Questions / Réponses

Y a-t-il une réelle différence entre drogues douces et drogues dures ?
Faut-il contraindre les toxicomanes à se soigner ?
Un jeune qui consomme du cannabis se tourne-t-il forcément vers d’autres produits comme l’héroïne ?
Comment en tant que parent dois-je me positionner face à mon enfant consommateur de cannabis ?
La consommation d’ecstasy peut-elle être mortelle dès la première prise ?
Consommer du cannabis, est-ce moins nocif pour la santé que fumer du tabac ?

Y a-t-il une réelle différence entre drogues douces et drogues dures ?

La notion de drogue dure ou douce se réfère au danger du produit dans sa consommation immédiate (risque de décès, effets perturbateurs importants), voire dans son risque élevé de dépendance comme pour l’héroïne et c’est une vision quelque peu simpliste.
Si l’on parle de danger, on pense d’abord à la santé et toutes les drogues sont toxiques pour l’organisme et provoquent des maladies souvent mortelles (cancers, cirrhoses, maladies cardio-vasculaires…).
Le danger peut aussi se trouver ailleurs : dans l’apparition d’une dépendance psychologique au produit, dans l’abus des consommations, dans le contexte entourant les consommations de drogues (ex : conduite routière, sexualité…)
Les questions essentielles à se poser sont : pourquoi suis-je amener à consommer tel ou tel produit ? Qu’est-ce que je recherche dans ces consommations ? Est-ce que j’associe automatiquement un événement (ex : fête) à une consommation de drogues ?

Le point essentiel n’est pas le produit mais la cristallisation d’un comportement social autour d’un produit x ou y. Ce qui pose problème, ce sont les perturbations dues à un produit dans le rapport à la scolarité, aux relations avec l’entourage et l’environnement social en matière de toxicomanie. Une consommation peut devenir problématique, et ce peu importe le nom du produit, lorsque la drogue n’est plus expérimentée par hasard ou par curiosité, lorsque la consommation devient une routine alors qu’elle était recherchée, à l’origine, parce qu’elle introduisait un élément d’originalité, de fête et de curiosité dans le déroulement d’une existence trop banale. C’est l’excès, lorsqu’il est expérimenté et cela au quotidien, ces « attitudes de défonce » aux prétextes si nombreux qui doivent être interrogés. Nous évitons de faire la distinction entre drogues dures et drogues douces à partir du moment où ce qu’il faut d’abord prévenir, c’est la consommation de substances qui, comme le disent certains neurobiologistes, octroient quelques instants aux consciences de ceux qui les utilisent la sensation que tout va bien alors qu’en réalité autour d’eux tout va mal.

Il est néanmoins essentiel de parler de drogues potentiellement plus dangereuses que d’autres dans la mesure où, parfois, avec certaines drogues, la curiosité peut devenir dangereuse (mort immédiate, dégâts irréversibles au niveau du cerveau). Notons à cet égard que l’on peut mourir d’une overdose d’alcool appelé coma éthylique.

Nous ne pouvons pas réellement parler de drogues dures et de drogues douces dans la mesure où tous les produits psychotropes peuvent représenter un danger pour la santé et avoir des conséquences sur les liens familiaux, le travail, etc… Lorsque la dépendance s’installe. Il faut d’abord réfléchir au sens que prennent les comportements à risques dans le parcours d’un adolescent et lui donner des pistes de réflexion pour mieux appréhender ces comportements : que représentent-ils dans l’espace/temps où le jeune les met en acte ? Il est nécessaire de situer ces comportements à leur juste valeur sans les banaliser ou les dramatiser. Le cas échéant, il est nécessaire d’orienter les adolescents en difficulté vers des structures de soin ou des professionnels de santé.

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Faut-il contraindre les toxicomanes à se soigner ?

Il n’est pas question de dire qu’il ne faut rien faire pour son ami, son enfant ou un proche qui souffre de toxicomanie. Nier son problème avec tel produit n’est certes pas lui rendre service. Cependant, il est illusoire de vouloir contraindre un toxicomane à se soigner. Cette démarche est bien souvent vouée à l’échec. En effet, il faut d’abord que la personne prenne conscience qu’elle a un problème avec ce produit et que cette consommation est pour elle source de maux. Seulement alors peut s’engager un travail de soin, dans le sens d’une prise en charge tant au niveau psychologique, que médical et social.

Ceci étant dit, rien n’empêche de dire à la personne concernée : « je pense que tu as un problème avec tel produit », « je trouve que tu as changé », « cette situation me fait souffrir »…

Il est aussi important de dire à la personne concernée que même si aujourd’hui elle a du mal à entendre ce qu’on lui dit, si à un moment donné elle a besoin d’aide, elle peut avoir confiance pour que l’on lui apporte de l’aide dans la mesure de nos moyens. Nous sommes par exemple prêts à l’accompagner dans un centre de soin.

Il est également important de signifier qu’il sera important pour la personne de travailler sur les motivations latentes qui ont conduit à une conduite de dépendance puisqu’il ne suffit pas de décrocher physiquement pour ne pas rechuter.

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Un jeune qui consomme du cannabis se tourne-t-il forcément vers d’autres produits comme l’héroïne ?

Les chiffres récents sur la consommation de cannabis révèlent une progression constante chez les jeunes scolarisés de quatorze à dix-huit ans. Toutes les enquêtes confirment une banalisation de l’usage du cannabis. Pour autant, il est essentiel de rappeler que tous les adolescents ne consomment pas ce produit.

L’adolescent met en œuvre des conduites pour se démarquer. Il tente de construire sa personnalité, parfois par effraction.

Lorsqu’un jeune consomme, la question à poser n’est pas « comment te drogues-tu ? » ou « avec quoi te drogues-tu ? » mais « pourquoi te drogues-tu ? ». La consommation avérée d’un produit n’est pas un hasard et n’est pas anodine.

Il est essentiel de rappeler que ce n’est pas la même chose un jeune qui consomme dans un contexte festif, pour le plaisir, ou encore pour appartenir à un groupe de pairs et un jeune qui consomme du cannabis pour fuir ses problèmes, oublier ses difficultés. Si un jeune commence à penser que la consommation de cannabis peut être le moyen de résoudre ou d’oublier ses problèmes, il peut alors s’enfermer dans une spirale, conduisant à une conduite de dépendance par rapport à ce produit, dans la mesure où sous l’effet du produit, les angoisses et les difficultés sont gommées passagèrement. Cette illusion de solution peut conduire à renouveler le plus vite possible la prise pour se remettre à distance de la réalité. On peut alors véritablement parler de toxicomanie et dans ce contexte le consommateur peut avoir recours à des substances encore plus fortes pour tenter de dépasser l’accoutumance. Les préadolescents et adolescents consommant du cannabis qui se tournent vers d’autres produits comme l’héroïne restent très largement minoritaires. Ceux qui le font glissent dans un processus toxicomaniaque pour mettre à distance des difficultés : relationnelles, familiales, affectives, scolaires, peur de la vie ou angoisses plus profondes.

Il reste une dernière chose importante à prendre en compte : il existe avec le cannabis comme avec d’autres drogues ce que l’on appelle un seuil de tolérance, autrement dit, il faut augmenter les quantités pour obtenir l’effet ressenti au début de la consommation. Seulement, avec le cannabis, il y a bien souvent un seuil maximum où on a beau augmenter les quantités, on ne parvient plus à ressentir les effets du début. Le cannabis ne suffit alors plus à ce que l’on recherche et le consommateur peut alors se tourner vers d’autres produits aux effets immédiats importants, procurant une déconnexion radicale.

En résumé, c’est bien la motivation qui fait la toxicomanie, pas le produit.

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Comment en tant que parent dois-je me positionner face à mon enfant consommateur de cannabis ?

Les conseils qui vont suivre ne sauraient remplacer une étude approfondie de la problématique de l’usager et/ou de sa famille. Nous vous recommandons donc de nous contacter afin de déterminer les actions les plus appropriées.

La réponse ne peut être unique, elle va dépendre de chaque adolescent.

Vous pensez que votre enfant se drogue ?

Les indices les plus fréquents sont :

  • yeux rouges et pupilles dilatées,
  • difficulté d’élocution, propos décousus,
  • irritation, bouche sèche, haleine particulière,
  • odeur de fumée différente de celle du tabac (imprégnation des vêtements),
  • difficulté de se souvenir de ce qui vient de se passer
  • vous trouvez du papier pour rouler des cigarettes (pour faire des joints de cannabis),
  • il possède des petits sachets en plastique ou une « barrette » de shit (cannabis)
  • vous observez une chute rapide des résultats scolaires, avec un absentéisme grandissant,
  • vous le sentez moins motivé, moins enclin à s’investir dans de nouvelles activités ou à poursuivre celles existantes,
  • vous observez un changement dans ses relations,
  • les absences sont de plus en plus nombreuses, les excuses de plus en plus scabreuses,
  • il se replie sur lui-même, s’enferme dans sa chambre et ouvre les fenêtres pour aérer,
  • il devient irritable, les conflits avec l’entourage sont de plus en plus nombreux sans que ceux-ci soient véritablement justifiés,
  • vous constatez des disparitions d’argent, la vente d’une partie de ses affaires (cd, dvd, jeux vidéo,…)
  • il est souvent « pendu » au téléphone.
  • Choisissez un moment favorable pour parler à votre enfant (disponibilité de temps, situation calme).
  • Parlez en votre nom de votre intérêt pour lui/elle, de vos impressions, vos inquiétudes.
  • Demandez lui s’il (elle) fume du cannabis.

Sa réponse est négative

  • lui demander si il (elle) a des soucis ou des difficultés particulières en lui précisant son intérêt d’en parler à quelqu’un afin de sortir de son isolement, de trouver des solutions.
  • lui dire qu’il (elle) à la possibilité de vous en parler quand il sera prêt à la faire, ou éventuellement lui indiquer des personnes en qui il a confiance pour en parler (membres de la famille, amis…) s’il (elle) a du mal à le faire avec vous.
  • lui affirmer votre amour pour lui (elle), votre intérêt, votre soutien, votre responsabilité vis-à-vis de lui (elle).
  • l’interroger sur sa vie relationnelle, affective, scolaire, ses centres d’intérêts,… Eviter de n’aborder que la consommation de cannabis.
  • lui donner votre avis concernant la consommation de cannabis (refus qu’il (elle) en consomme, rappel de la loi…)

Sa réponse est positive

  • lui donner la possibilité d’en parler sans dramatiser ou vous énerver d’emblée.
  • essayer de situer les circonstances de sa consommation (fréquence, lieu, moment de la journée ou du soir, quantité consommée, depuis quand, avec qui, ce qui est recherché en fumant…).
  • dites-lui votre désaccord et le souhait qu’il (elle) arrête d’en fumer en situant les risques qu’il (elle) encoure (loi, santé, effets à court et moyen terme…)
  • dialoguer avec lui (elle) de ses centres d’intérêt et lui expliquer qu’il est possible de trouver du bien-être, du plaisir, d’être bien avec ses amis autrement qu’en consommant des drogues.
  • si sa consommation est fréquente, importante ou génère déjà des difficultés personnelles (perte de mémoire, difficulté de concentration, démotivation, changement d’humeur…), lui proposer de rencontrer un professionnel de soins (médecin, psychologue) qui pourra faire un bilan avec lui (elle) et l’accompagner s’il (elle) est mineur(e).
  • n’hésitez pas à aller vous-mêmes rencontrer un professionnel pour vous aider ou avoir un avis par rapport à la situation que vous vivez.

Dans tous les cas, pas de précipitation, ni de panique : prenez le temps de réfléchir, prenez conseil auprès de spécialistes, consultez un centre de soins spécialisé pour vous faire aider. Instaurez un dialogue et un minimum de confiance : évitez de « l’engeuler », parlez ouvertement avec lui, évitez de le « fliquer ». N’abordez pas la discussion s’il est sous l’emprise de la drogue ou si vous-même êtes sous l’effet de la colère. Ayez un discours crédible avec un maximum d’objectivité.

Ne vous isolez pas : chercher des conseils auprès de spécialistes n’est pas une marque de faiblesse ; sachez qu’il existe des groupes de parole pour les parents dont les enfants sont usagers de drogue. Évitez de culpabiliser et incitez à se prendre en charge et à se faire aider et soigner.

Si votre enfant ne veut rien entendre, inutile de lui « prendre la tête » ; il est important que vous puissiez en parler avec quelqu’un, que vous puissiez exprimer votre souffrance par rapport à cette problématique. Contactez un spécialiste dans un centre de soins, prenez des renseignements sur ce que vous pourriez faire, et dites à votre enfant que vous avez fait des démarches pour essayer de comprendre la situation. Le centre pourra vous remettre de la documentation, des informations par rapport aux différents produits stupéfiants. Vous pouvez également contacter différents organismes qui pourront vous renseigner et vous donner des informations pertinentes :

DROGUES INFO SERVICE : 0 800 23 13 13 anonyme et gratuit depuis un poste fixe ou 01 70 23 13 13 depuis un portable coût d’une communication ordinaire

ÉCOUTE CANNABIS 7j/7 : 0 811 91 20 20 anonyme, coût d’une communication locale depuis un poste fixe.

WWW.DROGUES.GOUV.FR : rubriques, adresses utiles et foire aux questions.

La consommation d’ecstasy peut-elle être mortelle dès la première prise ?

L’ecstasy, nommée aussi XTC ou E, est une substance synthétique qui agit sur le cerveau. L’abréviation chimique est MDMA, du nom de son constituant principal qui est la 3,4-méthylènedioxyméthamphétamine.
L’ecstasy est illégal et ne se vend qu’au marché noir ; le consommateur ne sait jamais ce qu’il y a dans les tablettes ou les gélules.
Jouissant d’une fausse réputation de drogue inoffensive (« c’est un médicament »), le MDMA est trop fréquemment employé à des fins hédoniques. Les troubles du rythme cardiaque (tachycardie), l’hypertension artérielle constituent la première cause d’accident toxique grave et de décès.

ecstasyIl existe des tablettes aux multiples formes et couleurs, qui contiennent souvent toutes sortes de mélanges : impossible, même pour le dealer, de savoir l’effet qu’elles vont avoir ! Actuellement, il se vend n’importe quoi sous le nom d’ecstasy.

Selon la composition chimique du produit, les produits de coupage, l’état d’esprit dans lequel on est, sa santé en général, la dose prise et l’ambiance environnante, l’ecstasy va agir différemment, de manière imprévisible.

Trois types de toxicité aiguë sévère existe :

  • Le syndrome d’hyperthermie apparaît quatre à cinq heures après la prise. Il est rapidement fatal. La température corporelle atteint très vite 42°C, parfois plus.
  • Une toxicité cardio-vasculaire a été décrite, sous forme d’accident vasculaire cérébral.
  • La tonicité cérébrale se caractérise par une encéphalite, un œdème cérébral et se manifeste par des convulsions de type épileptique, voir un arrêt respiratoire par compression cérébrale.

Pour conclure, banalisées et méconnues, les complications de la prise d’ecstasy sont dangereuses, voire mortelles, même en l’absence d’overdose. Il est important de comprendre que l’ecstasy peut engendrer des séquelles irréversibles au niveau du cerveau ou la mort dès la première prise. De la même façon, il peut ne rien se passer de dramatique après plusieurs prises avant que quelque chose ne survienne. Il n’existe pas d’invulnérabilité à l’ecstasy.

Consommer du cannabis, est-ce moins nocif pour la santé que fumer du tabac ?

Les pneumologues s’inquiètent depuis quelques années des risques pulmonaires auxquels expose la consommation de cannabis. Certains nouveaux modes de consommation, comme les pipes à eau artisanales ou « bang », pourraient accroître ce danger.

L’explication réside dans le fait qu’une cigarette de cannabis contient 50mg de goudrons alors qu’une cigarette de tabac en contient 12mg. D’autre part, la concentration en produits cancérigènes de ces goudrons est également plus importante.
A cet égard, une substance, le delta 9-tétrahydrocannabinol (D9-THC), le plus abondant des soixante cannabinoïdes recensés à ce jour dans le chanvre indien, a des effets broncho-dilatateurs qui pourraient favoriser la rétention de goudrons au niveau de la bouche, du pharynx, de l’œsophage et du larynx, estiment les toxicologues. Ces derniers ont déjà constaté expérimentalement que des cellules pulmonaires animales ou humaines devenaient malignes lorsqu’elles étaient exposées à de la fumée de cannabis.

A la question de savoir si la fumée de cannabis est plus toxique, en terme de santé, que la fumée de tabac, une autre explication réside dans le fait qu’un joint de cannabis fait inhaler six à sept fois plus de goudrons et de monoxyde de carbone que la cigarette. Les scientifiques estiment à cet égard que fumer trois joints tous les jours, ce qui devient fréquent, fait courir les mêmes risques de maladies cardio-vasculaires que fumer un paquet de cigarettes.
Le Pr Bertrand Dautzenger (pneumologue, Pitié-Salpêtrière, Paris) ajoutent que les fumeurs de cannabis aspirent plus profondément sur le joint et retiennent leur aspiration et donc inhalent encore plus de substances toxiques. Il confirme que les consultations accueillent, depuis peu, des adultes qui ne fument que de l’herbe et qui souffrent de grave maladie respiratoire ou de cancer du poumon.
La fumée du cannabis se révèle donc beaucoup plus toxique que celle du tabac.