a souvent des répercussions sur les enfants qui peuvent manifester parfois un besoin élevé de contrôle et un perfectionnisme exagéré , ce qui pourrait les entraîner à adopter des comportements compulsifs et à devenir eux-mêmes workaholiques.
Il en est de même dans leurs loisirs ; ces personnes cherchent souvent la confrontation, la planification et le contrôle de tout. Elles se voient souvent elles-mêmes comme excessivement perfectionnistes et rigides. Leurs relations avec les autres sont souvent lésées, qu’il s’agisse de contact sociaux ou de leurs relations familiales ou avec leur partenaire.

Les conséquences sur le travail.
A première vue, il peut sembler profitable pour une organisation d’engager un workaholique. Certes, au début, les « fous de travail » bénéficient d’une grande estime sociale, ils incarnent la performance, la volonté et l’ambition ; mais, l’addict au travail crée une atmosphère de stress dans l’équipe, ce qui peut miner le moral de ses collègues et engendrer un véritable « épuisement professionnel », le sujet se sent alors incapable de remplir ses obligations quotidiennes.
Le travail d’équipe avec un workaholique est difficile, parce qu’il a tendance à tout vouloir contrôler. Sa manie de faire des listes, de tout vérifier et revérifier, son incapacité à déléguer ou à partager les tâches le poussent souvent à faire des tas de choses inutiles et à en prendre trop. Lorsque la fatigue s’installe, les performances diminuent. Le sujet réalise alors que, sans son travail il n’est rien : plus d’amis, plus de vie affective, plus de vie sociale.

Existe-t-il un traitement ?
Il est bien évident que quelques nuits de sommeil ne suffiront pas à rétablir la situation. A ce stade, l’épuisement professionnel se traite quasiment de la même façon que la dépression. Au-delà d’une obligation de repos, la prescription d’antidépresseurs accompagnés d’une psychothérapie est recommandée. Contrairement à une addiction aux drogues dont une partie de la guérison suppose une abstinence totale au produit, le workaholique est d’autant plus difficile à traiter que le sujet doit continuer à travailler pour vivre et se trouve donc confronter, 5 jours sur 7, à l’objet de sa dépendance.

Pour en finir avec cette addiction, il doit donc modifier sa conduite et ses comportements et parfois accepter, dans un premier temps, le pire des traitements pour lui : un arrêt de travail.

Quelques trucs permettent de se prendre en charge :

  • huit heures de sommeil obligatoire,
  • prendre des jours de congés et les réserver à sa famille ou ses amis,
  • se nourrir convenablement,
  • laisser le travail au bureau,
  • faire une activité sportive (course, natation, marche, …),
  • planifiez sa journée en établissant des priorités ; s’organiser est source d’efficacité.

Les thérapies comportementales peuvent se révéler utiles car elles apprennent un autre mode de vie, dit « normal ».
Les thérapies de groupe fonctionnent également puisqu’elles confrontent des participants ayant rencontrés la même problématique, ce qui permet une prise de conscience.

Un petit test pour évaluer votre dépendance :
Test mis au point par Bryan Robinson, le Work Addiction Risk Test (WART) :
Comptez :

1 point lorsque vous répondez : jamais
2 points lorsque vous répondez : parfois
3 points lorsque vous répondez : souvent
4 points lorsque vous répondez : toujours

  1. Je préfère faire les choses moi-même plutôt que de demander de l’aide.
  2. Je suis impatient quand je dois attendre l’aide d’un autre ou quand une tâche prend trop de temps.
  3. J’ai l’impression d’être pressé, de courir contre la montre.
  4. Je suis irrité quand on m’interrompt au milieu d’une activité.
  5. J’ai plusieurs fers au feu. Je suis tout le temps occupé.
  6. Je fais plusieurs choses en même temps.
  7. Je m’implique trop dans mon travail. Je prends des engagements qui dépassent mes capacités de travail.
  8. Je me sens coupable quand je ne travaille pas.
  9. Il est important pour moi de voir les résultats concrets de ce que je fais.
  10. Je suis plus intéressé par le résultat final de ce que je fais que par la manière d’y arriver.
  11. Les choses ne vont jamais assez vite pour moi.
  12. Je perds patience quand les choses ne vont pas au rythme qui me convient.
  13. Je pose plusieurs fois les mêmes questions sans me rendre compte que j’ai reçu une réponse.
  14. Je passe beaucoup de temps à organiser mon travail et à réfléchir à la manière dont je vais travailler.
  15. Je continue à travailler alors que mes collègues ont quitté le bureau.
  16. Je suis irrité quand les personnes de mon entourage ne correspondent pas à ce que j’attends d’elles.
  17. Je suis en colère dans les situations que je ne peux pas contrôler.
  18. J’ai tendance à me mettre la pression en m’imposant des délais quand je travaille.
  19. Il m’est difficile de me détendre quand je ne travaille pas.
  20. Je passe plus de temps au travail qu’en famille, avec mes amis ou dans des activités de loisirs.
  21. J’aime préparer mon travail pour prendre de l’avance.
  22. Je supporte mal mes erreurs même les plus anodines.
  23. Je consacre plus d’énergie et de temps à mon travail qu’à mes amis ou à ma famille.
  24. J’oublie, j’ignore ou je néglige les vacances, les fêtes familiales.
  25. Je prends des décisions importantes avant d’avoir réuni tous les éléments nécessaires pour me forger une opinion.

Résultats :
Entre 57 et 66 points, vous êtes en danger.
Entre 67 et 100 points, vous êtes addict au travail. Il serait peut être judicieux de consulter un professionnel.

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Le jeu pathologique

Présentation :
Au nombre des dépendances comme l’alcoolisme, la toxicomanie ou la pharmacodépendance, s’ajoutent des nouvelles dépendances silencieuses sans toxique, comme la dépendance aux jeux de hasard et d’argent. La dépendance se caractérise par un usage répétitif et intensif de l’acte de jouer ou de la consommation virtuelle qui entrave la liberté du sujet d’y mettre un terme.
Quand l’envie de jouer se transforme progressivement en nécessité de jouer, quand cette nécessité devient plus forte que tout, quand le jeu cesse d’être un loisir pour devenir obsédant, dévorant, envahissant au détriment de tous les investissements affectifs et sociaux, alors il n’est plus un divertissement, mais une dépendance. C’est le jeu excessif, le jeu compulsif, le jeu abusif ou le « jeu pathologique ». Le joueur dépendant ne joue plus pour le plaisir ou pour gagner, de la même façon qu’un alcoolique boit, sans soif, sans envie, par besoin. Un besoin incontrôlable (« craving« ) le saisit, qu’il est perdu ou gagné auparavant. Il joue pour jouer, jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus un sou en poche. Il emprunte alors de l’argent, il néglige sa famille et se met dans une situation financière délicate sans ce soucier des conséquences pensant toujours qu’il « va se refaire ».
Il ne pense plus qu’à ça ; sa relation avec le jeu est comparable à celle du dépendant avec la drogue. Sa dose, ce sont les sensations fortes, les décharges d’adrénaline, d’endorphines.
Le jeu pathologique est une addiction, une maladie des émotions que ni la raison ni la volonté ne peuvent plus contrôler.
Il nous paraît important de distinguer deux types de jeux : ceux à résultats immédiats (types machines à sous, grattages, rapido …) qui peuvent amener à une succession de mises, de jeux sans trop de réflexion, de ceux à résultats différés, comme le loto, (le tiercé), … qui permettent une réflexion intellectuelle avant de rejouer.

Quelques considérations sur « les joueurs »
Les joueurs, si l’on appelle ainsi toute personne qui participe, occasionnellement ou régulièrement à un jeu de hasard et d’argent, ne sont en rien des individus à problème, ou des marginaux. Au contraire, ils sont devenus majoritaires dans notre société.
La plupart des « joueurs sociaux », réguliers ou occasionnels, qui jouent au loto, savent que leur chance de décrocher le gros lot est infime : la probabilité d’avoir une grille gagnante est de une chance sur 13 983 816… Mais, les images médiatisées des quelques gagnants devenus millionnaires, ainsi que le caractère démesuré des gains, sont une source infinie de rêverie. Le jeu est alors conçu comme un amusement, le budget du jeu s’intègre alors dans le budget familial parmi d’autres formes de loisirs, vacances, cinéma, restaurant,…

Quand est-il du jeu dans différents pays ?
Les jeux de hasard et d’argent ont toujours occupé une place importante au sein de toute culture, société et couche sociale. Cependant, on note, depuis vingt-trente ans, une évolution quantitative des jeux dans les pays occidentaux : de plus en plus de jeux sont proposés avec des possibilités de gains exponentielles (pouvant aller jusqu’à plus de 50 millions d’euros).
On peut relever, par exemple, qu’aux Etats-Unis, en 1974, 61% des Américains avaient dépensé, en jouant, 17,4 milliards de dollars. En 1992, cette somme avait atteint 329,9 milliards de dollars, soit une augmentation de 1900% en dix-huit ans !
On estime qu’environ 2% de la population adulte est susceptible de développer cette dépendance, alors que 10% sont classés comme joueur excessif. En cinq ans, les revues scientifiques ont consacré plus de 500 études à cette addiction. Et pour cause, les casinos se multiplient dans le monde et avec eux le nombre de joueurs pathologiques. Aux Etats-Unis, entre 1 et 3% de la population est concernée. 80% de dépressions, 20% de délinquance pour vol d’argent ou chèques sans provision sont les conséquences réelles de ce phénomène. Les Français jouent moins mais le nombre d’addicts augmente. En 2004, plus de 2300 personnes se sont fait interdire des cercles de jeux, soit 6 fois plus qu’il y a dix ans.

Aspects économiques
Le jeu occupe dans notre société une place importante à la fois dans l’activité d’une partie majoritaire de la population, et dans l’économie. En France, les chiffres d’affaires des établissements de jeu montrent qu’ils sont source de revenus importants, d’emplois, mais aussi bien sûr de prélèvements de l’Etat.

  • les casinos tirent la majorité de leurs ressources des machines à sous, des « bandits manchots » (plus de 80%). En 1995, il existait en France, 154 casinos totalisant un chiffre d’affaires de 6,1 milliards de francs (dont 3,1 reviennent à l’Etat).
  • le PMU (Paris Mutuel Urbain), contrôlé par l’Etat, gère les paris sur les courses de chevaux. Si le tiercé (créé en 1954, le quarté en 1976, le quinté en 1989, ..) reste une institution, il commence à se voir supplanter par d’autres types de jeu (grattage). En 1995, son chiffre d’affaire est de 33,8 milliards de francs (dont 5,6 pour l’Etat).
  • la Française des jeux, dont les produits sont accessibles (loto, toute la panoplie de jeux de grattage) dans plus de 40000 points de vente (tabac, bar, …) a réalisé un chiffre d’affaire de 33,5 milliards de francs (dont 9 milliards reviennent à l’Etat).

Il nous faut souligner, que cette accessibilité et cette disponibilité des différentes formes de jeux (loto, machines à sous, courses de chevaux, la bourse, casinos virtuel sur Internet…) sous forme licite ou illicite, suscitent la participation et exposent les individus à risque à devenir, dans un premier temps, des joueurs excessifs, puis, dans un deuxième temps, des joueurs pathologiques.

Quand le jeu devient-il pathologique ?
Pour la plupart des gens, le jeu représente une activité de détente sans conséquences. Parmi ceux qui s’adonnent aux jeux de hasard et d’argent, certaines personnes développent une pathologie : le jeu devient une maladie, une dépendance se traduisant par une impulsion à miser de l’argent, à jouer. La dépendance est caractérisée par un état de besoin impérieux de faire une activité, ou de consommer une substance, et par la nécessité d’en augmenter la fréquence ou la dose afin de maintenir l’effet et d’éviter l’état de manque (malaise, angoisse,…).
Il n’existe pas de cause universelle et unique expliquant le comportement de jeu compulsif. Chaque joueur a ses raisons d’accrocher à ce type de dépendance. Mais, dans la plupart des cas, la personne essaie de fuir la réalité ou d’exprimer un besoin ou un malaise intérieur. La dépendance s’installe souvent de façon insidieuse ; souvent le joueur a eu la chance ou la malchance, selon le point de vue où l’on se place, d’obtenir plusieurs gains au début de sa « carrière » de joueur. Avec cet argent, il est très généreux, fait beaucoup de cadeaux ; mais surtout, il perd de vue la dimension du hasard et se concentre sur la possibilité de « contrôler » ou « d’influencer » le jeu en sa faveur. Si, au début de sa « carrière » il commence par une phase de perte, il risque de s’engager dans le jeu pour « se refaire ».
Quelque soit le résultat, gains ou pertes, tôt ou tard, une période de perte fera son apparition. Convaincu qu’il contrôle le jeu, il attribue ses pertes à des situations extérieures (la piste de course était en mauvais état, c’était une soirée de malchance, etc…) et retourne au jeu pour se « refaire », pour récupérer « son argent ». Ceci pourra l’amener à emprunter, à vendre ses biens, à commettre des actes illégaux (vols, chèques sans provision, …) pour financer ses activités de jeu. Mais, le joueur pathologique n’est pas un psychopathe ; il est convaincu qu’il remettra l’argent acquis par mensonge ou par vol et qu’il pourra rembourses ses dettes. Il devient alors anxieux, obsédé par le jeu et peut développer un état dépressif.

Cette phase peut durer plus ou moins longtemps pour entrer pour finir dans une période de désespoir. A ce stade, plusieurs joueurs auront alors envisagé le suicide. Tout discours de sagesse est inaccessible. C’est comme s’il se dédoublait : il entend, il écoute, comprend sa ruine, se fustige moralement, mais c’est une partie de lui-même qui reçoit le discours, l’autre partie ne le reconnaissant pas. Le joueur est coupable, il accepte les reproches mais n’en tient pas compte. De toutes les façons, sa ruine financière est le moyen de payer sa faute. Le jeu est un refus de liberté, il met son destin à la merci du hasard.
Malheureusement, les joueurs pathologiques ne consultent jamais pendant les phases initiales, parce qu’ils nient leur problématique, tout comme l’alcoolique ou le toxicomane. Ils sont convaincus qu’ils regagneront l’argent perdu, étant simplement persuadé qu’ils sont victimes d’une période de malchance. Ce n’est qu’à la suite d’un désastre financier, professionnel et/ou conjugal qu’ils admettront leur problème. Et même dans ces circonstances, certains d’entre eux ne seront pas convaincus de manquer de contrôle à l’égard de leurs activités de jeu.

Nous pouvons résumer ceci par le tableau suivant :

Le continuum des comportements de jeu :

Joueurs récréatifs Joueurs problématiques Joueurs pathologiques
Sans problème Quelques problèmes Nombreux problèmes
Dépendance sévère
Divertissement
Loisir
Activité sociale
Milieu récréatif
Remboursement des pertes
Culpabilité
Querelle
Épisodes dépressifs
Grandes dépenses
Dépression
Pensées suicidaires
Divorce
Dettes et pauvreté
Criminalité

Source :
Productivity Commission 1999 « Australia’s Gambling Industrie » Rapport n°10

Quels sont les signes précurseurs d’une dépendance au jeu ?
Est-ce que…

  • vous jouez au-dessus de vos moyens ?
  • vous perdez la notion du temps et vous jouez plus longtemps que prévu ?
  • vous misez des sommes de plus en plus élevées ?
  • vous mentez sur les montants que vous misez ?
  • vous êtes l’objet de critiques à cause du jeu ?
  • vous laissez le jeu nuire à votre famille, à votre travail, à votre santé à vos finances ?
  • vous essayez de vous « refaire » en jouant plus ?
  • vous jouez pour oublier vos sentiments de solitude, de détresse, de stress ou d’autres sentiments négatif ?
  • vous vous sentez coupable en pensant à l’argent que vous avez perdu en jouant ?

Si vous avez répondu « oui » à au moins une de ces questions, vous avez peut-être un problème de jeu. Il serait peut-être opportun de consulter un professionnel.
Conseils pour éviter des problèmes de jeu

  • chaque fois que vous misez, fixez une limite que vous pouvez vous permettre et ne la dépassez pas.
  • considérez que l’argent dépensé en jouant est le prix que vos payez pour vous divertir.
  • ne dépassez pas la limite que vous vous êtes fixée pour jouer en retirant plus d’argent à l’aide de vos cartes bancaires ou en « tapant » vos amis.
  • n’empruntez pas d’argent à votre famille, amis ou connaissances.
  • prenez fréquemment des poses.
  • demandez de l’aide dès que vous commencez à perdre plus d’argent que vous l’aviez prévu ou que vous pouvez vous le permettre.
  • faites vous interdire de casinos.

Comment jouer en limitant les risques d’excès ?
La dépendance au jeu est une réelle dépendance : il est nécessaire de consulter. Toutefois, si vous décidez de ne pas vous faire aider vous pouvez au moins limiter les risques.

  • Faites un budget au début de chaque semaine. Si c’est trop difficile, octroyez vous une somme fixe, modeste et réaliste par jour.
  • Faites gérer votre argent par une personne de confiance.
  • Annulez vos cartes de crédit.
  • Faites abaissez votre plafond de découvert autorisé à 0.
  • Prenez un cosignataire de vos transactions bancaires.
  • Planifiez vos journées à l’avance et ne gardez pas de longues plages de libre, surtout durant les périodes voisinant le versement de votre salaire.
  • Organisez vous des activités satisfaisantes et valorisantes.
  • Listez vos buts, vos projets à court, moyen et long terme, par écrit.
  • Repérez les sensations que vous avez au moment où l’envie vous prend et apprenez à les utiliser comme « signaux d’alarme ».
  • Parlez à quelqu’un de votre envie, avant d’aller jouer : cet acte peut suffire à la dissiper.
  • Ne prenez pas vos vacances dans des régions où sont implantés des casinos.
  • Si vous allez au casino, faites vous accompagnez ou demandez à un ami de venir vous chercher à une heure bien précise.
  • Eviter la consommation d’alcool ou d’autres produits, de façon à réduire les risques de perte de contrôle.
  • Demandez de l’aide à des professionnels qui connaissent bien ce domaine.

Pourquoi les joueurs pathologiques continuent-ils de jouer malgré les problèmes ?
Il n’existe pas de réponse simple à cette question ; quelques explications peuvent être suggérées :

  • L’évasion ou le soulagement
    Le jeu peut permettre de fuir provisoirement des sentiments déplaisants, comme ceux qui accompagnent la dépression, l’ennui, le stress ou le deuil, ou encore échapper brièvement à des problèmes comme ceux qui se présentent sur le plan professionnel ou humain.
  • L’action
    L’excitation du jeu, associé à la possibilité de gagner de l’argent facilement peut donner aux joueurs un plaisir tel qu’ils continuent parfois à jouer même si ça crée des problèmes.
  • L’effet des gains occasionnels
    Il arrive à tous les joueurs de gagner de temps en temps. Pour certaines personnes, il est d’autant difficile d’arrêter de jouer qu’elles croient que le prochain pari pourrait les faire gagner.
  • Le renforcement
    Les joueurs peuvent se laisser prendre par la répétitivité du jeu en soi et par les stimulations visuelles et auditives qui l’accompagnent.
  • Le piège
    Les joueurs compulsifs consacrent temps, énergie et argent au jeu. Après avoir perdu un gros montant d’argent, ils commencent à considérer leurs dépenses comme un « investissement » plutôt que comme le coût d’un loisir. Certains essaient de récupérer cet « investissement » en continuant de jouer, souvent en augmentant les mises. Ils tentent de regagner leurs pertes en ignorant, ou en oubliant, qu’ils sont dans un cercle vicieux.

Quelles sont les conséquences du jeu pathologique ?
Les conséquences sont nombreuses et touchent à peu près tous les domaines de la vie du joueur. Il a bien sûr, au bout d’un certain temps, des difficultés financières pouvant mener les personnes vers des comportements délictueux. Selon une étude, parue en 1993 dans « Les joueurs dépendants, une population méconnue en France » écrit par A. Achour, 19,3% des familles de joueurs sont endettées : le salaire, les allocations Assedic ou familiales sont consacrés au jeu, les emprunts à l’entourage sont fréquents et la plupart du temps non remboursés.
Sur le plan familial, 15% des divorces ou des séparations sont causés par le jeu : les relations de couple se dégradent, l’éducation et l’équilibre psychologique des enfants subissent des perturbations. Enfin, bien que les joueurs bénéficient, le plus souvent d’une aide de leur famille il arrive que certains tombent dans une profonde dépression quant ils ne tentent pas de mettre fin à leurs jours. Nous retrouvons des tentatives de suicide chez 20% des joueurs compulsifs et 48% ont des idées suicidaires.
Les problèmes financiers peuvent entraîner le joueur vers des actes illégaux. Il s’agira le plus souvent de fraude, de vol ou de malversations.
Le jeu a aussi des effets au niveau du travail : absentéisme, vols, irritabilité, manque de sommeil, etc … Enfin, le fait de perdre sans arrêt, alors que le joueur est convaincu qu’il a les compétences pour gagner peut, à la longue affecter profondément son estime de soi.

Qu’en est-il au niveau de la psychiatrie ?
L’apparition « officielle » du jeu pathologique comme entité individualisée dans la littérature médicale est relativement récente : elle date de 1980 dans le D.S.M. III.
Dans la nouvelle version de 1994 le jeu pathologique est défini comme une « pratique inadaptée, persistante et répétée du jeu ».

Vous êtes vraisemblablement un joueur pathologique si vous comptabilisez au moins cinq des manifestations suivantes :

  • Préoccupation par le jeu (par ex. préoccupation par la remémoration d’expériences de .jeu passées ou par la prévision de tentatives prochaines, ou par les moyens de se procurer de l’argent pour jouer).
  • Besoin de jouer avec des sommes d’argent croissantes pour atteindre l’état d’excitation désiré.
  • Efforts répétés mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter la pratique du jeu.
  • Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d’arrêt de la pratique du jeu.
  • Jouer pour échapper aux difficultés ou pour soulager une humeur dysphorique (par ex. des sentiments d’impuissance, de culpabilité, d’anxiété, de dépression).
  • Après avoir perdu de l’argent au jeu, retourne souvent jouer un autre jour pour recouvrer ses pertes (pour se « refaire »).
  • Ment à sa famille, à son thérapeute ou à d’autres pour dissimuler l’ampleur réelle de ses habitudes de jeu.
  • Commet des actes illégaux, tels que falsifications, fraudes, vols ou détournement d’argent pour financer la pratique du jeu.
  • Met en danger ou perd une relation affective importante, un emploi ou des possibilités d’étude ou de carrière à cause du jeu.
  • Compte sur les autres pour obtenir de l’argent ou se sortir de situations financières désespérées dues au jeu.

Ces critères reprennent en grande partie ceux qui ont été proposés pour la définition de la « dépendance aux substances psychoactives ».

Existe-il des relations avec les autres drogues (comorbidité) ?
Plusieurs études ont démontré la présence de dépendances multiples et/ou de troubles de la personnalité chez les joueurs pathologiques : on ne sait pas si l’angoisse du statut de joueur pathologique mène à ces comorbidités, ou si, sans relation de cause à effet, le joueur présente déjà une personnalité à risque. Le joueur pathologique est aussi souvent associé à une forte consommation de tabac (dans 80% des cas).

Usage de drogue et/ou d’alcool et/ou tabac
Les recoupements entre jeu pathologique et abus de substances psychoactives sont très larges. En 1993, selon une étude de Lesieur et Blume, parmi les personnes en traitement pour dépendance à l’alcool et aux drogues, de 9 à 14% sont aussi des joueurs pathologiques. Ces pourcentages sont à multiplier par deux si l’on inclut dans la catégorie des « joueurs à problèmes ».
Dans l’autre sens, si l’on étudie une cohorte de joueurs pathologiques en traitement, de 47 à 52% d’entre eux se révèlent aussi présenter une dépendance ou un abus d’usage d’alcool ou de drogue.
Il existe des éléments communs entre d’une part l’alcoolisme ou la toxicomanie, et, d’autre part le jeu pathologique; Certaines personnes peuvent passer de l’une à l’autre pathologie.

Troubles des conduites alimentaires
Des parallèles théoriques peuvent aussi exister entre jeu pathologique et troubles alimentaires, anorexie, boulimie, dans la mesure où ces troubles sont avant tout décrits en termes de comportements auto infligés, et comportent les caractéristiques d’impulsivité, ou de compulsivité, qui sont évoqués dans le cas du jeu pathologique.
Les études sont peu nombreuses, mais il semble (Lesieur et coll.) que chez les femmes qui s’adonnent au jeu de façon excessive, les boulimiques soient nettement surreprésentées.

Dépression et états maniaques ou hypomaniaques
Les dépenses inconsidérées, parmi lesquelles pourrait se trouver une frénésie de jeu, sont l’un des premiers symptômes classiquement décrits en psychiatrie dans les débuts d’un épisode maniaque ou hypomaniaque, qu’il entre ou non dans le cadre d’un trouble bipolaire (psychose maniaco-dépressive).
Les études tendent à montrer une importante relation, entre dépression et le jeu pathologique.

Personnalités antisociales
La délinquance est un élément fréquemment retrouvé dans les cas de jeu pathologique. Selon une étude, du Dr Ladouceur, 68% des joueurs interrogés avaient déjà eu recours à des actes illégaux pour assouvir leur besoin d’argent. On rencontre des délits de menaces, violence conjugale, de fraude, contrefaçon, détournement de fond et vol (auxquels est lié le délit d’entrée en effraction). En fait, des études ont souligné que bon nombre de joueurs pathologiques, autour de 20%, avaient quelque type d’action légale en attente, comme une convocation en cour ou une assignation en suspens.

Existe-t-il un traitement ?
Faute de structure spécialisée, les joueurs pathologiques sont souvent obligés de pousser la porte des CSAPA, des centres de soins pour toxicomanes, souvent peu adaptés à ces « drogués sans drogues ». A l’heure actuelle les CSAPA sont à même de prendre en charge ce type de pathologie.
Le joueur pathologique est emporté dans une spirale infernale qu’il ne parvient plus à maîtriser. Cette dépendance n’occasionne pas de symptômes de sevrage importants en cas d’arrêt : pas de manque physique si ce n’est une grande nervosité, des troubles de l’appétit et du sommeil, mais un manque psychologique évident qui se traduit par une forte anxiété, une irritabilité notable et une sensation de vide ou de perdition. Le risque de rechute reste élevé en raison de l’accessibilité aux .jeux d’argent.
Le traitement des joueurs pathologiques n’a pas une longue tradition : en effet, la plupart des études sérieuses menées dans ce domaine, ainsi que la mise en place de programmes de soins efficaces, n’ont été réalisés que depuis une dizaine d’années.
Il paraît important de prendre en charge les patients le plus rapidement possible, de façon à prévenir les éventuelles conséquences médico-légales de leurs comportements. En France, il existe dans différents services une prise en charge possible soit dans le cadre d’un suivi en ambulatoire dans les CSAPA, soit plus rarement dans le cadre d’une hospitalisation.
La thérapie consiste à informer le patient sur ce qui est un jeu de hasard et d’argent. Il est important de rappeler au patient que le hasard est le seul déterminant du jeu, que les tours sont indépendants, qu’aucune stratégie ne favorise le joueur à long terme et que le jeu est toujours conçu pour être à l’avantage du tenancier ou de l’état.
Des consultations individuelles et/ou familiales peuvent être proposées.
Des thérapies de groupe favorisent une meilleure compréhension de la pathologie des jeux de hasard et apporte un soutien pour les partenaires du joueur en difficulté. Les personnes sont soutenues, travaillent sur des solutions concrètes pour abandonner leurs habitudes et peuvent bénéficier d’un suivi financier. Ces méthodes encouragent l’abstinence au jeu, mais apportent aussi une aide psychologique importante.
Certains thérapeutes mettent en place un carnet de liaison où le joueur inscrit lui-même ses comportements, ses ressentis lors de situations de jeu.
En dernier recours, il reste l’interdiction qui se limite au casino, et non pas à Internet ni aux différents jeux de grattage, ni au tiercé, ni au loto, etc. Elle est valable cinq ans, renouvelable par tacite reconduction et ne peut être levée que par l’intéressé lui-même.

Les jeux en ligne ?
Depuis quelques années, avec la prolifération d’un matériel informatique de plus en plus performant, il est possible de jouer à toutes sortes de jeux, courses de chevaux, loto, bourse, casino virtuel, poker …. via Internet. Un nouveau type de joueur pathologique risque donc de faire son apparition dans cette prochaine décennie. Les casinos virtuels existent déjà depuis longtemps aux Etats-Unis et au Canada, ils commencent à faire leur apparition en France.
On dénombre plusieurs centaines de casinos virtuels sur Internet. La majorité de ces casinos se trouvent dans un espace virtuel américain ou canadien et on y parie en devises du pays. Le client peut jouer dans la limite de 1 500 $ par jour. Le casino est virtuel mais l’argent est bien réel, les émotions fortes aussi. Le joueur compulsif peut perdre beaucoup d’argent, pousser à la limite ses marges de crédit, y investir sa retraite, ses biens, etc. Il perd aussi son crédit, la confiance et l’estime de son entourage et même sa santé psychologique.
L’anonymat des casinos virtuel est insidieux. Le joueur excessif va tenter de recréer l’ambiance d’une maison de jeu. Le drame se vit dans l’intimité du foyer et/ou du bureau, sous le regard de personne. Il est « absent », isolé dans son monde. Rien ne peut l’arracher de son écran, il est subjugué. C’est une sorte d’histoire d’amour avec son ordinateur, aussi puissante qu’une drogue psychotrope.
Les serveurs de services informatiques se trouvent dans des pays (Bahamas, Antigua, Gibraltar, etc.) où le régime fiscal est avantageux et où les lois sont plus permissives pour ce type d’activité. Pour être plus proche du joueur. les services sont ouvert 24h/24h et sont personnalisés. L’internaute  joueur est observé dans ses habitudes de jeu, un  service répond à ses questions dans sa langue maternelle. Quand le joueur gagne, un chèque lui est adressé par la poste en respectant la discrétion de ses rapports avec les casinos virtuels : de cette façon le joueur prend confiance et il n’est « plus seul », il est rassuré et encouragé à jouer encore. Nous avons là, certainement les futurs dépendants au jeu.

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La cyberdépendance ou cyberaddiction

Présentation :
Internet offre de multiples possibilités dans tous les domaines (travail, éducation, communication, …) ; pourtant, il y a des personnes qui dépassent les limites d’une connexion « normale » et qui vont dans le sens d’une conduite addictive, perdant tout contact avec  la vie réelle.
Les jeux vidéo, sur console ou sur ordinateur, chez soi ou en salle, seul, avec des amis, ou en réseau on-line, les chats, l’utilisation des portables avec l’envoi de sms ou de mms, peuvent provoquer une réelle dépendance chez certaines personnes.
Au même titre que les drogues, on peut parler de réelle addiction et on retrouve des troubles psychiques similaires avec perte d’intérêt et appauvrissement de la vie affective, relationnelle et intellectuelle. On peut même voir apparaître des troubles physiques comme un amaigrissement important puisque les « accrocs » passent leur temps devant leur écran, oubliant même de manger.
On parle d’addiction quand le jeu vidéo ou l’utilisation d’internet devient le principal centre d’intérêt, voir l’unique, au détriment des autres activités (relationnelle, professionnelle, scolaire, loisir, sport, affective, …). La notion de repli sur soi est d’ailleurs quasiment toujours retrouvée. Cette addiction est particulièrement préoccupante lors de l’adolescence, période importante ou les jeux à outrance ne font pas bon ménage avec un cursus scolaire.
Les jeux vidéo les plus à même d’entraîner une telle dépendance sont les jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs ou le joueur évolue dans un univers persistant. Ils ont comme particularité qu’on y joue en réseau – donc avec d’autres joueurs également « accrocs », que l’univers continue à évoluer même lorsqu’on ne joue pas – ce qui incite à jouer beaucoup, souvent, et surtout, ils sont sans fin – le but étant simplement de faire progresser et évoluer son personnage, qui a souvent été créé de toutes pièces, dans ces univers virtuels.

Qu’entend-on par consommation occasionnelle ?
La consommation est occasionnelle, irrégulière, il n’y a pas d’abus, pas de dépendance. C’est une consommation dite « normale ». Le joueur fait quelques parties de temps en temps, pas forcément tous les jours et avec des durées différentes. Il s’amuse en jouant ou en étant sur Internet mais il peut s’arrêter facilement. Il joue le plus souvent avec des amis, plus rarement seul. Les jeux vidéo ou les connexions sur le net ne sont pas son loisir principal ou préféré. Ce sont des jeux ou des communications virtuelles qui ne durent pas trop longtemps et que l’on peut arrêter à chaque instant. Ce ne sont pas des jeux simulant un monde virtuel.

Qu’en est-il d’une consommation régulière ?
Ici, le joueur joue de façon régulière, parfois quotidiennement, parfois même plusieurs heures par jours. Mais sans conduite addictive. Il aime jouer et les jeux vidéo, ou la communication virtuelle, sont un de ces passe-temps favoris, comme pourraient l’être la télévision, le sport ou la lecture. Il garde cependant totalement le contrôle sur cette activité, est capable de s’arrêter rapidement et peut ne pas jouer plusieurs jours d’affilé. Même si la consommation est importante quantitativement, elle n’a rien d’anormal ou d’inquiétant, et ne menace pas le fonctionnement psycho-social affectif de l’individu.

La conduite addictive ?
Elle se caractérise par l’impossibilité de contrôler un comportement de consommation. Après un usage répété, une habitude se crée et peut conduire à un asservissement du sujet à cette activité ?
Si on explique l’addiction aux drogues par leur propriété entraînant une pharmacodépendance, l’addiction à une activité peut également être expliquée au niveau physiologique par une libération d’endorphines dans le sang, en rapport avec le plaisir apporté par cette activité.
Il en résulte une surconsommation – un abus, qui peut conduire à une véritable dépendance psychique ou physique.

La consommation abusive ou excessive ?
Elle se caractérise par un excès de consommation, une surconsommation avec toutes les conséquences négatives que cela entraîne – psychique, psychologique, relationnelle, sociale et même physique – mais sans dépendance effective.
Qu’en est-il de l’excès ? De la surconsommation ? A partir de quand suis-je dans l’excès, par rapport à quels critères ? Chacun de nous avons une image différente de l’excès, de l’abus, car nos représentations, nos critères d’analyse sont différents, personnels. A partir de combien d’heure par jour ou par semaine peut-on parler d’abus et consommation excessive ? On ne peut pas répondre en terme quantitatif à cette question.

Il n’y a pas de limite nette entre la normalité et l’excès. Tout le monde a droit à des excès, surtout les adolescents et les jeunes adultes qui sont les premiers concernés par les jeux vidéo, la communication virtuelle ou l’utilisation exagérée des portables. Passer régulièrement plusieurs heures par jour à jouer ou à être connecté à Internet, surtout si on le fait seul, est bien inquiétant mais peut-être pas forcément excessif c’est quand il n’y a plus d’échange avec les autres, que le repli sur soi est important, qu’il faut commencer à se poser des questions.

La dépendance ?
Elle correspond au stade ultime de la consommation pathologique. On y retrouve une perturbation du fonctionnement social, intellectuel, professionnel, scolaire et affectif des sujets qui s’organise autour du jeu.

La dépendance se présente sous deux formes :

  • la dépendance psychique : désir insistant et persistant de jouer qui peut parfois se traduire par des manifestations psycho-somatiques. Etat mental caractérisé par un sentiment de satisfaction et une impulsion psychique à s’adonner au jeu vidéo, ou aux autres modes de communications, afin d’obtenir un plaisir ou afin d’éliminer une tension ou un malaise.
  • la dépendance physique : état d’adaptation d’un organisme se manifestant par d’importants troubles physiques lorsqu’on suspend ou que l’on empêche l’activité. Il n’y a pas de dépendance physique aux jeux vidéo ou à Internet, contrairement à des drogues comme l’héroïne, la nicotine ou l’alcool. En effet, à l’arrêt de l’activité, il n’y a pas de syndrome de sevrage.

Mais, il ne faut pas confondre la dépendance physique et les troubles physiques comme l’amaigrissement qu’on peut retrouver chez un joueur qui joue tellement qu’il en oublie de s’alimenter. D’autres troubles physiques peuvent apparaître comme un syndrome du canal carpien (compression du nerf médian au niveau du poignet), des yeux secs, des migraines, des douleurs dorsales et cervicales, des troubles du sommeil avec des changements de cycle de sommeil, …

Combien sont-ils ?
Aux Etats-Unis, on estime que 6% des usagers d’Internet souffrent d’une façon ou d’une autre de dépendance. Des mariages sont brisés, des adolescents sont confrontés à des échecs scolaires à répétition, des gestes illégaux sont commis (cybercrimes). En France, selon la Brigade centrale de la criminalité informatique, le nombre d’affaires criminelles liées aux technologies de l’information a connu une augmentation de 33,49% entre 1997 et 1998, passant de 424 à 566. Au niveau mondial, le manque à gagner pour les industries suite aux atteintes à la propriété intellectuelle et à la contrefaçon est estimé à 250 milliards de dollars par an.
Ils seraient environ 200 millions dans le monde à se connecter sur le web, dont environ 12 millions d’accrocs. En 2004, 3,5 millions de Français (entre 13 et25 ans) ont passé plusieurs heures par jour devant leur ordinateur ou en jouant sur des consoles, qui sont devenus le centre de leur univers, jusqu’au jour où ils se sont rendus compte qu’ils étaient incapables de décrocher sans une aide extérieure. Exactement comme s’ils étaient dépendants de l’alcool, du tabac ou de la drogue.
Un diagnostic de cyberaddiction doit être posé six mois après l’achat d’un ordinateur, car l’excitation de la découverte et de la nouveauté en fausserait les données. Mais, dès que le cyberaddict veut arrêter et qu’il n’y arrive pas, qu’apparaissent des signes de désocialisation, de déscolarisation ou de conflits familiaux liés à cette pratique, la perte d’activités ludiques ou personnelles, nous avons pratiquement les trois-quarts des critères d’une addiction.

Quels sont les critères d’addiction ?
Le diagnostic de la dépendance au jeu vidéo ou à Internet se fait lors d’un interrogatoire. Il n’y a pas de consensus concernant cette pathologie. Ces critères sont nombreux et selon le modèle d’Aviel Goodman, psychiatre américain, on décrit :

  • Impossibilité de résister à l’impulsion de passage à l’acte.
  • Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du comportement.
  • Soulagement ou plaisir durant la période.
  • Perte de contrôle dès le début de la crise.
  • Présence d’au moins cinq des neuf critères suivants :
    • Monopolisation de la pensée par le projet de comportement addictif.
    • Intensité et durée des épisodes plus importants que souhaités à l’origine.
    • Tentatives répétées pour réduire, contrôler ou abandonner le comportement.
    • Temps important à préparer les épisodes, à les entreprendre.
    • L’engagement dans le comportement est tel que la personne ne peut plus accomplir des gestes élémentaires (se laver, se nourrir) et le conduit à un désinvestissement social, professionnel et familial.
    • Poursuite du comportement malgré l’aggravation des problèmes sociaux en dépit de la connaissance des conséquences négatives.
    • Tolérance marquée, c’est-à-dire besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour obtenir l’effet désiré, ou diminution de l’effet procuré par un comportement de même intensité.
    • Agitation, irritabilité et surtout angoisse si l’acte addictif est différé, empêché.

Quels sont les principaux symptômes de l’addiction ?
Les symptômes de l’addiction à l’ordinateur ou au jeu vidéo sont assez spécifiques :

  • Les symptômes psychologiques :
    • Sensation de bien-être voir d’euphorie devant l’ordinateur,
    • Incapacité à stopper l’activité,
    • Passer de plus en plus de temps devant l’ordinateur,
    • Négliger sa famille ou ses amis,
    • Se sentir vide, déprimé, irritable quand l’ordinateur est absent,
    • Mentir à son travail, à ses amis, à sa famille sur ses activités,
    • Problèmes à l’école ou au travail.
  • Les symptômes physiques :
    • Syndrome du canal carpien,
    • Yeux secs,
    • Migraine,
    • Douleur dorsale et cervicale,
    • Alimentation irrégulière, repas sautés,
    • Difficulté à assurer une hygiène correcte,
    • Troubles du sommeil, changement de cycle de sommeil.

Au-delà de ces signes, la cyberdépendance comporte les mêmes symptômes que n’importe quelle addiction. La perte de contrôle, la tolérance, c’est-à-dire le besoin de passer de plus en plus de temps devant l’ordinateur ou les jeux vidéo pour obtenir une satisfaction. En cas de sevrage, une agitation psychomotrice, une anxiété, une irritabilité et enfin une pensée obsédante ou des rêves à propos d’Internet risquent de se manifester.

Comment savoir si mon enfant est addict à Internet ou au jeu vidéo ?
Le test du Dr Marc Griffiths permet de reconnaître rapidement si un enfant à une conduite addictive aux jeux vidéos ou à Internet :

  • Il joue presque tous les jours,
  • Il joue souvent pendant de longues périodes : 3-4 heures,
  • Il joue pour l’excitation qu’il en retire,
  • Il est de mauvaise humeur quand il ne peut pas jouer,
  • Il délaisse les activités scolaires, sportives, sociales et familiales,
  • Il joue au lieu de faire ses devoirs,
  • Les tentatives de diminuer son temps de jeu sont des échecs.

Si on répond « oui » à plus de quatre de ces questions, alors l’enfant joue probablement trop et il existe peut-être un problème de dépendance. Il serait peut-être utile de discuter avec un professionnel pour établir un diagnostic et envisager une prise en charge.

Existe-t-il un traitement ?
Comment traiter un cyberdépendant ? Dans un premier temps, il faut établir un diagnostic de dépendance avec tous les critères correspondant à une addiction classique. L’expérience montre que l’étape la plus importante dans le déclenchement d’une prise en charge, et qui aura les meilleures chances d’aboutissement, passe d’abord par la reconnaissance de sa dépendance. Il et en est de même d’ailleurs pour les autres dépendances utilisant un ou plusieurs produits psychoactifs.
Il existe plusieurs techniques de prises en charge :

  • Des thérapies comportementales peuvent se révéler utiles.
  • Des thérapies de groupe peuvent être proposées ; elles permettent une resocialisation des sujets grâce à des groupes de paroles directes, en face à face, associant des ex-internautes ou ex-joueurs dépendants.
  • Sur le modèle des Alcooliques Anonymes il existe des groupes d' »Interneters Anonymous » regroupant des hommes et des femmes qui partagent leurs expériences, afin de renforcer la motivation de ceux qui ont envie de retrouver une vie « normale » après des comportements cyberaddictifs. Leur programme est calqué sur le modèle utilisé par les Alcooliques Anonymes, avec les douze étapes de reconnaissance de l’impuissance devant l’objet ou le sujet de l’addiction : Internet.
  • Des thérapies individuelles au long cours, analytiques peuvent être proposées.
  • Une approche psychothérapeutique familiale peut venir soutenir les proches.

Il est possible de rencontrer une polyaddiction des personnes, rendant la prise en charge encore plus difficile. Il existe souvent une association entre la cyberaddiction, le jeu pathologique, la sexualité assistée par ordinateur, des troubles du comportement alimentaires, etc.

Etes-vous accroc ?
Pour découvrir votre niveau de dépendance, répondez aux questions suivantes en utilisant cette échelle :

0 = aucun rapport
1 = pas applicable ou rarement
2 = occasionnellement
3 = fréquemment
4 = souvent
5 = toujours

  1. Combien de fois avez-vous réalisé que vous êtes resté sur le net plus longtemps que vous l’aviez prévu ?
  2. Négligez-vous souvent vos devoirs scolaires, professionnels, ou ménagers pour passer plus de temps sur Internet ?
  3. Combien de fois préférez-vous l’excitation du net à l’intimité avec votre partenaire ?
  4. Combien de fois créez-vous de nouvelles amitiés avec d’autres personnes qui sont sur le net?
  5. Combien de fois les gens faisant partie de votre vie se plaignent du temps que vous passer sur Internet ?
  6. Combien de fois votre niveau ou votre travail à l’école est affecté à cause du nombre d’heures que vous passez sur le net ?
  7. Combien de fois vérifiez-vous votre e-mail avant de commencer quelques choses d’autres que vous devez faire ?
  8. Combien de fois vos expériences ou votre productivité ont diminuées à cause d’Internet ?
  9. Combien de fois êtes-vous sur la défensive ou secrète quand quelqu’un vous demande ce que vous faîtes sur le net ?
  10. Combien de fois stoppez-vous des pensées dérangeantes sur votre vie en les remplaçant par des pensées plaisantes relatives à Internet ?
  11. Combien de fois vous trouvez-vous  en train d’anticiper votre retour sur le net ?
  12. Combien de fois pensez-vous que la vie sans Internet deviendrait ennuyeuse, vide et sans joie ?
  13. Combien de fois rouspétez-vous ou agissez-vous de manière ennuyée si quelqu’un vient vous déranger lorsque vous êtes sur le net ?
  14. Combien de fois avez-vous perdu des heures de sommeil à cause du fait que vous étiez sur Internet tard dans la nuit ?
  15. Combien de fois vous sentez-vous préoccupé lorsque vous n’êtes pas connecté ou combien de fois fantasmez-vous sur le fait d’être sur Internet ?
  16. Combien de fois vous trouvez-vous en train de vous dire à vous-même « juste quelques minutes de plus » quand vous êtes sur Internet ?
  17. Combien de fois essayez-vous de réduire le temps que vous passez et que vous échouez ?
  18. Combien de fois essayez-vous de cacher combien de temps vous avez passé sur le net ?
  19. Combien de fois choisissez-vous de dépenser plus de temps sur le net au lieu de sortir avec vos amis ?
  20. Combien de fois vous vous sentez déprimé, de mauvaise humeur ou encore nerveux si vous n’êtes pas sur Internet et que soudainement si vous vous connecté, vous vous sentez tout de suite mieux ?

Votre score.
Résultats :
Après avoir répondu à chaque question, additionnez le numéro que vous avez sélectionné afin d’obtenir le score final. Plus votre score est élevé, plus votre niveau de dépendance est élevé.

  • 20 – 49 points : Vous êtes un utilisateur moyen d’Internet. Vous surfez probablement certaines fois trop longtemps sur le web, mais vous en détenez toujours le contrôle.
  • 50 – 79 points : Vous avez fait l’expérience occasionnellement ou fréquemment de problèmes liés à votre utilisation d’Internet. Vous devriez considérer l’impact de cet outil sur votre vie.
  • 80 – 100 points : Votre utilisation d’Internet vous cause de sérieux problèmes. Vous devriez considérer l’impact d’Internet sur votre vie et essayez de résoudre votre problème en vous orientant vers une prise en charge.

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Sport, dopage et conduites addictives

Présentation :
La pratique excessive du sport apparaît depuis quelques années comme une récente forme d’addiction sans drogue. Comme pour d’autres comportements addictifs, on peut considérer que l’addiction sportive commence par des excès, par la recherche de sensation de plaisirs et désinhibition à travers la pratique sportive, qui va aboutir à un besoin irrépressible et dans certains cas des signes de sevrage, comme c’est le cas pour les dépendances à un ou plusieurs produits psychoactifs (tabac, alcool, héroïne, …).
Communément, le sport recouvre deux catégories :

  • le sport loisir, détente, concernant la grande majorité des sportifs avec une fréquence de quelques heures par semaine et dont le but n’est pas forcément d’établir des performances ;
  • le sport régulier et intensif.

Les enfants représentent plus de la moitié des licenciés sportifs. Pour eux, le sport pratiqué de façon modérée (moins de 10 heures par semaine) est incontestablement bénéfique tant sur le plan physique, intellectuel que psychologique.
La détection précoce de futurs champions potentiels chez qui on note des aptitudes conduit certains de ces jeunes à espérer atteindre le sport de haut niveau et à réaliser une carrière de succès aux diverses compétitions. Mais un prix est à payer : l’entraînement intensif qui mobilise tout le temps libre, la répétition des compétitions de plus en plus relevées, l’éloignement du milieu familial conduisent certains jeunes à ne vivre que pour le sport.

Etre sportif de haut niveau nécessite un investissement sans mesure et l’acceptation d’un processus intra-psychique lié à la transformation corporelle, résultat d’une pratique intense et de longue durée. Combien de sportifs de haut niveau n’ont-ils pas sacrifié leur jeunesse. La reconnaissance de leurs efforts, des années de galère et de sueur arrivent, le cas échéant et pour les meilleures d’entre eux, sous formes de médailles, d’applaudissements et de contrats publicitaires mirobolants : c’est la rançon de la gloire.
Le sportif de haut niveau cherche sans cesse l’idéal de la perfection, de l’harmonie. Nous ne parlons pas ici du sportif « du dimanche » qui fait une activité sportive pour se faire plaisir et non pour établir des performances si ce n’est des performances personnelles. Mais même dans ce type de public une dépendance insidieuse peut se mettre en place. Le sportif rentre alors dans un système de lutte personnelle : « je peux faire mieux que la dernière fois », pour cela une seule solution, fournir plus d’efforts.
Il existe différentes façons de pratiquer une discipline sportive. Elle est excellente pour la santé lorsqu’elle est modérée, lorsqu’elle est pensée sans esprit d’excès ni de compétition. Il est cependant difficile de quantifier, en termes de temps les limites à ne pas dépasser pour que le sport reste profitable. L’abus de sport, l’hyperactivité physique, comme tous les abus, peuvent être nocif pour la santé.

Comment peut se manifester cette addiction ?
Pour certains sportifs, la répétition d’enchaînements, l’accoutumance du corps au mouvement, la ritualisation et la répétition obsessionnelle ou compulsive des gestes peuvent prendre une dimension compulsive voire addictive au geste. Ces sportifs ressentent la nécessité de remplir un vide de la pensée ou un vide affectif.
Pour une partie de sportifs de haut niveau, le sport interviendrait de la même manière qu’un stupéfiant comme remède à une souffrance corporelle et/ou psychique. Ainsi, le sport, pratiqué au quotidien de manière répétitive, empêcherait l’apparition de « la pensée douloureuse » et l’anesthésierait comme peut le faire l’héroïne.

Sport, dopage et dépendance.
A priori, rien ne prédispose sport et l’usage de drogues à se rencontrer. Ces deux notions semblent antinomiques, contradictoires. Pour beaucoup, l’usage de drogue est synonyme d’aliénation et d’échec, alors que le sport signifie maîtrise du corps, dépassement de soi, puissance et réussite. Mais les récentes affaires de dopage, les révélations sur les pratiques médico-sportives, la présence d’une proportion importante d’anciens sportifs de haut niveau dans les centres de prises en charge d’usagers de drogues sont autant de passerelles entre le monde du sport et celui de la drogue.

Et ce d’autant plus que des « affaires » récentes secoue le monde sportif : le suicide de Pantani, la cocaïnomanie de Maradona, les scandales à répétition sur les différents tour de France (Armstrong, Landis, Virenque,…), le dopage et les grands de l’athlétisme (Jones, Gatlin, …).
Le « sport spectacle », le culte de la performance, la réussite à tout prix, à n’importe quel prix, pousseraient les sportifs de haut niveau à utiliser des produits dopants.

Quelques chiffres :
En France, 15% des hommes pratiquant plus de huit heures de sport par semaine (il ne s’agit donc pas là de sportif de très haut niveau) ont testé des drogues dures contre 10% des Français du même sexe. Pour les femmes, ce chiffre est de 16% contre 6%.
Les dernières recherches ont montré une corrélation entre la pratique intensive d’une activité physique et une série d’effets pervers, comme une surconsommation d’alcool, de médicaments psychoactifs et des drogues ou des troubles du comportement alimentaire.

Pratiques de sport et dépendance.
Les comportements de dépendance se manifestent surtout dans des périodes difficiles pour les sportifs, comme lors de performances minimales à établir, lors de blessures, quand les résultats tant espérés n’arrivent pas ou lors de la retraite.
Pratiqué avec excès, le sport peut être le signe d’un comportement pathologique. En effet, la pratique intensive du sport provoque une mécanisation de l’organisme avec tous les phénomènes de dépendance physiologique (liée à la sécrétion d’endorphines) mais aussi psychologique que cela induit. Ainsi, le sport induirait, d’une part une perturbation du « dialogue » entre le cortex cérébral (siège des fonctions cognitives) et les structures sous corticales (jouissance et acte sportif). Or, dans l’une de ses structures existe l’aire segmentale ventrale impliquée dans les phénomènes de pharmacodépendance. D’autre part, l’exercice physique entraîne une modification globale de la production d’hormones et de neurotransmetteurs, qui sont également présents dans le cas de consommations de drogues.
L’exigence du dépassement de soi pousse le sportif de haut niveau à être mieux que lui-même ou autrement que lui-même. Pour F. Nordmann, ancien athlète de haut niveau, « son existence est souvent subordonnée voir sacrifié à l’objectif de la réussite à tout prix : victoire ou record ». L’athlète devient prisonnier d’un système dans lequel il se doit de gagner sous peine d’être exclus, puisque le monde dans lequel il évolue se restreint souvent à celui de son club, de son entraîneur et de ses camarades d’entraînement.
L’échec du sportif confronté à ses limites, à l’impossibilité d’atteindre le sommet alors que d’autres y parviennent, est rarement pris en compte et ne fait pas l’objet d’un suivi psychologique particulier. P Laure, spécialiste du dopage, précise qu’effectivement la fin d’une carrière sportive est vécue par certains sportifs comme une sorte de mort. Comme le souligne, P Yonnet, le vrai risque du sport de haut niveau, c’est, avant le dopage, le sport de haut niveau lui-même.
Cette course à la performance est une des raisons de l’utilisation de produits dopants. Ce phénomène de recours à la « potion magique » existe depuis très longtemps et ne concerne pas seulement le monde sportif. Dans les entreprises, un cadre sur cinq est aujourd’hui « dopé ».
En 1997, les responsables du centre Monte-Cristo, CSAPA à Paris XVième, qui prend en charge des toxicomanes, avaient constaté une sur représentation d’anciens sportifs parmi les patients accueillis.

Quels sont les produits utilisés ?
Il existe un grand nombre de produits dopants et les techniques varient en fonction des effets escomptés. Les produits les plus fréquemment utilisés sont les corticoïdes, les anabolisants, l’hormone de croissance, l’érythropoïétine – E.P.O. (hormone peptidique naturellement secrétée par le foie et les reins, qui accroît le nombre de globules rouges et donc la quantité d’oxygène à disposition des tissus), les transfusions sanguines. Les produits masquant, souvent évoqués, servent essentiellement à cacher lors des contrôles l’utilisation de produits interdits.
A l’heure actuelle, dans le sport de haut niveau, l’usage de plusieurs substances est devenu la règle, que ce soit pour bénéficier de la synergie des effets, masquer l’usage d’une substance par une autre, ou atténuer des effets secondaires gênants. La pratique sportive intensive développe alors une pharmacodépendance qui peut aller jusqu’à la toxicomanie.
Le simple arrêt de la carrière sportive n’est souvent pas suffisant pour que le sportif puisse se passer des produits dopants, bien au contraire, il risque alors de plonger dans des produits encore plus fort par déprime, pour combler un vide ou pour compenser un véritable manque d’endorphines.

Drogues et sport : deux enquêtes récentes :
Deux enquêtes récentes mettent en lumière une proportion importante d’anciens sportifs parmi les patients accueillis dans les centres de prise en charge des toxicomanes (CSAPA). Ainsi, au centre méthadone de l’hôpital Laënnec, à Paris, la question de la toxicomanie en milieu sportif n’est plus anecdotique. Le Dr Lowenstein témoigne que « parmi les 300 usagers de drogués chroniques que nous suivons, nous avons un nombre notable (un peu moins de 30) d’anciens sportifs de haut niveau, pour lesquels l’héroïne a relayé une pratique sportive qui avait fonctionné comme une première drogue ».
Pour ce spécialiste, le sport interviendrait de la même manière qu’un stupéfiant, comme remède à la souffrance corporelle et/ou psychique. D’un côté, le sport, pratiqué au quotidien comme une mécanique répétitive, empêcherait la « pensée douloureuse » et l’anesthésierait comme peut le faire l’héroïne. De l’autre, le dépassement des limites physiques provoque la sécrétion de véritables drogues intérieures, les endorphines.
« Quand on voit un marathonien qui se creuse et devient famélique, la similitude avec le « junkie » qui maigrit au fil des années est frappante. Entre les deux, il y a un élément commun qui s’appelle les endorphines. Des substances secrétées par le corps qui active des récepteurs spécifiques. Ces « drogues intérieures » sont stimulées par l’effort intensif. Le fameux « second souffle » du marathonien correspond à cette sécrétion d’endorphines, qui se produit uniquement quand le coureur à ressenti la douleur. Ensuite, il ne sent plus sa souffrance… Les endorphines ont un effet semblable à celui de la morphine. On peut faire le lien avec « maman héroïne », une substance qui finalement permet de vivre sans avoir à penser, sans craindre la douleur, sans avoir peur de la mort. Le toxicomane comme le sportif vivent dans un cocon total » explique le Dr Lowenstein.

  • Sur les cent derniers patients recueillis au centre Monte-Cristo, vingt étaient des sportifs ayant eu une pratique sportive intensive de haut niveau. Cette cohorte était composée de 75% d’hommes, treize disciplines sportives étaient représentées, avec des athlètes pratiquant un sport individuel (40%) ou un sport collectif (60%). La consommation d’héroïne avait débutée pendant la pratique sportive dans la moitié des cas, et s’accompagnait d’usage de produits dopants (amphétamines, anabolisants) pour onze d’entre eux, voire d’autres stupéfiants (cannabis, cocaïne) pour certains.
  • Le centre Nova-Dona (CSAPA) à Paris XIVème, a également lancé une étude « Sport et toxicomanie »auprès de ses patients. Le questionnaire permet de relever les pratiques intensives de sport, supérieures à deux heures par jour, indifféremment du niveau de compétition atteint. Sur 50 patients interrogés, la moitié a pratiqué, selon ce critère, un sport de façon intensive. Parmi ces sportifs, 68% ont commencé à consommer de l’héroïne régulièrement après avoir arrêté le sport (16% avant la pratique du sport, 16% pendant). La moitié d’entre eux reconnaît avoir consommé d’autres produits licites ou illicites pendant l’activité sportive (cannabis, alcool, cocaïne, par ordre décroissant de consommation) et pratiquaient des sports très différents.

Ces résultats posent la question tant au niveau du suivi psychologique et médical éventuel au moment de l’arrêt de la pratique intensive du sport, qu’elle soit de haut niveau ou pas, et enfin l’intégration du dopage comme forme de conduite addictive.

Comment passe-t-on du produit dopant à la drogue ?
Il y a selon F. Nordmann trois moments privilégiés. « D’abord, il y a la blessure. Et là, il a mal dans son corps comme dans sa tête. Il est soigné. On lui donne beaucoup de médicaments et des doses importantes d’anesthésiants. Le passage à la toxicomanie peut être très rapide. Il y a ensuite l’échec, et personne n’est là pour la gérer. On s’occupe des gagnants, on ne prend jamais en charge les perdants. Pourtant, le sport fabrique plus de perdants que de gagnants ! Enfin, il y a l’arrêt. Il suffit de regarder les anciens sportifs ; en général ils boivent et fument beaucoup, certains deviennent toxicomanes. A l’arrêt de l’activité sportive, comment compenser la sécrétion moindre d’endorphines et l’apparition de la douleur ? »
« La légende veut que les sportifs soient des gens invulnérables. En fait, ils sont extrêmement fragiles car ce sont des gens de l’extrême ». L’avenir est préoccupant, puisque les centres de formation de jeunes, toutes disciplines confondues, les sections sports-études sont de plus en plus nombreux et avec eux des générations de déçus ; il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus.
Le problème du dopage touche effectivement les sportifs de haut niveau mais aussi les sportifs amateurs qui sont de plus en plus jeunes lorsqu’ils emploient ces substances et de moins en moins encadrés. Il paraît donc important de mettre en place, dans le cadre de la lutte antidopage, des actions de prévention pour informer les quelques 13 millions de pratiquants de sport en France.

Quelles solutions au dopage ?
Une politique de prévention, de lutte menée par les pouvoirs sportifs est indispensable. Elle se base actuellement sur des contrôles qui peuvent donner lieu à diverses sanctions. L’application de la loi est certes nécessaire mais en aucun cas suffire.
Depuis 1999, il a été créé des antennes médicales régionales de prévention et de lutte contre le dopage, centres d’accueil pour les sportifs concernés. Les médecins seront tenus de leur transmettre, de façon anonyme, les constatations qu’ils auront faites lors de consultations de sportifs. Les médecins ont un rôle important à jouer dans ce dispositif.
La prévention doit permettre d’informer les sportifs amateurs ou de haut niveau, et non seulement sur les produits, leurs compositions chimiques, leurs effets et leurs conséquences sur l’organisme mais aussi sur les différents usages, occasionnel, nocif ou abusif.
Les actions de prévention passent certainement par la formation de bénévoles et des cadres des associations sportives afin qu’ils diffusent l’information à leurs licenciés et préviennent ces conduites à risques chez les jeunes.
Le Ministère de la Jeunesse et des Sports a mis en place un numéro vert, anonyme et confidentiel, pour informer et aider tous les sportifs : ECOUTE DOPAGE 0 800 15 20 00. En une année d’activité, ce numéro vert a recueilli les « confessions », écouté les angoisses et répondu aux questions de quelque 6 630 interlocuteurs dont la moitié sont des mineurs. Un premier bilan permet d’établir qu’aucune discipline et aucune génération n’échappe au dopage. La plupart (30%) s’interrogent sur la créatine, beaucoup consomment du cannabis (21%) et d’autres (16%) utilisent des corticoïdes, des anabolisants ou de l’érythropoïétine (EPO). Ce numéro vert n’est pas une solution au problème du dopage, mais une sorte d’observatoire des conduites à risques, qui permet aux institutions d’accéder à une meilleure connaissance d’un phénomène.
Comme le souligne P. Yonnet, sociologue, « les vrais risques du sport de haut niveau ou du sport amateur, c’est, avant le dopage, le sport de haut niveau lui-même ».

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L’achat compulsif

Présentation :
La problématique de la surconsommation n’est étudié que depuis la fin des années 80 et a fait l’objet de peu d’études  à ce jour. La surconsommation peut se définir non par la quantité d’achats mais par le déséquilibre émotif associé à l’acte d’achat. Elle met donc en cause les dimensions psychologiques du geste d’acheter telles les dimensions émotives du rapport à l’argent et à la consommation. Sur le plan psychologique, la surconsommation vient d’un déséquilibre entre le rationnel et l’émotif, l’achat est sans grand lien avec le besoin réel ou l’utilité du produit convoité.
L’acheteur compulsif se débat face aux pressions de notre société de consommation : la publicité est omniprésente et les techniques de ventes insidieuses.
Les troubles du contrôle des impulsions sont des troubles du comportement caractérisés par un besoin spontané et irrépressible de commettre une action même si elle peut représenter un danger pour soi-même et/ou pour les autres.

Portrait de cette dépendance :
Les tentations sont grandes dans notre société ; nous sommes tous victimes du matraquage publicitaire et de l’incitation constante à acheter. Mais un certain nombre de consommatrices et de consommateurs répondent à cet appel de façon désordonnée et boulimique : ce sont les acheteurs (euses) compulsifs dont on connaît depuis peu le malaise qui les pousse à consommer sans frein et sans plaisir. En fait, pour ce type de personnes, le geste d’acheter se présente comme un antidote à l’anxiété, à la frustration, aux conflits.

L’achat impulsif est une dépendance tout comme l’alcoolisme, les toxicomanies ou la passion du jeu. Malheureusement, il s’agit d’une maladie peu reconnue et souvent associée à une simple tendance au gaspillage. Or, il s’agit d’un comportement qui peut faire beaucoup de ravages et derrière lequel se dissimule presque toujours une très faible estime de soi.
Il faut souligner que l’objet acheté n’a souvent qu’une importance secondaire par rapport au besoin de se retrouver dans un magasin et d’en éprouver une réelle euphorie.

Il s’agit rarement d’objets de première nécessité. De retour à la maison, le « butin » rapporté a perdu de son éclat et va souvent rejoindre dans le fond d’une armoire d’autres objets acquis dans les mêmes conditions. La souffrance qu’en à elle est toujours présente. Le prochain achat n’est pas loin et la personne vit traquée par ce scénario à répétition et compromet souvent gravement son propre équilibre budgétaire et/ou celui de sa famille ainsi que son propre équilibre psychologique.

Quelques chiffres :
La frénésie incontrôlable d’achats est une pathologie en augmentation (1,1% de la population générale) qui touche principalement les femmes (80 à 92% des acheteurs compulsifs).
Les acheteurs (euses) compulsifs sont le plus souvent âgés de 30 à 40 ans et ont un bon niveau professionnel, scolaire ou universitaire.
Les objets achetés sont variables :

  • chez les femmes : vêtements (96%), chaussures (75%), bijoux (41,7%), maquillage (33%), produits de la maison (12%).
  • chez les hommes : antiquités (25%), disques (20%), voitures (16%), objets électroniques (15%).

Pour Adès et Lejoyeux, « ces sujets sont comme « possédés » par une envie irrépressible d’acheter, qui s’apparente à un besoin de drogue ou d’alcool ». L’achat suscite une impression d’euphorie, comme dans une nouvelle addiction. A chaque nouvel achat, le sujet promet de ne plus recommencer…. Pour passer outre le lendemain, tout comme l’alcoolique qui promet, jure, qu’il ne touchera plus à l’alcool.

Que reflète cette problématique ?
Il s’agit presque toujours de l’expression d’une détresse. En dépit des apparences, l’achat compulsif n’est pas une maladie exclusivement réservée aux femmes, bien que celles-ci recherchent plus souvent que les hommes une aide extérieure pour sortir de l’impasse dans laquelle elles se trouvent.
L’achat compulsif apparaît souvent suite à une contrariété, au lendemain d’un élément déclencheur comme une séparation, un deuil. Une existence vide, l’ennui et l’isolement affectif sont aussi des terrains favorables. Il faut aussi tenir compte du contexte général qui n’est pas loin de valoriser ce genre d’excès. Les tentations sont permanentes « nous vivons dans une société où l’impulsivité du consommateur est sollicitée par tous les moyens » (J. Cottraux). Dans notre société, les choses sont moins achetées pour leur utilité, elles ont souvent, et avant tout, une valeur émotive et symbolique.

Par ailleurs, la carte de crédit est le moyen de paiement privilégié et permet de se sentir moins culpabilisé. La possibilité d’acheter sur le Net ou par le biais de chaînes télévisées accentue encore un comportement d’achat compulsif. Et cela d’autant plus que la logique de la consommation est de rendre périmé les produits le plus rapidement possible conduisant le consommateur à une éternelle insatisfaction.
L’endettement est l’une des conséquences de cette dépendance (83% des acheteurs compulsifs).

Existe-t-il des pathologies associées ?
Lorsqu’ils perçoivent les premières conséquences négatives des achats compulsifs, les sujets sont confrontés au problème du contrôle de leur impulsion, ce qu’ils ne parviennent pas à réaliser. Le surendettement peut les pousser à chercher de l’aide et à consulter.
La compulsion des achats est présente chez 32% des dépressifs, qui accusent des sentiments d’infériorité et cherchent une compensation à une existence qu’ils voient et qu’ils vivent comme médiocre.
« Les troubles de la personnalité sont présents avec un type proche de la personnalité borderline, qui est caractérisé par une impulsivité marquée, des émotions excessives, une instabilité des relations interpersonnelle, de l’image de soi et des affects» (J.Cottraux).
L’acheteur pathologique recherche l’émotion positive pour compenser une émotion négative, une frustration qu’il ne sait canaliser.

Existe-t-il des traitements ?
Il peut être proposé, dans un premier temps, des cours et des séances de planification financière, budgétaire. Souvent, cette première approche ne suffit pas à soulager la détresse et à rétablir l’estime personnelle et à enrayer une véritable maladie.
Une thérapie dite brève, ou plus longue peuvent permettre une prise en charge pour agir sur ce comportement. L’intervention à plus court terme consiste essentiellement à contrôler le comportement compulsif en tentant de comprendre les circonstances qui l’occasionnent (tension au travail ou à la maison, « déprime, frustrations, …).

Il est souvent demandé au patient de tenir un carnet d’achat où il va noter la fréquence de ces achats incontrôlés et l’envie irrépressible d’un objet, ainsi que les symptômes accompagnant l’épisode compulsif. Pour certains ce type de programme suffit à désamorcer les mauvais automatismes et à modifier l’image de la consommation.
Un traitement comportemental et cognitif donne, quand il est bien mené des résultats encourageants.
Un groupe d’entraide, rencontrant la même problématique peut permettre de parler, de mettre en mots cette « pathologie ».

Etes-vous surconsommateur ?

  1. Quand j’ai de l’argent, je ne peux m’empêcher de le dépenser.
    Vrai …….. Faux ……..
  2. J’achète souvent sans réfléchir, poussé par un élan incontrôlable.
    Vrai …….. Faux ……..
  3. Quand je suis stressé, déprimé ou fatigué, quand je vis une difficulté (un conflit, un échec, une frustration), j’achète pour me relaxer, pour me «remonter», pour retrouver de l’énergie ou pour me soulager.
    Vrai …….. Faux ……..
  4. J’achète souvent sans raison, des objets que je possède déjà, dont je n’ai pas besoin ou qui ne me servent jamais.
    Vrai …….. Faux ……..
  5. J’ai souvent une rage de dépenser ou une envie inexplicable et soudaine d’aller acheter n’importe quoi dans un magasin.
    Vrai …….. Faux ……..
  6. Acheter  me donne l’impression d’être quelqu’un de bien, quelqu’un d’important, je me sens plus fier et plus estimé.
    Vrai …….. Faux ……..
  7. Quand j’achète, je me sens plus en sécurité.
    Vrai …….. Faux ……..
  8. Souvent, je fais des dépenses ou j’achète des articles dont je n’ose parler à personne, de crainte d’être jugé anormal.
    Vrai …….. Faux ……..
  9. Quand j’ai envie de quelque chose, je ne peux pas m’empêcher de me le payer, même si je n’en ai pas les moyens.
    Vrai …….. Faux ……..
  10. Acheter est mon principal ou mon seul loisir.
    Vrai …….. Faux ……..
  11. Quand j’ai envie de quelque chose, je ne supporte pas d’attendre avant de me le procurer.
    Vrai …….. Faux ……..
  12. Je dépense beaucoup pour offrir des cadeaux aux autres. C’est ma manière de les aimer.
    Vrai …….. Faux ……..

Si vous vous reconnaissez dans un ou plusieurs de ces énoncés, vous êtes, à un degré variable, un sur consommateur, c’est-à-dire que vous dépensez ou vous achetez au-delà de vos besoins et de vos moyens.