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Cyberdépendance | Autres
dépendances
AUTRES
DÉPENDANCES
OU DÉPENDANCES SANS DROGUES |
Présentation :
La dépendance non liée à des substances
psychotropes se
rencontre de plus en plus fréquemment dans notre type de société,
dite de consommation.
La fureur de consommer, la kleptomanie, la passion du jeu, l’obsession
sexuelle, les troubles alimentaires comme, entre autre, l’anorexie et
la boulimie, l’aliénation au travail, l’addiction au
sport, la
folie des moyens de communication - télé, sms, Internet,
ordinateurs - la sujétion à un groupe religieux…. Autant
de dépendances plus ou moins connues dont la reconnaissance est très
difficile, car elles sont toutes plus ou moins cachées - du moins
au début (il en est souvent de même pour les autres addictions où une
ou plusieurs drogues sont présentes).
D’abord, la définition de la dépendance non liée à des
substances comme la drogue, l’alcool ou
les médicaments est très
difficile à établir. Mais le processus d’entrée dans l’addiction est
le même : on passe d’un usage simple à un usage nocif
pour terminer par une dépendance au(x) produit(s). En revanche, ce genre
de troubles peut être tout aussi destructeur car ressenti comme étant
indispensable pour leur bien-être par les personnes concernées.
Celles-ci perdent peu à peu tout contrôle, leur vie est entièrement
focalisée sur ce comportement qui devient leur centre d’intérêt,
leur raison de vivre. Il s’agit d’une quête permanente, d’un
moyen de résoudre les problèmes ou d’une fuite. Il peut aussi
s’agir d’une récompense qu’on s’accorde en fin
d’une dure journée de travail. La "dose" doit être
augmentée en permanence (la tolérance), phénomène
bien connu des toxicomanes, les privations pouvant être très éprouvantes,
tant sur un plan physique que psychologique.
Il y a d’autres points
communs, car chaque attitude peut devenir une dépendance
si elle est poussée à l’extrême. On peut tout faire
sauf avec excès ; mais où se situe l’excès, pour chacun
de nous il est différent, chacun de nous en avons une représentation
différente. Le processus de la dépendance passe par plusieurs étapes
: d’abord elle procure une certaine jouissance, ensuite elle passe de l’habitude à l’abus,
jusqu’à l’installation de la dépendance. La personne
concernée en a besoin pour fonctionner normalement, la jouissance est,
elle, vite passée.
L’addiction ne peut être isolée de toute influence extérieure.
Le fait qu’une personne risque de "tomber" dans une telle problématique
dépend de sa constitution psychologique, de son bagage personnel mais
aussi de son entourage social : les parents, la famille, l’école,
les amis et les collègues, le travail, les médias etc. Les traditions,
les schémas de comportement d’une famille, l’éducation
sont des empreintes indélébiles pour une personne.
Nous vous proposons de voir successivement :
• Les
troubles alimentaires
• L’addiction
au travail
• Le
jeu pathologique
• La
cyberdépendance
• Sport, dopage et conduites addictives
• L’achat
compulsif
Les troubles alimentaires
Présentation :
Les troubles du comportement alimentaire (ou TCA) peuvent revêtir plusieurs
aspects. Ces problèmes sont toujours la conséquence d’une
détresse, d’un profond malaise, d’une mauvaise acceptation
de son corps ou de traumatismes. Les TCA se caractérisent par un rapport à la
nourriture, en termes de qualité et de quantité. Les troubles de
l’alimentation sont reliés à de graves problèmes émotionnels
qui se manifestent par une préoccupation du poids de son corps, souvent
influencée par les revues de mode et toute la publicité valorisant
le corps d’une maigreur extrême, et par une relation particulière
avec l’alimentation.
En cherchant à assurer la couverture des besoins nutritionnels nécessaires à la
vie, le comportement alimentaire est en partie instinctif. Mais il est aussi
conditionné par la recherche de plaisir qui dépend de nombreux
facteurs d’ordre psychologiques et socioculturels.
Il arrive à tout le monde de faire des excès alimentaires par gourmandise
ou de calmer son stress en grignotant des sucreries de façon impulsive
et passagère. Mais parfois, le comportement alimentaire se dérègle
de façon anormale et devient dangereux pour la santé.
Quels sont ces troubles ? D’où viennent-ils ? Refuser de s’alimenter
ou avoir une envie permanente de s’alimenter sont des TCA. Nous nous interrogerons
successivement sur l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie nocturne,
Ces troubles peuvent être durables et très invalidants, engendrant
même un risque vital (en particulier pour l’anorexie).
L'anorexie
Considérations générales :
Si l'étymologie du mot anorexie fait référence à la
perte d'appétit, l'origine du problème ne réside cependant
pas dans l'absence de la sensation de faim. En effet, loin d'avoir perdu l'appétit,
la personne anorexique lutte d'une manière active contre la sensation
de faim, du moins au début, dans le but de ne pas prendre de poids et
d'aspirer de plus en plus à un idéal de minceur, qui du reste
ne sera jamais atteint. Après une certaine période de restrictions
alimentaires, le corps s'adapte à cet état de famine et la sensation
de faim s'apaise ; moins je mange, moins j'ai faim, entraînant un dérèglement
des mécanismes biologiques de la faim et/ou de la satiété.
Il n'est pas rare que l'anorexie concerne une adolescente "boulotte" qui
commence par un régime….. qui réussit..... trop bien. Ce
régime, souvent approuvé et souhaité par l'entourage,
va se transformer en une préoccupation d'être toujours plus mince.
Elle peut également survenir à la suite d'un échec scolaire,
d'une déception amoureuse, d'un deuil ou d'un régime amaigrissant
faisant suite à une remarque "vexante" sur le physique de
la personne.
Cette maladie est caractérisée par une peur ou une souffrance
liée au poids et à une angoisse de perdre le contrôle en
mangeant. Rester au même poids d'un jour à l'autre, ou pire, prendre
quelques grammes, engendre chez elle une intense panique, accompagnée
d'angoisse et de sentiments dépressifs.
On note également une perturbation, voir une altération, très
marquée de l'image du corps. Ainsi, lorsque une anorexique se regarde
dans un miroir, elle se trouve – ou trouve certaines parties de son corps – toujours
trop grosse, alors que son extrême maigreur est flagrante.
On a tendance de parler de l'anorexie et de la boulimie au féminin.
En effet, neuf fois sur dix, c'est une fille qui est concernée. On estime
que l'anorexie touche environ 1% des adolescentes. Elle connaît un
pic vers 15-16 ans et un autre vers 18 ans.
Critères cliniques de l'anorexie :
Pour l'anorexie, les critères diagnostiques, issues du DSM-IV, sont
les suivants (ils doivent être tous présents pour établir
ce diagnostic) :
•
Refus de maintenir un poids égal ou supérieur au poids minimal
compte tenu de l'âge et de la taille (poids 15% ou plus en dessous du
poids minimal).
•
Peur intense de prendre du poids ou de devenir gros, même avec un poids
anormalement bas.
•
Trouble dans la manière dont le poids ou la forme du corps sont perçus
; influence indéniable de la forme du corps ou du poids sur l'estime
de soi, ou déni de la gravité de l'état de maigreur.
•
Chez les jeunes filles post-pubères, aménorrhée, c'est-à-dire
absence d'au moins trois cycles menstruels consécutifs (une femme est
considérée comme aménorrhéique si ses règles
n'apparaissent que sous l'administration d'un traitement hormonal).
L'anorexie en chiffre :
• 90% des anorexiques sont des femmes,
• 2% de la population féminine est concernée,
• les cas d'anorexie auraient été multiplié par
4, passant de 1/1000 à 4/1000 ces vingt dernières années,
• l'anorexie touche toutes les classes d'âge, avec cependant un
pic vers 13-15 ans, un autre vers 18-20 ans.
Caractéristiques associées :
Pour une anorexique l'idéal reste, pendant longtemps, d'avoir un corps
sans graisse, sans substance, sans formes. Le corps est souvent source de dégoût,
de honte. Les attributs de la féminité sont en général
refusés, ainsi que la sexualité d'une manière globale.
L'arrêt des règles est d'ailleurs généralement accepté avec
soulagement et/ou indifférence.
Le mode alimentaire apparaît souvent comme très bizarre. Outre
les restrictions alimentaires excessives, tout ce qui est en rapport avec la
nourriture ou le repas est complètement transfiguré : l'anorexique
met souvent les couverts sans apporter de nourritures à sa bouche, recrache
dans sa serviette les aliments, boit d'énormes quantité d'eau
ou s'alourdit de poids divers pour faire croire à l'entourage qu'elle
reprend du poids. Certains anorexiques centrent leurs activités sur
la nourriture : elles préparent de bons petits plats pour toute la famille, étudient
la cuisine ou la diététique, travaillent dans un magasin d'alimentation
ou dans un restaurant, ou encore gardent de la nourriture dans leur chambre,
sans jamais y toucher. Ainsi, elles se "mettent à l'épreuve" en
contrôlant l'acte de toucher, d'en parler, de manger ou de ne pas manger
; elles tentent, à travers ces activités, de gérer l'angoisse
d'un manque de contrôle.
Les différents types d'anorexies :
Le DSM-IV distingue deux sous-types distincts d'anorexie :
• le type restrictif,
• le type compensatoire
La première catégorie concerne les anorexiques qui perdent du
poids exclusivement à travers des restrictions et/ou caloriques sévères
- voire à travers
une non-alimentation quasi-totale - éventuellement accompagné d'exercices
physiques intenses.
La seconde catégorie concerne des anorexiques qui sont sujettes à des
boulimies intensément culpabilisées et ne parviennent à la
maigreur qu'en utilisant des "comportements compensatoires" : vomissements
provoqués, utilisation de laxatifs, de diurétiques à hautes
doses, exercices physiques intensifs.
Malgré l'absence de nourriture, l'anorexique reste longtemps dynamique
et active et rien ne transparaît d'une quelconque souffrance ou d'un
trouble alimentaire, ce qui explique qu'elle puisse maigrir dans des proportions
importantes avant que son entourage s'en inquiète. La disparition des
règles ou aménorrhée, est l'un des premiers symptômes.
La minceur devient maigreur, puis état de dénutrition.
Quelles en sont les conséquences physiques ?
En ce qui concerne les complications médicales de l'anorexie, la plus
courante est l'aménorrhée (arrêt des règles). Cet
arrêt des règles peut provoquer, à long terme, des problèmes
de croissance osseuse ainsi qu'une ostéoporose précoce. En fonction
de la durée de l'anorexie il peut y avoir :
- un risque de stérilité,
- une hypocalcémie,
- une carence vitaminique et en oligo-éléments,
- une sécheresse de la peau, une perte des cheveux, des ongles cassants,
- une constipation,
- une frilosité,
- une cyanose des extrémités,
- une hyperactivité sur le plan physique (l'anorexique est une fanatique
du jogging) et intellectuelle, comme s'il s'agissait d'accroître l'élimination
des calories et des graisses indésirables;
- des épisodes de boulimie soigneusement cachés et fortement
culpabilisés;
- des crampes au ventre, ….
La fonte des muscles engendre aussi un rétrécissement de tous
les organes constitués par des tissus musculaires (matrice, cœur, …).
Certains anorexiques présentent dès lors une bradycardie (ralentissement
des battements du cœur) et/ou une arythmie cardiaque après l'effort
physique, symptôme qui peuvent, plus rarement, causer un arrêt
cardiaque éventuellement fatal.
La triade des 3 A s'installe progressivement :
- Anorexie qui se majore petit à petit allant de la restriction plus
ou moins qualitative (la viande, les aliments gras) au refus de l'alimentation
quasi-total;
- Amaigrissement variable, pouvant aller jusqu'à 1/3 du poids;
- Aménorrhée.
Qu'en est il sur le plan psychologique ?
Statistiquement, l'anorexique a de bonnes capacités intellectuelles
; l'intellectualisation, la rationalisation sont très marqués.
Il existe une sorte de négation de l'image du corps, l'anorexique ne
se perçoit jamais comme maigre, elle paraît indifférente à l'amaigrissement.
Il existe une angoisse très marquée lors de toute ingestion de
nourriture.
D'une façon générale, on observe fréquemment un
certain nombre de comportement, en voici quelques exemples :
•
déni de la gravité de la maigreur actuelle : l'anorexique nie
avoir un problème avec la nourriture.
•
obsession : sa vie est réduite à une seule préoccupation
: maigrir.
•
image de soi : peu d'estime de soi, elle ne se trouve pas belle; elle ne s'aime
pas ; elle a beaucoup de mal à s'accepter telle qu'elle est, c'est pourquoi
elle utilise l'autodestruction.
•
autodestruction : pour pallier à une trop grande souffrance, elle cherche à se
faire du mal et peut avoir des comportements d'automutilation, voire même
des tentatives de suicide.
•
contrôle : besoin d'avoir le sentiment de contrôler sa vie qui
passe obligatoirement par celui de la nourriture.
•
perfectionnisme et maniaquerie tant au niveau scolaire, professionnel que ménager.
•
abandon de ses loisirs et perte de sa vie sociale avec un enfermement dans
son monde et être de moins en moins accessible par son entourage.
•
recherche de chaleur : à force de ne pas s'alimenter convenablement,
elle a de la peine à se réchauffer ; elle a tendance à avoir
froid, à se tenir près des radiateurs, à augmenter le
chauffage de sa chambre et à se cacher sous des vêtements amples
qui ne reflètent pas sa maigreur.
•
difficulté à trouver le sommeil entraînant des difficultés
de concentration et un épuisement.
Qu'en est-il du pronostic ?
• 1/3 des cas évolue favorablement avec restauration des relations
sociales, amélioration des relations avec la famille, reprise des règles
(ceci est un bon signe de l'arrêt du processus anorexique) ;
• 1/3 des cas évolue vers une amélioration incomplète,
avec souvent des rechutes et souvent une alternance avec des phases boulimiques
et anorexiques ;
• 1/3 des cas évolue vers une persistance de la symptomatologie
anorexique, avec une restriction des relations avec l'entourage pouvant entraîner
l'installation d'une dépression chronique.
• il existe un certain nombre de décès par cachexie (état
d'amaigrissement extrême) ou plus souvent encore par suicide.
Existe-t-il un traitement ?
L'évolution est variable. Le traitement des troubles alimentaires est
souvent long et difficile. La négation du problème est le principal
obstacle à la guérison. Certaines anorexiques, dont le poids
a tellement chuté qu'on a du les hospitaliser, restent persuadées
qu'elles ont une alimentation équilibrée.
Il est possible, une fois le problème reconnu et accepté, de "guérir" d'un
trouble du comportement alimentaire. Cela demande du temps et un investissement
personnel important dans une démarche thérapeutique.
Différentes approches thérapeutiques peuvent être proposées
:
• thérapie cognitivo-comportementale
• thérapie analytique
• thérapie motivationnelle
• approches corporelles.
La thérapie peut être individuelle et/ou familiale. Pour les malades
et pour les proches, il existe des groupes de soutien qui proposent un espace
privilégié de rencontre et d'échange avec des personnes
confrontées aux mêmes difficultés. Participer à ces
groupes de parole peut être un premier pas pour faire face à la
maladie. Alors que pour la boulimie, la prise encharge peut se faire en ambulatoire,
il arrive que pour l'anorexique une hospitalisation soit nécessaire,
lorsque sa vie est en danger. Le traitement thérapeutique visera, dans
un premier temps, à permettre à la personne de retrouver un poids
qui ne la mette plus en danger. Dans certains cas, l'éloignement avec
la famille peut être bénéfique, à la fois pour la
personne malade et pour ses proches ; ces derniers passant par des moments
de souffrance et d'incompréhension il est important qu'ils puissent
eux aussi bénéficier d'une aide ou d'un soutien psychologique.
Comment aborder la question en tant que parent ?
Si votre enfant se préoccupe, de façon exagérée
et répétitive, de son poids il est important de pouvoir en discuter
calmement avec lui. Apprenez lui la différence, il existe une infinité de
tailles, de formes et de poids et que l'idéal féminin n'est pas
forcément le mannequin vanté par la publicité. Un corps
sain n'est pas forcément synonyme de minceur.
Il est important d'être vigilant au moment de la puberté et de
l'adolescence, périodes où le corps se transforme. Ces modifications
corporelles sont plus ou moins bien acceptées par l'adolescent. Les
remarques désobligeantes, même sur le ton de la plaisanterie,
sur le poids ou l'allure sont à proscrire car elles peuvent avoir un
effet dévastateur et blesser profondément. Si vous remarquez
que les choses se dégradent, il est important de consulter un professionnel,
l'expérience montre que plus le traitement est précoce, plus
il a de chance d'être efficace.
La boulimie
Considérations générales :
La boulimie est officiellement reconnue dans la nomenclature psychiatrique à partir
des années 1980. La boulimie est un comportement chaotique face à la
nourriture se caractérisant par un besoin irrésistible et inassouvissable
de manger, avec une consommation rapide de grandes quantités en un temps
limité. Il s'y ajoute une préoccupation de tout ce qui entoure
l'aspect physique du corps, le poids, les formes et la nourriture.
Il ne faut pas confondre la boulimie avec la fringale ou la gourmandise. La
fringale est une faim impérieuse, qui est due à un manque physiologique
de glucose (ce qui arrive parfois aux femmes dans la période avant les
règles). Quant à la gourmandise elle est toujours associée à la
notion de plaisir. La personne boulimique, au contraire, souffre profondément
de son état. Enfin, reste à ne pas confondre la boulimie avec
l'hyperphagie incontrôlée, cette dernière n'étant
pas accompagnée de comportements compensatoires.
La personne a souvent une apparence "normale" et soignée,
ce qui lui permet de cacher très longtemps sa problématique ;
d'autant plus, que dans 70% des cas les boulimiques ont un poids normal ou
légèrement en-dessous ou au-dessus de la moyenne.
Tout comme l'anorexique, la personne boulimique vit dans la terreur de prendre
du poids. Pour éviter de grossir, elle va mettre en place des comportements
compensatoires divers : elle se fait vomir, parfois même plusieurs fois
par jour, et/ou consomme des laxatifs et/ou des diurétiques de façon
excessive, avec tous les risques que ces recours représentent pour l'organisme,
et/ou fait des jeûnes prolongés après les excès
alimentaires et/ou s'organise des séances d'exercice intensif (jogging
ou musculation par exemple).
La personne boulimique perd le contrôle de son alimentation, et est sujette à des épisodes
de suralimentation, caractérisés par un besoin irrépressible
de manger. Ces crises surviennent fréquemment et souvent en dehors des
repas, et en général en cachette. La crise est souvent précédé par
une période de fébrilité et se déroule dans une
sorte d'état second. Il s'agit d'un moment de vraie perte de contrôle,
qui échappe totalement à la volonté de la personne. En
perdant le contrôle de son alimentation, la personne boulimique a aussi
l'impression de perdre le contrôle de sa propre vie. Après chaque
crise, revient la conscience d'avoir à nouveau cédé. La
boulimie se vit donc dans l'angoisse, la culpabilité, la honte, le dégoût
de soi, sentiments négatifs qui empêchent souvent la personne
de chercher de l'aide auprès de parents ou d'amis, ou de s'investir
dans une thérapie, souvent longue.
La boulimie en quelques chiffres :
La boulimie est un trouble complexe, multifactoriel qui se caractérise
concrètement par des crises compulsives ou la prise alimentaire prend
des proportions incontrôlables.
- 70% des boulimiques sont des jeunes filles ou des femmes,
- 10% des femmes sont touchées à un moment ou à un autre
par des périodes alimentaires compulsives,
- 70% des boulimiques ont un poids normal ("invisibilité" du
trouble),
- 20% des boulimiques souffrent d'une autre dépendance.
Quels en sont les critères diagnostics ?
Pour la boulimie, les critères diagnostics (DSM IV) sont les suivants
:
•
Absorption, en un temps limité (inférieure à deux heures),
d'une quantité de nourriture largement supérieure à ce
que la plupart des gens absorberaient en une période et un temps similaire
et dans les mêmes circonstances,
•
Sentiment de perte de contrôle sur le comportement alimentaire pendant
la crise (impression de ne pas pouvoir s'arrêter de manger et/ou de ne
pas contrôler la nature ou la quantité de ce qui est avalé).
•
Des comportements compensatoires inappropriés et récurrents visant à prévenir
la prise de poids : vomissements provoqués, emploi abusif de laxatifs,
diurétiques, lavements ou autres médicaments, périodes
de jeûne, exercice physique excessif.
•
Ces comportements compensatoires et crises de boulimie répétés
surviennent tous les deux en moyenne au moins deux fois par semaine pendant
trois mois.
•
L'estime de soi est influencée de manière excessive par le poids
et la forme corporelle.
•
Le trouble ne survient pas exclusivement pendant des périodes d'anorexie
mentale.
Signes associés :
Les personnes qui souffrent de boulimie peuvent présenter un ou plusieurs
signes associés, en fonction de la gravité et de la durée
de la maladie.
• Il peut arriver que périodes de boulimie et d'anorexie se succèdent
: on perle alors d'anorexie-boulimie. Une telle alternance de suralimentation
et de jeûnes provoque des déséquilibres physiques qui peuvent
voir, à long terme, des conséquences parfois graves. De plus, ce
comportement alimentaire anarchique et un vécu psychologique douloureux
peuvent également engendrer, chez les femmes, des troubles importants
du cycle menstruel, voir l'arrêt des règles.
• Un phénomène dépressif peut se mettre en place.
• Tendance à l'anxiété (phobie sociale, attaque de
panique, …).
• Conduites hyperactives possibles.
• Autre toxicomanie ou comportements déviants (alcoolisme, achats
compulsifs, vols, etc…).
• Tendance à l'automutilation (coupures) exprimant le dégoût
de son corps et la haine de soi.
La fréquence des crises est variable : elle va de quelques crises par
semaine jusqu'à dix par jour, suivies par des vomissements répétés.
Aussi, des périodes de crises intenses et rapprochées peuvent
se présenter à certains moments particuliers et durer plusieurs
jours ou semaines, séparées par des intervalles de répit,
marquées par des périodes de jeûnes, où rien ne
peut être ingéré pendant plusieurs jours. Toutes perturbations
dans la vie de la personne peuvent déclencher une crise, entre autre
l'approche de la période des règles, le stress des difficultés
sexuelles, des contrariétés, des échecs sentimentaux,
scolaires ou professionnels, …
Qu'en est-il des conséquences physiques ?
Une ou plusieurs des conséquences mentionnées peuvent apparaître
; elles dépendent notamment de la durée et de la gravité de
la maladie :
• Un arrêt des règles (aménorrhée),
•
Erosion de l'émail dentaire (dents fragiles et cassantes) et caries
dues aux vomissements provoqués,
•
Douleurs gastriques et abdominales (troubles digestifs), dilatation de l'estomac,
•
Inflammations chroniques de la gorge et de l'œsophage,
•
Carence vitaminique, en minéraux (potassium et sodium), et en oligoéléments,
•
Gonflement de certaines glandes salivaires (parotides),
•
Fatigabilité, épuisement,
•
Hypocalcémie, risque d'ostéoporose,
•
Excroissance sur les doigts ou le dos des mains suite aux contacts répétés
avec les dents, lorsque ces personnes tentent de provoquer le réflexe
de vomir en enfonçant les doigts dans la gorge.
•
Suite aux vomissements répétés, des ulcères de
l'œsophage et de l'estomac peuvent se développer ainsi que des
risques d'hémorragie oesophagienne.
Quels sont les comportements qu'il est possible de relever ?
Les manifestations de la maladie sont particulières chez chaque personne
concernée. On observe toutefois un certain nombre de comportements qui
reviennent fréquemment chez les personnes souffrant de boulimie. En
voici quelques exemples :
• Obsession : la nourriture envahit toutes les pensées : la planification
des crises, comment les cacher à l'entourage, comment éliminer
tous ce qui est absorber. Dans l'esprit de la personne souffrant de boulimie,
la nourriture est comme une drogue. Au moment où le besoin de manger l'envahit,
la tension est si forte que la personne se trouve dans une sorte d'état
second, incapable de se contrôler ou de se concentrer sur autre chose.
La seule qui importe alors est de se retrouver seule pour "faire une crise".
Pour cela, il lui arrive de supprimer ses rendez-vous ou de les organiser en
fonction de ses crises de boulimie.
• Contrôle : malgré cette pression extrêmement forte,
la personne qui souffre de boulimie fait tout pour cacher son état et
sa maladie. En public, elle donne la plupart du temps l'image d'une personne "sans
problèmes".
• Repas : manger en public est pénible pour la personne souffrant
de boulimie, elle évitera donc un maximum ces situations (sorties au restaurant,
fêtes, réunions professionnelles, repas de famille, …). Si
elle se trouve en compagnie, elle mangera en général peu. Pendant
ou après le repas il lui arrive de disparaître régulièrement
aux toilettes afin de se faire vomir.
• Image de soi : honteuse de son comportement, qu'elle garde secret la personne
boulimique a une piètre image d'elle-même. Les crises ne font que
renforcer le dégoût de soi, l'entraînant dans une spirale
infernale autodestructrice.
• Régimes : la crainte de grossir est une obsession. La personne
boulimique n'est jamais satisfaite de son poids (qui est généralement
normal, compte tenu de sa taille) et met une grande énergie à essayer
d'éliminer par tous les moyens ce qui a été absorbé durant
la crise. Il lui arrive de sauter des repas et finalement tenaillée par
la faim, finit par ingérer de grandes quantité de nourritures en
un rien de temps.
• Comportement social difficile : la personne a de la peine à respecter
ses rendez-vous, à tenir parole et à gérer son argent. Les
dépenses occasionnées pour la nourriture peuvent entraîner
de sérieux problèmes financiers, pouvant même aller parfois jusqu'au
vol à l'étalage. Toute l'énergie passe dans la préoccupation
de la nourriture, l'entraînant peu à peu à abandonner ses
loisirs, à perdre de vue ses amis et à s'isoler.
Quelles en sont
les conséquences sur la famille et les proches ?
Lorsqu'un trouble alimentaire entre dans une famille, ce sont tous ses membres
qui sont touchés. Face à la personne malade, les proches sont
envahis par une foule de sentiments : culpabilité, sentiments d'échec,
d'incompétence, de colère, d'anxiété, de tristesse
et d'impuissance, voire de désespoir.
Les parents et les proches sont souvent désemparés, ne sachant
plus quelle attitude adopter, et peuvent à leur tour sombrer dans le
découragement. Il leur est difficile de comprendre et d'accepter la
maladie, qui par ailleurs est encore parfois considérée comme
une simple question de volonté. Il en résulte de profondes tensions,
en particulier au moment des repas.
Il est important de ne pas rester seul face à la maladie d'un proche.
Les parents et l'entourage ont eux aussi besoin de soutien et d'un accompagnement
pour eux-mêmes. Il est important que les proches puissent avoir un lieu
de parole pour exprimer leur propre souffrance, avoir un espace pour eux-mêmes,
prévoir des activités qui leur font plaisir, continuer à voir
des amis, …
Il existe dans certaines villes des groupes d'entraide proposant un espace
de parole et de soutien. Il est également possible de suivre un psychothérapie
individuelle, familiale ou de groupe.
Existe-il un traitement ?
Le traitement des troubles alimentaires est souvent long et difficile. La négation
du problème est le principal obstacle à la guérison. Il
est possible, une fois le problème reconnu et accepté, de "guérir" d'un
trouble du comportement alimentaire. Cela demande du temps et un investissement
important dans une démarche thérapeutique.
Différentes approches thérapeutiques peuvent être proposées
:
•
un traitement médicamenteux peut permettre une amélioration de
l'état psychique le la personne ; il doit être couplé avec
une psychothérapie individuelle et/ou familiale.
• une thérapie familiale, afin d'éliminer, dans le système
familial, la communication dysfonctionnelle ou négative, tant au sujet
de la nourriture que d'un point de vue général, et de rendre plus
structurés les rythmes et situations de vie et d'alimentation. Elle permet
d'entendre et de faire entendre à tous la parole et la souffrance de chacun.
En effet, chaque personne à sa propre perception des évènements,
et le manque de communication induit une incompréhension réciproque
: chacun conçoit sa propre souffrance et ne la partage pas. Il s'agit
de déculpabiliser parents, proches et malades, qui semble essentielle à toute
ouverture aux changements.
•
une thérapie individuelle est souvent nécessaire
• une approche cognitivo-comportementale peut être proposée
et permet de remplacer le schéma alimentaire irrationnel que le sujet
a établi
par un schéma diététique normal et acceptable. Des techniques
de contrôle alimentaire sont proposées, comme la tenu d'un carnet
alimentaire avec un plan alimentaire journalier.
D'autres troubles alimentaires
L'hyperphagie nocturne :
C'est en 1955 qu'apparaît pour la première fois le terme de "Night
eating syndrome"décrivant un comportement consistant en un besoin
impérieux de manger au cours de la nuit (hyperphagie nocturne). L'individu
se réveille au cours de la nuit et ne peut se rendormir qu'après
avoir absorbé une copieuse collation, souvent ingurgitée dans
un demi-sommeil. Le lendemain matin, il ne lui reste que des souvenirs imprécis
de ce qu'il aura consommé durant l'épisode nocturne.
Il n'est pas rare que la personne souffre aussi de troubles du sommeil : somnambulisme,
apnée obstructive du sommeil. On peut comprendre cette conduite comme
un "abandon" du contrôle favorisé par le relâchement
nocturne. Toute la journée, l'individu contrôle son comportement
alimentaire ; ce contrôle se trouve mis en échec durant la nuit.
On a aussi noté divers troubles neuroendocriniens associés à l'hyperphagie
nocturne, qui sont autant de voies de recherches : élévation
amoindrie du taux de leptine nocturne et de mélatonine, augmentation
du cortisol plasmatique.
Les fringales de sucre :
Il s'agit de fringales impérieuses d'aliments exclusivement sucrés,
qui pour les auteurs, s'apparenteraient à une toxicomanie et s'expliqueraient
par la recherche d'une augmentation du taux de sérotonine cérébrale
qui serait obtenue en ingérant du saccharose.
Les fringales de sucres ont aussi été évoquées à propos
de la "dépression printanière", consistant en états
dépressifs débutant régulièrement en automne et
disparaissant au printemps, se manifestant par un ralentissement psychique,
de la fatigue, une augmentation du temps de sommeil, des fringales sucrées
et une prise de poids.
La chocolatomanie :
En ce qui concerne les amateurs de chocolat, on peut en distinguer deux types
: ceux, 8 fois plus nombreux, qui recherchent plutôt le goût
du sucre et qui privilégient le chocolat au lait, aux noisettes ou
fourré, et ceux qui préfèrent le chocolat noir avec
60 ou 70% de cacao, parmi lesquels on retrouve les chocolatomanes.
Les chocolatomanes sont volontiers sportifs, actifs ou hyperactifs, sociables,
et auraient tendance à intérioriser les conflits. Ils consomment
du chocolat dans des situations de stress ou de conflit interne.
Cependant, seulement quelques personnes présentent un comportement obsessionnel
par rapport à l’ingestion de chocolat, en arrivant à se
nourrir presque exclusivement de ce produit. La plupart des chocolatomanes, à la
différence des boulimiques,, ne souffrent pas particulièrement
de leur "dépendance" au chocolat et n'éprouvent pas
toutes un sentiment de culpabilité ou de honte. Si perte de contrôle
il y a, celle-ci reste limitée au chocolat et ne concerne pas d'autres
produits sucrés.
Certaines personnes avouent être dépendantes du chocolat et disent
ne pouvoir s'en passer. C'est leur drogue, et quand elles en manquent, elles
sont capables de se lever au milieu de la nuit, prendre la voiture et aller
au distributeur de la gare, ou dans une station service, se fournir de la tablette
qui se présente.
L'orthorexie :
Les personnes obnubilées par le dogme de "l'alimentation saine" sont
en train de développer une nouvelle pathologie de l'alimentation, dénommée "orthorexie" – du
grec "orthos" qui signifie correct et "orexis" qui signifie
appétit. Désireux de soigner une maladie particulière
ou allant trop loin dans la recherche d'aliments sains, les orthorexiques inventent
leurs propres règles alimentaires. Ils passent de plus en plus de temps à se
plier aux exigences qu'ils ont eux-mêmes déterminées et
se sentent obligées de planifier leurs repas plusieurs jours à l'avance.
Il leur arrive même de prendre un "kit de secours" dés
qu'ils sortent car ils ne sauraient manger des aliments tout prêts, par
crainte des graisses, des produits chimiques ou de tout ce qui leur fait redouter
leur phobie. Ainsi, si l'orthorexique craque pour un aliment "interdit",
il peut se sentir coupable, honteux, souillé et se sent obligé de
s'auto-punir en durcissant sans cesse ses règles alimentaires ou en
pratiquant l'abstinence. Cette attitude est comparable à celle des anorexiques
ou des boulimiques, à la différence près que ceux-ci braquent
sur les quantités, alors que les orthorexiques ne sont obnubilés
que par la qualité.
La dépendance au travail – Workaddict – Workaholique
Présentation :
Heures supplémentaires, repas écourtés, manque de sommeil,
travail rapporté à la maison, vacances perturbées, cela
vous rappelle quelqu’un ? Il ne connaissent pas les week-ends, ni les
jours fériés ; la perspective de prendre des vacances provoque
chez eux des angoisses, quant au sigle RTT (récupération du temps
de travail) il est depuis longtemps banni de leur vocabulaire. Ces gens-là travaillent
sans compter et se déplacent en permanence avec un ordinateur, un téléphone
portable ou un dictaphone. Rien ne peut les arrêter. Ils sont drogués
au travail et trouvent aujourd'hui leur place en médecine sous le nom
de workaholique. Ce terme, inventé dans les années 90 fusionne
les termes "work" (travail) et "alcoholic" (alcoolique).
La plupart des dépendances nous renvoient une image négative.
Que ce soit pour la drogue, l’alcool, le tabac, le jeu
pathologique,
ou les troubles du comportement alimentaire des recherches sont effectuées
afin d’en trouver les causes et les traitements. La dépendance
au travail n’est pas encore un domaine de recherche et est considérée,
dans notre type de société, comme une qualité, une vertu.
On pense, souvent à tord, que ces "grands travailleurs" sont
perçus comme étant responsables, récoltant les promotions,
gagnant beaucoup d’argent et respectés par leurs collègues
de travail et leurs supérieurs.
La réalité semble pourtant tout autre. Le "workaholisme",
décrit comme une relation pathologique d’un sujet à son
travail, qui se caractérise par une compulsion à lui consacrer
de plus en plus de temps et d’énergie, au détriment des
autres aspects de sa vie, et qui persiste même si les conséquences
sur la santé, la vie familiale et les relations sociales sont négatives,
répond ainsi à des caractéristiques d’un trouble
de dépendance. Une dépendance "propre", qui paraît
bien et qui suscite souvent l’admiration, mais qui peut avoir des conséquences
graves, voire mortelles.
Le travail seul est le centre d’intérêt de ces personnes,
elles n’ont aucun contrôle sur la quantité et la durée
de ce comportement et il ne leur est pas possible de ne pas travailler, sinon
elles sont en manque.
Les symptômes ne sont pas souvent reconnus, ou sont acceptés de
manière tacite à cause de l'importance du travail et de la valeur
qui lui est reconnu. Il s'agit d'une dépendance "propre".
Le sujet a l'air d'être actif, appliqué, d'avoir du succès
et de maîtriser sa vie, alors que les alcooliques ou les passionnés
de jeu semblent labiles et influençables. Tant que l'assiduité,
la rigueur et la conscience professionnelle garderont la valeur que nous leur
accordons et qu'elles sont encouragées le phénomène sera
difficilement évitable.
Les conséquences sur la santé.
Le "whorkaholique" vit un état de stress chronique qui peut
mener à des problèmes sérieux de santé physique
et/ou mentale. Maux de tête et migraines, tension artérielle élevée
(entraînant un risque accru de maladies cardiovasculaires), douleurs
musculaires, indigestion, constipation ou diarrhée, ulcères,
fatigue chronique et insomnie sont souvent associés à la dépendance
au travail. De plus, le stress affecte le système immunitaire, ce
qui rend le workaholique plus susceptible de contracter d’autres maladies.
Psychologiquement, l’anxiété, l’irritabilité,
la tristesse, la colère, l’hypersensibilité, l’apathie,
le désespoir, l’insécurité et la dépression
sont souvent le lot des workaholiques, de même que certains troubles
du comportement : augmentation ou perte d’appétit, agressivité,
augmentation de la consommation d’alcool ou de drogues, tabagisme et
isolement.
L'image du phénomène est tellement pervertie que certaines
personnes se qualifient elles-mêmes de workaholique avec fierté.
Au Japon, l'ampleur de cette dépendance est bien pire, et il existe
même un terme pour désigner la mort par épuisement : "Karoshi",
qui est perçue comme étant une manière plus qu'honorable
de rendre l'âme ; plutôt mourir au travail que dans son lit (il
en va de même pour l'acteur pour qui la plus belle des morts est de
mourir sur scène).
Les conséquences sur la famille.
Les workaholiques ne sont pas les seuls à souffrir de leur condition.
Leur famille en est la plupart du temps affectée. Les conjoints se sentent
ignorés, ont une image négative de leur union. Certaines études
démontrent que les disputes sont plus fréquentes dans un couple
où l'un des deux est addict au travail et que le taux de divorce y est
plus élevé. Par ailleurs, ce climat malsain créé au
sein de la famille a souvent des répercussions sur les enfants qui peuvent
manifester parfois un besoin élevé de contrôle et un perfectionnisme
exagéré , ce qui pourrait les entraîner à adopter
des comportements compulsifs et à devenir eux-mêmes workaholiques.
Il en est de même dans leurs loisirs ; ces personnes cherchent souvent
la confrontation, la planification et le contrôle de tout. Elles se voient
souvent elles-mêmes comme excessivement perfectionnistes et rigides.
Leurs relations avec les autres sont souvent lésées, qu'il s'agisse
de contact sociaux ou de leurs relations familiales et avec leur partenaire.
Les conséquences sur le travail.
A première vue, il peut sembler profitable pour une organisation d'engager
un workaholique. Certes, au début, les "fous de travail" bénéficient
d'une grande estime sociale, ils incarnent la performance, la volonté et
l'ambition ; mais, l'addict au travail crée une atmosphère de
stress dans l'équipe, ce qui peut miner le moral de ses collègues
et engendrer un véritable "épuisement professionnel",
le sujet se sent alors incapable de remplir ses obligations quotidiennes.
Le travail d'équipe avec un workaholique est difficile, parce qu'il
a tendance à tout vouloir contrôler. Sa manie de faire des listes,
de tout vérifier et revérifier, son incapacité à déléguer
ou à partager les tâches le poussent souvent à faire des
tas de choses inutiles et à en prendre trop. Lorsque la fatigue s'installe,
les performances diminuent. Le sujet réalise alors que, sans son travail
il n'est rien : plus d'amis, plus de vie affective, plus de vie sociale.
Existe-t-il un traitement ?
Il est bien évident que quelques nuits de sommeil ne suffiront pas à rétablir
la situation. A ce stade, l'épuisement professionnel se traite quasiment
de la même façon que la dépression. Au-delà d'une
obligation de repos, la prescription d'antidépresseurs accompagnés
d'une psychothérapie est recommandée. Contrairement à une addiction aux drogues dont une partie de la guérison suppose une abstinence totale au produit, le workaholique est d'autant plus difficile à traiter
que le sujet doit continuer à travailler pour vivre et se trouve donc
confronter, 5 jours sur 7, à l'objet de sa dépendance. Pour en
finir avec cette addiction, il doit donc modifier sa conduite et ses comportements
et parfois accepter, dans un premier temps, le pire des traitements pour lui
: un arrêt de travail.
Quelques trucs permettent de se prendre en charge :
- huit heures de sommeil obligatoire,
- prendre des jours de congés et les réserver à sa famille
ou ses amis,
- se nourrir convenablement,
- laisser le travail au bureau,
- faire une activité sportive (course, natation, marche, …),
- planifiez sa journée en établissant des priorités ;
s'organiser est source d'efficacité.
Les thérapies comportementales peuvent se révéler utiles
car elles apprennent un autre mode de vie, dit "normal".
Les thérapies de groupe fonctionnent également puisqu'elles confrontent
des participants ayant rencontrés la même problématique,
ce qui permet une prise de conscience.
Un petit test pour évaluer votre dépendance :
Test mis au point par Bryan Robinson, le Work Addiction Risk Test (WART) :
Comptez :
1 point lorsque vous répondez : jamais
2 points lorsque vous répondez : parfois
3 points lorsque vous répondez : souvent
4 points lorsque vous répondez : toujours
1) Je préfère faire les choses moi-même plutôt que
de demander de l'aide.
2) Je suis impatient quand je dois attendre l'aide d'un autre ou quand une
tâche prend trop de temps.
3) J'ai l'impression d'être pressé, de courir contre la montre.
4) Je suis irrité quand on m'interrompt au milieu d'une activité.
5) J'ai plusieurs fers au feu. Je suis tout le temps occupé.
6) Je fais plusieurs choses en même temps.
7) Je m'implique trop dans mon travail. Je prends des engagements qui dépassent
mes capacités de travail.
8) Je me sens coupable quand je ne travaille pas.
9) Il est important pour moi de voir les résultats concrets de ce que
je fais.
10) Je suis plus intéressé par le résultat final de ce
que je fais que par la manière d'y arriver.
11) Les choses ne vont jamais assez vite pour moi.
12) Je perds patience quand les choses ne vont pas au rythme qui me convient.
13) Je pose plusieurs fois les mêmes questions sans me rendre compte
que j'ai reçu une réponse.
14) Je passe beaucoup de temps à organiser mon travail et à réfléchir à la
manière dont je vais travailler.
15) Je continue à travailler alors que mes collègues ont quitté le
bureau.
16) Je suis irrité quand les personnes de mon entourage ne correspondent
pas à ce que j'attends d'elles.
17) Je suis en colère dans les situations que je ne peux pas contrôler.
18) J'ai tendance à me mettre la pression en m'imposant des délais
quand je travaille.
19) Il m'est difficile de me détendre quand je ne travaille pas.
20) Je passe plus de temps au travail qu'en famille, avec mes amis ou dans
des activités de loisirs.
21) J'aime préparer mon travail pour prendre de l'avance.
22) Je supporte mal mes erreurs même les plus anodines.
23) Je consacre plus d'énergie et de temps à mon travail qu'à mes
amis ou à ma famille.
24) J'oublie, j'ignore ou je néglige les vacances, les fêtes familiales.
25) Je prends des décisions importantes avant d'avoir réuni tous
les éléments nécessaires pour me forger une opinion.
Résultats :
Entre 57 et 66 points, vous êtes en danger.
Entre 67 et 100 points, vous êtes addict au travail. Il serait peut être
judicieux de consulter un professionnel.
Le jeu pathologique
Présentation :
Au nombre des dépendances comme l'alcoolisme, la toxicomanie ou la pharmacodépendance,
s'ajoutent des nouvelles dépendances silencieuses sans toxique, comme
la dépendance aux jeux de hasard et d'argent. La dépendance se
caractérise par un usage répétitif et intensif de l'acte
de jouer ou de la consommation virtuelle qui entrave la liberté du sujet
d'y mettre un terme.
Quand l'envie de jouer se transforme progressivement en nécessité de
jouer, quand cette nécessité devient plus forte que tout, quand
le jeu cesse d'être un loisir pour devenir obsédant, dévorant,
envahissant au détriment de tous les investissements affectifs et sociaux,
alors il n'est plus un divertissement, mais une dépendance. C'est le
jeu excessif, le jeu compulsif, le jeu abusif ou le "jeu pathologique".
Le joueur dépendant ne joue plus pour le plaisir ou pour gagner, de
la même façon qu'un alcoolique boit, sans soif, sans envie, par
besoin. Un besoin incontrôlable ("craving") le saisit, qu'il
est perdu ou gagné auparavant. Il joue pour jouer, jusqu'à ce
qu'il ne lui reste plus un sou en poche. Il emprunte alors de l'argent, il
néglige sa famille et se met dans une situation financière délicate
sans ce soucier des conséquences pensant toujours qu'il "va se
refaire".
Il ne pense plus qu'à ça ; sa relation avec le jeu est comparable à celle
du dépendant avec la drogue. Sa dose, ce sont les sensations fortes,
les décharges d'adrénaline, d'endorphines.
Le jeu pathologique est une addiction, une maladie des émotions que
ni la raison ni la volonté ne peuvent plus contrôler.
Il nous paraît important de distinguer deux types de jeux : ceux à résultats
immédiats (types machines à sous, grattages, rapido …)
qui peuvent amener à une succession de mises, de jeux sans trop de réflexion,
de ceux à résultats différés, comme le loto, le
tiercé, … qui permettent une réflexion intellectuelle avant
de rejouer.
Quelques considérations sur "les joueurs"
Les joueurs, si l'on appelle ainsi toute personne qui participe, occasionnellement
ou régulièrement à un jeu de hasard et d'argent, ne
sont en rien des individus à problème, ou des marginaux.
Au contraire, ils sont devenus majoritaires dans notre société.
La plupart des "joueurs sociaux", réguliers ou occasionnels,
qui jouent au loto, savent que leur chance de décrocher le gros lot
est infime : la probabilité d'avoir une grille gagnante est de une
chance sur 13 983 816… Mais, les images médiatisées des
quelques gagnants devenus milliardaires, ainsi que le caractère démesuré des
gains, sont une source infinie de rêverie. Le jeu est alors conçu
comme un amusement, le budget du jeu s'intègre alors dans le budget
familial parmi d'autres formes de loisirs, vacances, cinéma, restaurant,…
Quand est-il du jeu dans différents pays ?
Les jeux de hasard et d'argent ont toujours occupé une place importante
au sein de toute culture, société et couche sociale. Cependant,
on note, depuis vingt-trente ans, une évolution quantitative des jeux
dans les pays occidentaux : de plus en plus de jeux sont proposés
avec des possibilités de gains exponentielles (pouvant aller jusqu'à plus
de 50 millions d'euros).
On peut relever, par exemple, qu'aux Etats-Unis, en 1974, 61% des Américains
avaient dépensé, en jouant, 17,4 milliards de dollars. En 1992,
cette somme avait atteint 329,9 milliards de dollars, soit une augmentation
de 1900% en dix-huit ans !
On estime qu'environ 2% de la population adulte est susceptible de développer
cette dépendance, alors que 10% sont classés comme joueur excessif.
En cinq ans, les revues scientifiques ont consacré plus de 500 études à cette addiction. Et pour cause, les casinos se multiplient dans le monde et avec
eux le nombre de joueurs pathologiques. Aux Etats-Unis, entre 1 et 3% de la
population est concernée. 80% de dépressions, 20% de délinquance
pour vol d'argent ou chèques sans provision sont les conséquences
réelles de ce phénomène. Les Français jouent moins
mais le nombre d'addicts augmente. En 2004, plus de 2300 personnes se sont
fait interdire des cercles de jeux, soit 6 fois plus qu'il y a dix ans.
Aspects économiques
Le jeu occupe dans notre société une place importante à la
fois dans l'activité d'une partie majoritaire de la population, et dans
l'économie. En France, les chiffres d'affaires des établissements
de jeu montrent qu'ils sont source de revenus importants, d'emplois, mais aussi
bien sûr de prélèvements de l'Etat.
- les casinos tirent la majorité de leurs ressources des machines à sous,
des "bandits manchots" (plus de 80%). En 1995, il existait en France,
154 casinos totalisant un chiffre d'affaires de 6,1 milliards de francs (dont
3,1 reviennent à l'Etat).
- le PMU (Paris Mutuel Urbain), contrôlé par l'Etat, gère
les paris sur les courses de chevaux. Si le tiercé (créé en
1954, le quarté en 1976, le quinté en 1989, ..) reste une institution,
il commence à se voir supplanter par d'autres types de jeu (grattage).
En 1995, son chiffre d'affaire est de 33,8 milliards de francs (dont 5,6 pour
l'Etat).
- la Française des jeux, dont les produits sont accessibles (loto, toute
la panoplie de jeux de grattage) dans plus de 40000 points de vente (tabac,
bar, …) a réalisé un chiffre d'affaire de 33,5 milliards
de francs (dont 9 milliards reviennent à l'Etat).
Il nous faut souligner, que cette accessibilité et cette disponibilité des
différentes formes de jeux (loto, machines à sous, courses de
chevaux, la bourse, casinos virtuel sur Internet…) sous forme licite
ou illicite, suscitent la participation et exposent les individus à risque à devenir,
dans un premier temps, des joueurs excessifs, puis, dans un deuxième
temps, des joueurs pathologiques.
Quand le jeu devient-il pathologique ?
Pour la plupart des gens, le jeu représente une activité de
détente sans conséquences. Parmi ceux qui s'adonnent aux jeux
de hasard et d'argent, certaines personnes développent une pathologie
: le jeu devient une maladie, une dépendance se traduisant par une
impulsion à miser de l'argent, à jouer. La dépendance
est caractérisée par un état de besoin impérieux
de faire une activité, ou de consommer une substance, et par la nécessité d'en
augmenter la fréquence ou la dose afin de maintenir l'effet et d'éviter
l'état de manque (malaise, angoisse,…).
Il n'existe pas de cause universelle et unique expliquant le comportement
de jeu compulsif. Chaque joueur a ses raisons d'accrocher à ce type
de dépendance. Mais, dans la plupart des cas, la personne essaie de
fuir la réalité ou d'exprimer un besoin ou un malaise intérieur.
La dépendance s'installe souvent de façon insidieuse, souvent
le joueur a eu la chance ou la malchance, selon le point de vue où l'on
se place, d'obtenir plusieurs gains au début de sa "carrière" de
joueur. Avec cet argent, il est très généreux, fait
beaucoup de cadeaux ; mais surtout, il perd de vue la dimension du hasard
et se concentre sur la possibilité de "contrôler" ou "d'influencer" le
jeu en sa faveur. Si, au début de sa "carrière" il
commence par une phase de perte, il risque de s'engager dans le jeu pour "se
refaire".
Quelque soit le résultat, gains ou pertes, tôt ou tard, une
période de perte fera son apparition. Convaincu qu'il contrôle
le jeu, il attribue ses pertes à des situations extérieures
(la piste de course était en mauvais état, c'était une
soirée de malchance, etc…) et retourne au jeu pour se "refaire",
pour récupérer "son argent". Ceci pourra l'amener à emprunter, à vendre
ses biens, à commettre des actes illégaux (vols, chèques
sans provision, …) pour financer ses activités de jeu. Mais,
le joueur pathologique n'est pas un psychopathe ; il est convaincu qu'il
remettra l'argent acquis par mensonge ou par vol et qu'il pourra rembourses
ses dettes. Il devient alors anxieux, obsédé par le jeu et
peut développer un état dépressif. Cette phase peut
durer plus ou moins longtemps pour entrer pour finir dans une période
de désespoir. A ce stade, plusieurs joueurs auront alors envisagé le
suicide. Tout discours de sagesse est inaccessible. C'est comme s'il se dédoublait
: il entend, il écoute, comprend sa ruine, se fustige moralement,
mais c'est une partie de lui-même qui reçoit le discours, l'autre
partie ne le reconnaissant pas. Le joueur est coupable, il accepte les reproches
mais n'en tient pas compte. De toutes les façons, sa ruine financière
est le moyen de payer sa faute. Le jeu est un refus de liberté, il
met son destin à la merci du hasard.
Malheureusement, les joueurs pathologiques ne consultent jamais pendant les
phases initiales, parcqu'ils nient leur problématique, tout comme l'alcoolique ou le toxicomane. Ils sont convaincus qu'ils regagneront l'argent
perdu, étant simplement persuadé qu'ils sont victimes d'une
période de malchance. Ce n'est qu'à la suite d'un désastre
financier, professionnel et/ou conjugal qu'ils admettront leur problème.
Et même dans ces circonstances, certains d'entre eux ne seront pas
convaincus de manquer de contrôle à l'égard de leurs
activités de jeu.Nous pouvons résumer ceci par le tableau suivant
:
Le continuum des comportements de jeu :
Joueurs récréatifs |
Joueurs problématiques |
Joueurs pathologiques |
Sans problème |
Quelques problèmes |
Nombreux problèmes
Dépendance sévère |
Divertissement
Loisir
Activité sociale
Milieu récréatif |
Remboursement des pertes
Culpabilité
Querelle
Episodes dépressifs
Grandes dépenses |
Dépression
Pensées suicidaires
Divorce
Dettes et pauvreté
Criminalité |
Source :
Productivity Commission 1999 "Australia's Gambling Industrie" Rapport
n°10
Quels sont les signes précurseurs d'une dépendance
au jeu ?
Est-ce que...
•
vous jouez au-dessus de vos moyens ?
•
vous perdez la notion du temps et vous jouez plus longtemps que prévu
?
•
vous misez des sommes de plus en plus élevées ?
•
vous mentez sur les montants que vous misez ?
•
vous êtes l'objet de critiques à cause du jeu ?
•
vous laissez le jeu nuire à votre famille, à votre travail, à votre
santé à vos finances ?
•
vous essayez de vous "refaire" en
jouant plus ?
•
vous jouez pour oublier vos sentiments de solitude, de détresse, de
stress ou d'autres sentiments négatif ?
•
vous vous sentez coupable en pensant à l'argent que vous avez perdu
en jouant ?
Si vous avez répondu "oui" à au moins uns de ces
questions, vous avez peut-être tin problème de jeu. Il serait
peut-être opportun de consulter un professionnel.
Conseils pour éviter des problèmes de jeu
•
chaque fois que vous misez, fixez une limite que vous pouvez vous permettre
et ne la dépassez pas.
•
considérez que l'argent dépensé en jouant est le prix
que vos payez pour vous divertir.
•
ne dépassez pas la limite que vous vous êtes fixée pour
jouer en retirant plus d'argent à l'aide de vos cartes bancaires ou
en "tapant" vos amis.
•
n'empruntez pas d'argent à votre famille, amis ou connaissances.
•
prenez fréquemment des poses.
•
demandez de l'aide dès que vous commencez à perdre plus d'argent
que vous l'aviez prévu ou que vous pouvez vous le permettre.
•
faites-vous interdire de casinos.
Comment jouer en limitant les risques d'excès ?
La dépendance au jeu est une réelle dépendance : il
est nécessaire de consulter. Toutefois, si vous décidez de
ne pas vous faire aider vous pouvez au moins limiter les risques.
•
Faites un budget au début de chaque semaine. Si c'est trop difficile,
octroyez-vous une somme fixe, modeste et réaliste par jour.
•
Faites gérer votre argent par une personne de confiance.
•
Annulez vos cartes de crédit.
•
Faites abaissez votre plafond de découvert autorisé à 0.
•
Prenez un co-signataire de vos transactions bancaires.
•
Planifiez vos journées à l'avance et ne gardez pas de longues
plages de libre, surtout durant les périodes voisinant le versement
de votre salaire.
•
Organisez-vous des activités satisfaisantes et valorisantes.
•
Listez vos buts, vos projets à court, moyen et long terme, par écrit.
•
Repérez les sensations que vous avez au moment où l'envie vous
prend et apprenez à les utiliser comme "signaux d'alarme".
•
Parlez à quelqu'un de votre envie, avant d'aller jouer : cet acte
peut suffire à la dissiper.
•
Ne prenez pas vos vacances dans des régions où sont implantés
des casinos.
•
Si vous allez au casino, faites-vous accompagnez ou demandez à un
ami de venir vous chercher à une heure bien précise.
•
Evitez la consommation d'alcool ou d'autres produits, de façon à réduire
les risques de perte de contrôle.
•
Demandez de l'aide à des professionnels qui connaissent bien ce domaine.
Pourquoi les joueurs pathologiques continuent-ils de jouer malgré les
problèmes ?
Il n'existe pas de réponse simple à cette question ; quelques
explications peuvent être suggérées :
•
L'évasion ou le soulagement
Le jeu peut permettre de fuir provisoirement des sentiments déplaisants,
comme ceux qui accompagnent la dépression, l'ennui, le stress ou le
deuil, ou encore échapper brièvement à des problèmes
comme ceux qui se présentent sur le plan professionnel ou humain.
• L'action
L'excitation du jeu, associé à la possibilité de gagner
de l'argent facilement peut donner aux joueurs un plaisir tel qu'ils continuent
parfois à jouer même si ça crée des problèmes.
• L'effet des gains occasionnels
Il arrive à tous les joueurs de gagner de temps en temps. Pour certaines
personnes, il est d'autant difficile d'arrêter de jouer qu'elles croient
que le prochain pari pourrait les faire gagner.
• Le renforcement
Les joueurs peuvent se laisser prendre par la répétitivité du
jeu en soi et par les stimulations visuelles et auditives qui l'accompagnent.
•
Le piège
Les joueurs compulsifs consacrent temps, énergie et argent au jeu.
Après avoir perdu un gros montant d'argent, ils commencent à considérer
leurs dépenses comme un "investissement" plutôt que
comme le coût d'un loisir. Certains essaient de récupérer
cet "investissement" en continuant de jouer, souvent en augmentant
les mises. Ils tentent de regagner leurs pertes en ignorant, ou en oubliant,
qu'ils sont dans un cercle vicieux.
Quelles sont les conséquences du jeu pathologique ?
Les conséquences sont nombreuses et touchent à peu près
tous les domaines de la vie du joueur. Il a bien sûr, au bout d'un
certain temps, des difficultés financières pouvant mener les
personnes vers des comportements délictueux. Selon une étude,
parue en 1993 dans "Les joueurs dépendants, une population méconnue
en France" écrit par A. Achour, 19,3% des familles de joueurs
sont endettées : le salaire, les allocations Assedic ou familiales
sont consacrés au jeu, les emprunts à l'entourage sont fréquents
et la plupart du temps non remboursés.
Sur le plan familial, 15% des divorces ou des séparations sont causés
par le jeu : les relations de couple se dégradent, l'éducation
et l'équilibre psychologique des enfants subissent des perturbations.
Enfin, bien que les joueurs bénéficient, le plus souvent d'une
aide de leur famille il arrive que certains tombent dans une profonde dépression
quant ils ne tentent pas de mettre fin à leurs jours. Nous retrouvons
des tentatives de suicide chez 20% des joueurs compulsifs et 48% ont des
idées suicidaires.
Les problèmes financiers peuvent entraîner le joueur vers des
actes illégaux. Il s'agira le plus souvent de fraude, de vol ou de
malversations.
Le jeu a aussi des effets au niveau du travail : absentéisme, vols,
irritabilité, manque de sommeil, etc ... Enfin, le fait de perdre
sans arrêt, alors que le joueur est convaincu qu'il a les compétences
pour gagner peut, à la longue affecter profondément son estime
de soi.
Qu'en est-il au niveau de la psychiatrie ?
L'apparition "officielle" du jeu pathologique comme entité individualisée
dans la littérature médicale est relativement récente
: elle date de 1980 dans le D.S.M. III.
Dans la nouvelle version de 1994 le jeu pathologique est défini comme
une "pratique inadaptée, persistante et répétée
du jeu".
Vous êtes vraisemblablement un joueur pathologique si vous comptabilisez au moins cinq des manifestations suivantes :
•
Préoccupation par le jeu (par ex. préoccupation par la remémoration
d'expériences de .jeu passées ou par la prévision de
tentatives prochaines, ou par les moyens de se procurer de l'argent pour
jouer).
•
Besoin de jouer avec des sommes d'argent croissantes pour atteindre l'état
d'excitation désiré.
•
Efforts répétés mais infructueux pour controler, réduire
ou arrêter la pratique du jeu.
•
Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction
ou d'arrêt de la pratique du jeu.
•
Jouer pour échapper aux difficultés ou pour soulager une humeur
dysphorique (par ex. des sentiments d'impuissance, de culpabilité,
d'anxiété, de dépression).
•
Après avoir perdu de l'argent au jeu, retourne souvent jouer un autre
jour pour recouvrer ses pertes (pour se "refaire").
•
Ment à sa famille, à son thérapeute ou à d'autres
pour dissimuler l'ampleur réelle de ses habitudes de jeu.
•
Commet des actes illégaux, tels que falsifications, fraudes, vols
ou détournement d'argent pour financer la pratique du jeu.
•
Met en danger ou perd une relation affective importante, un emploi ou des
possibilités d'étude ou de carrière à cause du
jeu.
•
Compte sur les autres pour obtenir de l'argent ou se sortir de situations
financières désespérées dues au jeu.
Ces critères reprennent en grande partie ceux qui ont été proposés
pour la définition de la "dépendance aux substances psychoactives".
Existe-il des relations avec les autres drogues (comorbidité) ?
Plusieurs études ont démontré la présence de dépendances multiples et/ou de troubles de la personnalité chez
les joueurs pathologiques : on ne sait pas si l'angoisse du statut de joueur
pathologique mène à ces comorbidités, ou si, sans relation
de cause à effet, le joueur présente déjà une
personnalité à risque. Le joueur pathologique est aussi souvent
associé à une forte consommation de tabac (dans 80% des cas)
: il n'existe aucune salle de machines à sous non fumeurs, aucune
tables de roulette sans cendriers :
• Usage de drogue et/ou d'alcool et/ou tabac
Les recoupements entre jeu pathologique et abus de substances
psychoactives sont très larges. En 1993, selon une étude de Lesieur et Blume,
parmi les personnes en traitement pour dépendance à l'alcool
et aux drogues, de 9 à 14% sont aussi des joueurs pathologiques. Ces
pourcentages sont à multiplier par deux si l'on inclut dans la catégorie
des "joueurs à problèmes".
Dans l'autre sens, si l'on étudie une cohorte de joueurs pathologiques
en traitement, de 47 à 52% d'entre eux se révèlent aussi
présenter une dépendance ou un abus d'usage d'alcool ou de
drogue.
Il existe des éléments communs entre d'une part l'alcoolisme ou la toxicomanie, et, d'autre part le jeu pathologique; Certaines personnes
peuvent passer de l'une à l'autre pathologie.
• Troubles des conduites alimentaires
Des parallèles théoriques peuvent aussi exister entre jeu pathologique
et troubles alimentaires, anorexie, boulimie, dans la mesure où ces
troubles sont avant tout décrits en termes de comportements auto infligés,
et comportent les caractéristiques d'impulsivité, ou de compulsivité,
qui sont évoqués dans le cas du jeu pathologique.
Les études sont peu nombreuses, mais il semble (Lesieur et coll.)
que chez les femmes qui s'adonnent au jeu de façon excessive, les
boulimiques soient nettement sur représentées.
• Dépression et états maniaques ou hypomaniaques
Les dépenses inconsidérées, parmi lesquelles pourrait
se trouver une frénésie de jeu, sont l'un des premiers symptômes
classiquement décrits en psychiatrie dans les débuts d'un épisode
maniaque ou hypomaniaque, qu'il entre ou non dans le cadre d'un trouble bi-polaire
(psychose maniaco-dépressive).
Les études tendent à montrer une importante relation, entre
dépression et le jeu pathologique.
• Personnalités antisociales
La délinquance est un élément fréquemment retrouvé dans
les cas de jeu pathologique. Selon une étude, du Dr Ladouceur, 68%
des joueurs interrogés avaient déjà eu recours à des
actes illégaux pour assouvir leur besoin d'argent. On rencontre des
délits de menaces, violence conjugale, de fraude, contrefaçon,
détournement de fond et vol (auxquels est lié le délit
d'entrée en effraction). En tait, des études ont souligné que
bon nombre de joueurs pathologiques, autour de 20%, avaient quelque type
d'action légale en attente, comme une convocation en cour ou une assignation
en suspens.
Existe-t-il un traitement ?
Faute de structure spécialisée, les joueurs pathologiques sont
souvent obligés de pousser la porte des CSST, des centres de soins
pour toxicomanes, souvent peu adaptés à ces "drogués
sans drogues".
Le joueur pathologique est emporté dans une spirale infernale qu'il
ne parvient plus à maîtriser. Cette dépendance n'occasionne
pas de symptômes de sevrage importants en cas d'arrêt : pas de
manque physique si ce n'est une grande nervosité, des troubles de
l'appétit et du sommeil, mais un manque psychologique évident
qui se traduit par une forte anxiété, une irritabilité notable
et une sensation de vide ou de perdition. Le risque de rechute reste élevé en
raison de l'accessibilité aux .jeux d'argent.
Le traitement des joueurs pathologiques n'a pas une longue tradition : en
effet, la plupart des études sérieuses menées dans ce
domaine, ainsi que la mise en place de programmes de soins efficaces, n'ont été réalisés
que depuis une dizaine d'années.
Il paraît important de prendre en charge les patients le plus rapidement
possible, de façon à prévenir les éventuelles
conséquences médico-légales de leur comportements. En
France, il existe dans différents services une prise en charge possible
soit dans le cadre d'un suivi en ambulatoire, soit dans le cadre d'une hospitalisation.
La thérapie consiste à informer le patient sur ce qui est un
jeu de hasard et d'argent. Il est important de rappeler au patient que le
hasard est le seul déterminant du jeu, que les tours sont indépendants,
qu'aucune stratégie ne favorise le joueur à long terme et que
le jeu est toujours conçu pour être à l'avantage du tenancier
ou de l'état.
Des consultations individuelles et/ou familiales peuvent être proposées.
Des thérapies de groupe favorisent une meilleure compréhension
de la pathologie des jeux de hasard et apporte un soutien pour les partenaires
du joueur en difficulté. Les personnes sont soutenues, travaillent
sur des solutions concrètes pour abandonner leurs habitudes et peuvent
bénéficier d'un suivi financier. Ces méthodes encouragent
l'abstinence au jeu, mais apportent aussi une aide psychologique importante.
Certains thérapeutes mettent en place un carnet de liaison où le
joueur inscrit lui-même ses comportements, ses ressentis lors de situations
de jeu.
En dernier recours, il reste l'interdiction qui se limite au casino, et non
pas à Internet ni aux différents jeux de grattage, ni au tiercé,
ni au loto, etc. Elle est valable cinq ans, renouvelable par tacite reconduction
et ne peut être levée que par l'intéressé lui-même.
Cependant, cette interdiction est souvent mal appliquée et souvent
contournable.
Les jeux en ligne ?
Depuis quelques années, avec la prolifération d'un matériel
informatique de plus en plus performant, il est possible de jouer à toutes
sortes de jeux, courses de chevaux, loto, bourse, casino virtuel, poker ....
via Internet. Un nouveau type de joueur pathologique risque donc de faire
son apparition dans cette prochaine décennie. Les casinos virtuels
existent déjà depuis longtemps aux Etats-Unis et au Canada,
ils commencent à faire leur apparition en France.
On dénombre plusieurs centaines de casinos virtuels sur Internet.
La majorité de ces casinos se trouvent dans un espace virtuel américain
ou canadien et on y parie en devises du pays. Le client peut jouer dans la
limite de 1 500 $ par jour. Le casino est virtuel mais l'argent est bien
réel, les émotions fortes aussi. Le joueur compulsif peut perdre
beaucoup d'argent, pousser à la limite ses marges de crédit,
y investir sa retraite, ses biens, etc. Il perd aussi son crédit,
la confiance et l'estime de son entourage et même sa santé psychologique.
L'anonymat des casinos virtuel est insidieux. Le joueur excessif va tenter
de recréer l'ambiance d'une maison de jeu. Le drame se vit dans l'intimité du
foyer et/ou du bureau, sous le regard de personne. Il est "absent",
isolé dans son monde. Rien ne peut l'arracher de son écran,
il est subjugué. C'est une sorte d'histoire d'amour avec son ordinateur,
aussi puissante qu'une drogue psychotrope.
Les serveurs de services informatiques se trouvent dans des pays (Bahamas,
Antigua, Gibraltar, etc.) où le régime fiscal est avantageux
et où les lois sont plus permissives pour ce type d'activité.
Pour être plus proche du joueur. les services sont ouvert 24h/24h et
sont personnalisés ; l'intemaute-joueur est observé dans ses
habitudes de jeu, un service répond à ses questions dans sa
langue maternelle. Quand le joueur gagne, un chèque lui est adressé par
la poste en respectant la discrétion de ses rapports avec les casinos
virtuels : de cette façon le joueur prend confiance et il n'est "plus
seul", il est rassuré et encouragé à jouer encore.
Nous avons là, certainement les futurs dépendants au jeu.
La cyberdépendance ou cyberaddiction
Présentation :
Internet offre de multiples possibilités dans tous les domaines (travail, éducation,
communication, …) ; pourtant, il y a des personnes qui dépassent
les limites d'une connexion "normale" et qui vont dans le sens d'une
conduite addictive, perdant tout contact avec le vie réelle.
Les jeux vidéo, sur console ou sur ordinateur, chez soi ou en salle,
seul, avec des amis, ou en réseau on-line, les chats, l'utilisation
des portables avec l'envoi de sms ou de mms, peuvent provoquer une réelle
dépendance chez certaines personnes.
Au même titre que les drogues, on peut parler de réelle addiction
et on retrouve des troubles psychiques similaires avec perte d'intérêt
et appauvrissement de la vie affective, relationnelle et intellectuelle. On
peut même voir apparaître des troubles physiques comme un amaigrissement
important puisque les "accrocs" passent leur temps devant leur écran,
oubliant même de manger.
On parle d'addiction quand le jeu vidéo ou l'utilisation d'Internet
devient le principal centre d'intérêt, voir l'unique, au détriment
des autres activités (relationnelle, professionnelle, scolaire, loisir,
sport, affective, …). La notion de repli sur soi d'ailleurs quasiment
toujours retrouvée. Cette addiction est particulièrement préoccupante
lors de l'adolescence, période importante ou jeux à outrance
ne font pas bon ménage.
Les jeux vidéo les plus à même d'entraîner une telle
dépendance sont les jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs
ou le joueur évolue dans un univers persistant. Ils ont comme particularité qu'on
y joue en réseau – donc avec d'autres joueurs également "accrocs",
que l'univers continue à évoluer même lorsqu'on ne joue
pas – ce qui incite à jouer beaucoup, souvent, et surtout, ils
sont sans fin – le but étant simplement de faire progresser et évoluer
son personnage dans ces univers virtuels.
Qu'entend-on par consommation occasionnelle ?
La consommation est occasionnelle, irrégulière, il n'y a pas
d'abus, pas de dépendance. C'est une consommation dite "normale".
Le joueur fait quelques parties de temps en temps, pas forcément tous
les jours et avec des durées différentes. Il s'amuse en jouant
ou en étant sur Internet mais il peut s'arrêter facilement. Il
joue les plus souvent avec des amis, plus rarement seul. Les jeux vidéo
ou les connexions sur le net ne sont pas son loisir principal ou préféré.
Ce sont des jeux ou des communications virtuelles qui ne durent pas trop longtemps
et que l'on peut arrêter à chaque instant. Ce ne sont pas des
jeux simulant un monde virtuel.
Qu'en est-il d'une consommation régulière ?
Ici, le joueur joue de façon régulière, parfois quotidiennement,
parfois même plusieurs heures par jours. Mais sans conduite addictive.
Il aime jouer et les jeux vidéo, ou la communication virtuelle, sont
un de ces passe-temps favoris, comme pourraient l'être la télévision,
le sport ou la lecture. Il garde cependant totalement le contrôle sur
cette activité, est capable de s'arrêter rapidement et peut ne
pas jouer plusieurs jours d'affilé. Même si la consommation est
importante quantitativement, elle n'a rien d'anormal ou d'inquiétant,
et ne menace pas le fonctionnement psycho-social-affectif de l'individu.
La conduite addictive ?
Elle se caractérise par l'impossibilité de contrôler un
comportement de consommation. Après un usage répété,
une habitude se crée et peut conduire à un asservissement du
sujet à une substance ou à une activité?
Si on explique l'addiction aux drogues par leur propriété entraînant
une pharmacodépendance, l'addiction à une activité peut également être
expliquée au niveau physiologique par une libération d'endorphines
dans le sang, en rapport avec le plaisir apporté par cette activité.
Il en résulte une surconsommation - un abus, qui peut conduire à une
véritable dépendance psychique ou physique.
La consommation abusive ou excessive ?
Elle se caractérise par un excès de consommation, une surconsommation
avec toutes les conséquences négatives que cela entraîne – psychique,
psychologique, relationnelle, sociale et même physique – mais sans dépendance effective.
Qu'en est-il de l'excès ? De la surconsommation ? A partir de quand
suis-je dans l'excès, par rapport à quels critères ? Chacun
de nous avons une image différente de l'excès, de l'abus, car
nos représentations, nos critères d'analyse sont différents,
personnels. A partir de combien d'heure par jour ou par semaine peut-on parler
d'abus et consommation excessive ? On ne peut pas répondre en terme
quantitatif à cette question. Il n'y a pas de limite nette entre la
normalité et l'excès. Tout le monde a droit à des excès,
surtout les adolescents et les jeunes adultes qui sont les premiers concernés
par les jeux vidéo, la communication virtuelle ou l'utilisation exagérée
des portables. Passer régulièrement plusieurs heures par jour à jouer
ou à être connecté à Internet, surtout si on le
fait seul, est bien inquiétant mais peut-être pas forcément
excessif c'est quand il n'y a plus d'échange avec les autres, que le
repli sur soi est important, qu'il faut commencer à se poser des questions.
La dépendance ?
Elle correspond au stade ultime de la consommation pathologique. On y retrouve
une perturbation du fonctionnement social, intellectuel, professionnel, scolaire
et affectif des sujets qui s'organise autour du jeu.
La dépendance se présente sous deux formes :
- la dépendance psychique : désir insistant et persistant de
jouer qui peut parfois se traduire par des manifestations psycho-somatiques.
Etat mental caractérisé par un sentiment de satisfaction et une
impulsion psychique à s'adonner au jeu vidéo, ou aux autres modes
de communications, afin d'obtenir un plaisir ou afin d'éliminer une
tension ou un malaise.
- la dépendance physique : état d'adaptation d'un organisme se
manifestant par d'importants troubles physiques lorsqu'on suspend ou que l'on
empêche l'activité. Il n'y a pas de dépendance physique
aux jeux vidéo ou à Internet, contrairement à des drogues comme l'héroïne, la nicotine ou l'alcool. En effet, à l'arrêt
de l'activité, il n'y a pas de syndrome de sevrage. Mais, il ne faut
pas confondre la dépendance physique et les troubles physiques comme
l'amaigrissement qu'on peut retrouver chez un joueur qui joue tellement qu'il
en oublie de s'alimenter. D'autres troubles physiques peuvent apparaître
comme un syndrome du canal carpien (compression du nerf médian au niveau
du poignet), des yeux secs, des migraines, des douleurs dorsales et cervicales,
des troubles du sommeil avec des changements de cycle de sommeil, …
Combien sont-ils ?
Aux Etats-Unis, on estime que 6% des usagers d'Internet souffrent d'une façon
ou d'une autre de dépendance. Des mariages sont brisés, des adolescents
sont confrontés à des échecs scolaires à répétition,
des gestes illégaux sont commis (cybercrimes). En France, selon la Brigade
centrale de la criminalité informatique, le nombre d'affaires criminelles
liées aux technologies de l'information a connu une augmentation de
33,49% entre 1997 et 1998, passant de 424 à 566. Au niveau mondial,
le manque à gagner pour les industries suite aux atteintes à la
propriété intellectuelle et à la contrefaçon est
estimé à 250 milliards de dollars par an.
Ils seraient environ 200 millions dans le monde à se connecter sur le
web, dont environ 12 millions d'accrocs. En 2004, 3,5 millions de Français
(entre 13 et25 ans) ont passé plusieurs heures par jour devant leur
ordinateur ou en jouant sur des consoles, qui sont devenus le centre de leur
univers, jusqu'au jour où ils se sont rendus compte qu'ils étaient
incapables de décrocher sans une aide extérieure. Exactement
comme s'ils étaient dépendants de l'alcool, du tabac ou de la drogue.
Un diagnostic de cyberaddiction doit être posé six mois après
l'achat d'un ordinateur, car l'excitation de la découverte et de la
nouveauté en fausserait les données. Mais, dès que le
cyberaddict veut arrêter et qu'il n'y arrive pas, qu'apparaissent des
signes de désocialisation, de déscolarisation ou de conflits
familiaux liés à cette pratique, la perte d'activités
ludiques ou personnelles, nous avons pratiquement les trois-quarts des critères
d'une addiction.
Quels sont les critères d'addiction ?
Le diagnostic de la dépendance au jeu vidéo ou à Internet
se fait lors d'un interrogatoire. Il n'y a pas de consensus concernant cette
pathologie. Ces critères sont nombreux et selon le modèle d'Aviel
Goodman, psychiatre américain, on décrit :
• Impossibilité de résister à l'impulsion de passage à l'acte.
• Sensation croissante de tension précédant immédiatement
le début du comportement.
• Soulagement ou plaisir durant la période.
• Perte de contrôle dès le début de la crise.
• Présence d'au moins cinq des neuf critères suivants :
- Monopolisation de la pensée par le projet de comportement addictif.
- Intensité et durée des épisodes plus importants
que
souhaités à l'origine.
- Tentatives répétées pour réduire, contrôler
ou abandonner le comportement.
- Temps important à préparer les épisodes, à les
entreprendre ou à s'en remettre.
- L'engagement dans le comportement est tel que la personne ne peut plus accomplir
des gestes élémentaires (se laver, se nourrir) et le conduit à un
désinvestissement social, professionnel et familial.
- Poursuite du comportement malgré l'aggravation des problèmes
sociaux en dépit de la connaissance des conséquences négatives.
- Tolérance marquée, c'est-à-dire besoin d'augmenter
l'intensité ou la fréquence pour obtenir l'effet désiré,
ou diminution de l'effet procuré par un comportement de même intensité.
- Agitation, irritabilité et surtout angoisse si l'acte addictif est
différé,
empêché
Quels sont les principaux symptômes de l'addiction ?
Les symptômes de l'addiction à l'ordinateur ou au jeu vidéo
sont assez spécifiques :
• Les symptômes psychologiques :
- Sensation de bien-être voir d'euphorie devant l'ordinateur,
- Incapacité à stopper l'activité,
- Passer de plus en plus de temps devant l'ordinateur,
- Négliger sa famille ou ses amis,
- Se sentir vide, déprimé, irritable quand l'ordinateur est
absent,
- Mentir à son travail, à ses amis, à sa famille sur
ses activités,
- Problèmes à l'école ou au travail.
• Les symptômes physiques :
- Syndrome du canal carpien,
- Yeux secs,
- Migraine,
- Douleur dorsale et cervicale,
- Alimentation irrégulière, repas sautés,
- Difficulté à assurer une hygiène correcte,
- Troubles du sommeil, changement de cycle de sommeil.
Au-delà de ces signes, la cyberdépendance comporte les mêmes
symptômes que n'importe quelle addiction. La perte de contrôle,
la tolérance, c'est-à-dire le besoin de passer de plus en plus
de temps devant l'ordinateur ou les jeux vidéo pour obtenir une satisfaction.
En cas de sevrage, une agitation psychomotrice, une anxiété,
une irritabilité et enfin une pensée obsédante ou des
rêves à propos d'Internet risquent de se manifester.
Comment savoir si mon enfant est addict à Internet ou au jeu vidéo
?
Le test du Dr Marc Griffiths permet de reconnaître rapidement si un enfant à une
conduite addictive aux jeux vidéos ou à Internet :
• Il joue presque tous les jours,
• Il joue souvent pendant de longues périodes : 3-4 heures,
• Il joue pour l'excitation qu'il en retire,
• Il est de mauvaise humeur quand il ne peut pas jouer,
• Il délaisse les activités scolaires, sportives, sociales
et familiales,
• Il joue au lieu de faire ses devoirs,
• Les tentatives de diminuer son temps de jeu sont des échecs.
Si on répond "oui" à plus de quatre de ces questions,
alors l'enfant joue probablement trop et il existe peut-être un problème
de dépendance. Il serait peut-être utile de discuter avec un professionnel
pour établir un diagnostic et envisager une prise en charge.
Existe-t-il un traitement ?
Comment traiter un cyberdépendant ? Dans un premier temps, il faut établir
un diagnostic de dépendance avec tous les critères correspondant à une addiction classique. L'expérience montre que l'étape la plus
importante dans le déclenchement d'une prise en charge, et qui aura
les meilleures chances d'aboutissement, passe d'abord par la reconnaissance
de sa dépendance. Il et en est de même d'ailleurs pour les autres
dépendances utilisant un ou plusieurs produits psychoactifs.
Il existe plusieurs techniques de prises en charge :
• Des thérapies comportementales peuvent se révéler
utiles.
• Des thérapies de groupe peuvent être proposées ;
elles
permettent une resocialisation des sujets grâce à des groupes de
paroles directes, en face à face, associant des ex-internautes ou ex-joueurs
dépendants.
• Sur le modèle des Alcooliques Anonymes il existe des groupes d'"Interneters
Anonymous" regroupant des hommes et des femmes qui partagent leurs expériences,
afin de renforcer la motivation de ceux qui ont envie de retrouver une vie "normale" après
des comportements cyberaddictifs. Leur programme est calqué sur le modèle
utilisé par les Alcooliques Anonymes, avec les douze étapes de
reconnaissance de l'impuissance devant l'objet ou le sujet de l'addiction : Internet.
• Des thérapies individuelles au long cours, analytiques peuvent être
proposées.
• Une approche psychothérapeutique familiale peut venir soutenir
les proches.
Il est possible de rencontrer une polyaddiction des personnes, rendant la prise
en charge encore plus difficile. Il existe souvent une association entre la
cyberaddiction, le jeu pathologique, la sexualité assistée par
ordinateur, des troubles du comportement alimentaires, etc.
Etes-vous accroc ?
Pour découvrir votre niveau de dépendance, répondez aux
questions suivantes en utilisant cette échelle :
0 = aucun rapport
1 = pas applicable ou rarement
2 = occasionnellement
3 = fréquemment
4 = souvent
5 = toujours
•
Combien de fois avez-vous réalisé que vous êtes resté sur
le net plus longtemps que vous l'aviez prévu ?
•
Négligez-vous souvent vos devoirs scolaires, professionnels, ou ménagers
pour passer plus de temps sur Internet ?
• Combien de fois préférez-vous l'excitation du net à l'intimité avec
votre partenaire ?
•
Combien de fois créez-vous de nouvelles amitiés avec d'autres
personnes qui sont sur le net?
•
Combien de fois les gens faisant partie de votre vie se plaignent du temps
que vous passer sur Internet ?
•
Combien de fois votre niveau ou votre travail à l'école est affecté à cause
du nombre d'heures que vous passez sur le net ?
•
Combien de fois vérifiez-vous votre e-mail avant de commencer quelques
choses d'autres que vous devez faire ?
•
Combien de fois vos expériences ou votre productivité ont diminuées à cause
d'Internet ?
•
Combien de fois êtes-vous sur la défensive ou secrète quand
quelqu'un vous demande ce que vous faîtes sur le net ?
•
Combien de fois stoppez-vous des pensées dérangeantes sur votre
vie en les remplaçant par des pensées plaisantes relatives à Internet
?
•
Combien de fois vous vos trouvez en train d'anticiper votre retour sur le net
?
•
Combien de fois pensez-vous que la vie sans Internet deviendrait ennuyeuse,
vide et sans joie ?
•
Combien de fois rouspétez-vous ou agissez-vous de manière ennuyée
si quelqu'un vient vous déranger lorsque vous êtes sur le net
?
•
Combien de fois avez-vous perdu des heures de sommeil à cause du fait
que vous étiez sur Internet tard dans la nuit ?
•
Combien de fois vous sentez-vous préoccupé lorsque vous n'êtes
pas connecté ou combien de fois fantasmez-vous sur le fait d'être
sur Internet ?
•
Combien de fois vous trouvez-vous en train de vous dire à vous-même "juste
quelques minutes de plus" quand vous êtes sur Internet ?
•
Combien de fois essayez-vous de réduire le temps que vous passez et
que vous échouez ?
•
Combien de fois essayez-vous de cacher combien de temps vous avez passé sur
le net ?
•
Combien de fois choisissez-vous de dépenser plus de temps sur le net
au lieu de sortir avec vos amis ?
•
Combien de fois vous vous sentez déprimé, de mauvaise humeur
ou encore nerveux si vous n'êtes pas sur Internet et que soudainement
si vous vous connecté, vous vous sentez tout de suite mieux ?
Votre score.
Résultats :
Après avoir répondu à chaque question, additionnez le
numéro que vous avez sélectionné afin d’obtenir
le score final. Plus votre score est élevé, plus votre niveau
de dépendance est élevé.
• 20 - 49 points : Vous êtes un utilisateur moyen
d’Internet.
Vous surfez probablement certaines fois trop longtemps sue le web, mais vous
en détenez toujours le contrôle.
• 50 - 79 points : Vous avez fait l’expérience
occasionnellement ou fréquemment de problèmes liés à votre
utilisation d’Internet. Vous devriez considérer l’impact
de cet outil sur votre vie.
• 80 - 100 points : Votre utilisation d’Internet
vous cause de sérieux problèmes. Vous devriez considérer
l’impact
d’Internet sur votre vie et essayez de résoudre votre problème
en vous orientant vers une prise en charge.
Sport, dopage et conduites addictives
Présentation :
La pratique excessive du sport apparaît depuis quelques années
comme une récente forme d’addiction sans drogue. Comme pour
d’autres comportements addictifs, on peut considérer que l’addiction
sportive commence par des excès, par la recherche de sensation de
plaisirs et désinhibition à travers la pratique sportive, qui
va aboutir à un besoin irrépressible et dans certains cas des
signes de sevrage, comme c’est le cas pour les dépendances à un
ou plusieurs produits psychoactifs (tabac, alcool, héroïne, …).
Communément, le sport recouvre deux catégories :
- le sport loisir, détente, concernant la grande majorité des
sportifs avec une fréquence de quelques heures par semaine et dont le
but n’est pas forcément d’établir des performances
;
- le sport régulier et intensif.
Les enfants représentent plus de la moitié des licenciés
sportifs. Pour eux, le sport pratiqué de façon modérée
(moins de 10 heures par semaine) est incontestablement bénéfique
tant sur le plan physique, intellectuel que psychologique.
La détection précoce de futurs champions potentiels chez qui
on note des aptitudes conduit certains de ces jeunes à espérer
atteindre le sport de haut niveau et réaliser une carrière de
succès aux diverses compétitions. Mais un prix est à payer
: l’entraînement intensif qui mobilise tout le temps libre, la
répétition des compétitions de plus en plus relevées,
l’éloignement du milieu familial conduisent certains jeunes à ne
vivre que pour le sport.
Etre sportif de haut niveau nécessite un investissement sans mesure
et l’acceptation d’un processus intra-psychique lié à la
transformation corporelle, résultat d’une pratique intense et
de longue durée. Combien de sportifs de haut niveau n’ont-ils
pas sacrifié leur jeunesse. La reconnaissance de leurs efforts, des
années de galère et de sueur arrivent, le cas échéant
et pour les meilleures d’entre eux, sous formes de médailles,
d’applaudissements et de contrats publicitaires mirobolants : c’est
la rançon de la gloire.
Le sportif de haut niveau cherche sans cesse l’idéal de la perfection,
de l’harmonie. Nous ne parlons pas ici du sportif "du dimanche" qui
fait une activité sportive pour se faire plaisir et non pour établir
des performances si ce n’est des personnelles. Mais même dans ce
type de public une dépendance insidieuse peut se mettre en place. Le
sportif rentre alors dans un système de lutte personnelle : "je
peux faire mieux que la dernière fois", pour cela une seule solution,
fournir plus d’efforts.
Il existe différentes façons de pratiquer une discipline sportive.
Elle est excellente pour la santé lorsqu'elle est modérée,
lorsqu'elle est pensée sans esprit d'excès ni de compétition.
De la même façon que nous évoquons les vertus protectrices
d'un verre de vin sur les maladies cardio-vasculaires, nous dénoncerons
l'abus d'alcool et les risques graves qui en découlent. Il est cependant
difficile de quantifier, en termes de temps les limites à ne pas dépasser
pour que le sport reste profitable. L'abus de sport, l'hyperactivité physique,
comme tous les abus, peuvent être nocif pour la santé.
Comment peut se manifester cette addiction ?
Pour certains sportifs, la répétition d’enchaînements,
l’accoutumance du corps au mouvement, la ritualisation et la répétition
obsessionnelle ou compulsive des gestes peuvent prendre une dimension compulsive voire addictive au geste. Ces sportifs ressentent la nécessité de
remplir un vide de la pensée ou un vide affectif.
Pour une partie de sportifs de haut niveau, le sport interviendrait de la même
manière qu’un stupéfiant comme remède à une
souffrance corporelle et/ou psychique. Ainsi, le sport, pratiqué au
quotidien de manière répétitive, empêcherait l’apparition
de "la pensée douloureuse" et l’anesthésierait
comme peut le faire l’héroïne.
Sport, dopage et dépendance.
A priori, rien ne prédispose sport et l’usage de drogues à se
rencontrer. Ces deux notions semblent antinomiques, contradictoires. Pour beaucoup,
l’usage de drogue est synonyme d’aliénation et d’échec,
alors que le sport signifie maîtrise du corps, dépassement de
soi, puissance et réussite. Mais les récentes affaires de dopage,
les révélations sur les pratiques médico-sportives, la
présence d’une proportion importante d’anciens sportifs
de haut niveau dans les centres de prises en charge d’usagers de drogues
sont autant de passerelles entre le monde du sport et celui de la drogue. Et
ce d’autant plus que des "affaires" récentes secoue
le monde sportif : le suicide de Pantani, la cocaïnomanie de Maradona,
les scandales à répétition sur les différents tour
de France (Armstrong, Landis, Virenque,…), le dopage et les grands de
l’athlétisme (Jones, Gatlin, …).
Le "sport spectacle", le culte de la performance, la réussite à tout
prix, à n’importe quel prix, pousseraient les sportifs de haut
niveau à utiliser des produits dopants.
Quelques chiffres :
En France, 15% des hommes pratiquant plus de huit heures de sport par semaine
(il ne s’agit donc pas là de sportif de très haut niveau)
ont testé des drogues dures contre 10% des Français du même
sexe. Pour les femmes, ce chiffre est de 16% contre 6%.
Les dernières recherches ont montré une corrélation entre
la pratique intensive d’une activité physique et une série
d’effets pervers, comme une surconsommation d’alcool, de médicaments psychoactifs et des drogues ou des troubles du comportement alimentaire.
Pratiques de sport et dépendance.
Les comportements de dépendance se manifestent surtout dans des périodes
difficiles pour les sportifs, comme lors de performances minimales à établir,
lors de blessures, quand les résultats tant espérés n’arrivent
pas ou lors de la retraite.
Pratiqué avec excès, le sport peut être le signe d’un
comportement pathologique. En effet, la pratique intensive du sport provoque
une mécanisation de l’organisme avec tous les phénomènes
de dépendance physiologique (liée à la sécrétion
d’endorphines) mais aussi psychologique que cela induit. Ainsi, le sport
induirait, d’une part une perturbation du "dialogue" entre
le cortex cérébral (siège des fonctions cognitives) et
les structures sous corticales (jouissance et acte sportif). Or, dans l’une
de ses structures existe l’aire segmentale ventrale impliquée
dans les phénomènes de pharmacodépendance. D’autre
part, l’exercice physique entraîne une modification globale de
la production d’hormones et de neurotransmetteurs, qui sont également
présents dans le cas de consommations de drogues.
L’exigence du dépassement de soi pousse le sportif de haut niveau à être
mieux que lui-même ou autrement que lui-même. Pour F. Nordmann,
ancien athlète de haut niveau, "son existence est souvent subordonnée
voir sacrifié à l’objectif de la réussite à tout
prix : victoire ou record". L’athlète devient prisonnier
d’un système dans lequel il se doit de gagner sous peine d’être
exclus, puisque le monde dans lequel il évolue se restreint souvent à celui
de son club, de son entraîneur et de ses camarades d’entraînement.
L’échec du sportif confronté à ses limites, à l’impossibilité d’atteindre
le sommet alors que d’autres y parviennent, est rarement pris en compte
et ne fait pas l’objet d’un suivi psychologique particulier. P
Laure, spécialiste du dopage, précise qu’effectivement
la fin d’une carrière sportive est vécue par certains sportifs
comme une sorte de mort. Comme le souligne, P Yonnet, le vrai risque du sport
de haut niveau, c’est, avant le dopage, le sport de haut niveau lui-même.
Cette course à la performance est une des raisons de l’utilisation
de produits dopants. Ce phénomène de recours à la "potion
magique" existe depuis très longtemps et ne concerne pas seulement
le monde sportif. Dans les entreprises, un cadre sur cinq est aujourd’hui "dopé".
En 1997, les responsables du centre Monte-Cristo, CSST à Paris XVième,
qui prend en charge des toxicomanes, avaient constaté une sur représentation
d’anciens sportifs parmi les patients accueillis.
Quels sont les produits utilisés ?
Il existe un grand nombre de produits dopants et les techniques varient en
fonction des effets escomptés. Les produits les plus fréquemment
utilisés sont les corticoïdes, les anabolisants, l’hormone
de croissance, l’érythropoïétine – E.P.O. (hormone
peptidique naturellement secrétée par le foie et les reins, qui
accroît le nombre de globules rouges et donc la quantité d’oxygène à disposition
des tissus), les transfusions sanguines. Les produits masquant, souvent évoqués,
servent essentiellement à cacher lors des contrôles l’utilisation
de produits interdits.
A l’heure actuelle, dans le sport de haut niveau, l’usage de plusieurs
substances est devenu la règle, que ce soit pour bénéficier
de la synergie des effets, masquer l’usage d’une substance par
une autre, ou atténuer des effets secondaires gênants. La pratique
sportive intensive développe alors une pharmacodépendance qui
peut aller jusqu’à la toxicomanie.
Le simple arrêt de la carrière sportive n’est souvent pas
suffisant pour que le sportif puisse se passer des produits dopants, bien au
contraire, il risque alors de plonger dans des produits encore plus fort par déprime, pour combler un vide ou pour compenser un véritable
manque d’endorphines.
Drogues et sport : deux enquêtes récentes :
Deux enquêtes récentes mettent en lumière une proportion
importante d’anciens sportifs parmi les patients accueillis dans les
centres de prise en charge des toxicomanes (CSST). Ainsi, au centre méthadone
de l’hôpital Laënnec, à Paris, la question de la toxicomanie en milieu sportif n’est plus anecdotique. Le Dr Lowenstein témoigne
que "parmi les 300 usagers de drogués chroniques que nous suivons,
nous avons un nombre notable (un peu moins de 30) d’anciens sportifs
de haut niveau, pour lesquels l’héroïne a relayé une
pratique sportive qui avait fonctionné comme une première drogue".
Pour ce spécialiste, le sport interviendrait de la même manière
qu’un stupéfiant, comme remède à la souffrance corporelle
et/ou psychique. D’un côté, le sport, pratiqué au
quotidien comme une mécanique répétitive, empêcherait
la "pensée douloureuse" et l’anesthésierait comme
peut le faire l’héroïne. De l’autre, le dépassement
des limites physiques provoque la sécrétion de véritables
drogues intérieures, les endorphines.
"Quand on voit un marathonien qui se creuse et devient famélique,
la similitude avec le "junkie" qui maigrit au fil des années
est frappante. Entre les deux, il y a un élément commun qui s’appelle
les endorphines. Des substances secrétées par le corps qui active
des récepteurs spécifiques. Ces "drogues intérieures" sont
stimulées par l’effort intensif. Le fameux « second souffle » du
marathonien correspond à cette sécrétion d’endorphines,
qui se produit uniquement quand le coureur à ressenti la douleur. Ensuite,
il ne sent plus sa souffrance… Les endorphines ont un effet semblable à celui
de la morphine. On peut faire le lien avec "maman héroïne",
une substance qui finalement permet de vivre sans avoir à penser, sans
craindre la douleur, sans avoir peur de la mort. Le toxicomane comme le sportif
vivent dans un cocon total" explique le Dr Lowenstein.
•
Sur les cent derniers patients recueillis au centre Monte-Cristo, vingt étaient
des sportifs ayant eu une pratique sportive intensive de haut niveau. Cette
cohorte était composée de 75% d’hommes, treize disciplines
sportives étaient représentées, avec des athlètes
pratiquant un sport individuel (40%) ou un sport collectif (60%). La consommation
d’héroïne avait débutée pendant la pratique
sportive dans la moitié des cas, et s’accompagnait d’usage
de produits dopants (amphétamines, anabolisants) pour onze d’entre
eux, voire d’autres stupéfiants (cannabis, cocaïne) pour
certains.
•
Le centre Nova-Dona (CSST) à Paris XIVème, a également
lancé une étude "Sport et toxicomanie"auprès
de ses patients. Le questionnaire permet de relever les pratiques intensives
de sport, supérieures à deux heures par jour, indifféremment
du niveau de compétition atteint. Sur 50 patients interrogés,
la moitié a pratiqué, selon ce critère, un sport de façon
intensive. Parmi ces sportifs, 68% ont commencé à consommer de
l’héroïne régulièrement après avoir
arrêté le sport (16% avant la pratique du sport, 16% pendant).
La moitié d’entre eux reconnaît avoir consommé d’autres
produits licites ou illicites pendant l’activité sportive (cannabis, alcool, cocaïne, par ordre décroissant de consommation) et pratiquaient
des sports très différents.
Ces résultats posent la question tant au niveau du suivi psychologique
et médical éventuel au moment de l’arrêt de la pratique
intensive du sport, qu’elle soit de haut niveau ou pas, et enfin l’intégration
du dopage comme forme de conduite addictive.
Comment passe-t-on du produit dopant à la drogue ?
Il y a selon F. Nordmann trois moments privilégiés. "D’abord,
il y a la blessure. Et là, il a mal dans son corps comme dans sa tête.
Il est soigné. On lui donne beaucoup de médicaments et des doses
importantes d’anesthésiants. Le passage à la toxicomanie peut être
très rapide. Il y a ensuite l’échec, et
personne n’est là pour la gérer. On s’occupe des
gagnants, on ne prend jamais en charge les perdants. Pourtant, le sport fabrique
plus de perdants que de gagnants ! Enfin, il y a l’arrêt. Il suffit
de regarder les anciens sportifs ; en général ils boivent et
fument beaucoup, certains deviennent toxicomanes. A l’arrêt de
l’activité sportive, comment compenser la sécrétion
moindre d’endorphines et l’apparition de la douleur
?"
"La légende veut que les sportifs soient des gens invulnérables.
En fait, ils sont extrêmement fragiles car ce sont des gens de l’extrême".
L’avenir est préoccupant, puisque les centres de formation de jeunes,
toutes disciplines confondues, les sections sports-études sont de plus
en plus nombreux et avec eux des générations de déçus
; il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus.
Le problème du dopage touche effectivement les sportifs de haut niveau
mais aussi les sportifs amateurs qui sont de plus en plus jeunes lorsqu’ils
emploient ces substances et de moins en moins encadrés. Il paraît
donc important de mettre en place, dans le cadre de la lutte antidopage, des
actions de prévention pour informer les quelques 13 millions de pratiquants
de sport en France.
Quelles solutions au dopage ?
Une politique de prévention, de lutte menée par les pouvoirs
sportifs est indispensable. Elle se base actuellement sur des contrôles
qui peuvent donner lieu à diverses sanctions. L’application de
la loi est certes nécessaire mais en aucun cas suffire.
Depuis 1999, il a été créé des antennes médicales
régionales de prévention et de lutte contre le dopage, centres
d’accueil pour les sportifs concernés. Les médecins seront
tenus de leur transmettre, de façon anonyme, les constatations qu’ils
auront faites lors de consultations de sportifs. Les médecins ont un
rôle important à louer dans ce dispositif.
La prévention doit permettre d’informer les sportifs amateurs
ou de haut niveau, et non seulement sur les produits, leurs compositions chimiques,
leurs effets et leurs conséquences sur l’organisme mais aussi
sur les différents usages, occasionnel, nocif ou abusif.
Les actions de prévention passent certainement par la formation de bénévoles
et des cadres des associations sportives afin qu’ils diffusent l’information à leurs
licenciés et préviennent ces conduites à risques chez
les jeunes.
Le Ministère de la Jeunesse et des Sports a mis en place un numéro
vert, anonyme et confidentiel, pour informer et aider tous les sportifs : ECOUTE
DOPAGE 0 800 15 20 00. En une année d’activité, ce numéro
vert a recueilli les "confessions", écouté les angoisses
et répondu aux questions de quelque 6 630 interlocuteurs dont la moitié sont
des mineurs. Un premier bilan permet d’établir qu’aucune
discipline et aucune génération n’échappe au dopage.
La plupart (30%) s’interrogent sur la créatine, beaucoup consomment
du cannabis (21%) et d’autres (16%) utilisent des corticoïdes, des
anabolisants ou de l’érythropoïétine (EPO). Ce numéro
vert n’est pas une solution au problème du dopage, mais une sorte
d’observatoire des conduites à risques, qui permet aux institutions
d’accéder à une meilleure connaissance d’un phénomène.
Comme le souligne P. Yonnet, sociologue, "les vrais risques du sport de
haut niveau ou du sport amateur, c’est, avant le dopage, le sport de
haut niveau lui-même".
L’achat compulsif
Présentation :
La problématique de la surconsommation n’est étudié que
depuis la fin des années 80 et a fait l’objet de peu d’étude à ce
jour. La surconsommation peut se définir non par la quantité d’achats
mais par le déséquilibre émotif associé à l’acte
d’achat. Elle met donc en cause les dimensions psychologiques du geste
d’acheter telles les dimensions émotives du rapport à l’argent
et à la consommation. Sur le plan psychologique, la surconsommation
vient d’un déséquilibre entre le rationnel et l’émotif,
l’achat est sans grand lien avec le besoin réel ou l’utilité du
produit convoité.
L’acheteur compulsif se débat face aux
pressions de notre société de consommation : la publicité est
omniprésente et les techniques de ventes insidieuses.
Les troubles du contrôle des impulsions sont des troubles du comportement
caractérisés par un besoin spontané et irrépressible
de commettre une action même si elle peut représenter un danger
pour soi-même et/ou pour les autres.
Portrait de cette dépendance :
Les tentations sont grandes dans notre société ; nous sommes
tous victimes du matraquage publicitaire et de l’incitation constante à acheter.
Mais un certain nombre de consommatrices et de consommateurs répondent à cet
appel de façon désordonnée et boulimique : ce sont les
acheteurs (euses) compulsifs dont on connaît depuis peu le malaise qui
les pousse à consommer sans frein et sans plaisir. En fait, pour ce
type de personnes, le geste d’acheter se présente comme un antidote à l’anxiété, à la
frustration, aux conflits. L’achat impulsif est une dépendance
tout comme l’alcoolisme, les toxicomanies ou la passion du jeu. Malheureusement,
il s’agit d’une maladie peu reconnue et souvent associée à une
simple tendance au gaspillage. Or, il s’agit d’un comportement
qui peut faire beaucoup de ravages et derrière lequel se dissimule presque
toujours une très faible estime de soi.
Il faut souligner que l’objet acheté n’a souvent qu’une
importance secondaire par rapport au besoin de se retrouver dans un magasin
et d’en éprouver une réelle euphorie. Il s’agit rarement
d’objets de première nécessité. De retour à la
maison, le « butin » rapporté a perdu de son éclat
et va souvent rejoindre dans le fond d’une armoire d’autres objets
acquis dans les mêmes conditions. La souffrance qu’en à elle
est toujours présente. Le prochain achat n’est pas loin et la
personne vit traquée par ce scénario à répétition
et compromet souvent gravement son propre équilibre budgétaire
et/ou celui de sa faille ainsi que son propre équilibre psychologique.
Quelques
chiffres :
La frénésie incontrôlable d’achats est une pathologie
en augmentation (1,1% de la population générale) qui touche principalement
les femmes (80 à 92% des acheteurs compulsifs).
Les acheteurs (euses) compulsifs sont le plus souvent âgés de
30 à 40 ans et ont un bon niveau professionnel, scolaire ou universitaire.
Les objets achetés sont variables :
• chez les femmes : vêtements (96%), chaussures (75%), bijoux (41,7%),
maquillage (33%), produits de la maison (12%).
• chez les hommes : antiquités (25%), disques (20%), voitures16%),
objets électroniques (15%).
Pour Adès et Lejoyeux, « ces sujets sont comme « possédés » par
une envie irrépressible d’acheter, qui s’apparente à un
besoin de drogue ou d’alcool ». L’achat suscite une impression
d’euphorie, comme dans une nouvelle addiction. A chaque nouvel achat,
le sujet promet de ne plus recommencer…. Pour passer outre le lendemain,
tout comme l’alcoolique qui promet, jure, qu’il ne touchera plus à l’alcool.
Que reflète cette problématique ?
Il s’agit presque toujours de l’expression d’une détresse.
En dépit des apparences, l’achat compulsif n’est pas une
maladie exclusivement réservée aux femmes, bien que celles-ci
recherchent plus souvent que les hommes une aide extérieure pour sortir
de l’impasse dans laquelle elles se trouvent.
L’achat compulsif apparaît souvent suite à une contrariété,
au lendemain d’un élément déclencheur comme une
séparation, un deuil. Une existence vide, l’ennui et l’isolement
affectif sont aussi des terrains favorables. Il faut aussi tenir compte du
contexte général qui n’est pas loin de valoriser ce genre
d’excès. Les tentations sont permanentes « nous vivons dans
une société où l’impulsivité du consommateur
est sollicitée par tous les moyens » (J. Cottraux). Dans notre
société, les choses sont moins achetées pour leur utilité,
elles ont souvent, et avant tout, une valeur émotive et symbolique.
Par ailleurs, la carte de crédit est le moyen de paiement privilégié et
permet de sentir moins culpabilisé. La possibilité d’acheter
sur le Net ou par le biais de chaînes télévisées
accentue encore un comportement d’achat compulsif. Et cela d’autant
plus que la logique de la consommation est de rendre périmé les
produits le plus rapidement possible conduisant le consommateur à une éternelle
insatisfaction.
L’endettement est l’une des conséquences de cette dépendance
(83% des acheteurs compulsifs).
Existe-t-il des pathologies associées ?
Lorsqu’ils perçoivent les premières conséquences
négatives des achats compulsifs, les sujets sont confrontés au
problème du contrôle de leur impulsion, ce qu’ils ne parviennent
pas à réaliser. Le surendettement peut les pousser à chercher
de l’aide et à consulter.
La compulsion des achats est présente chez 32% des dépressifs,
qui accusent des sentiments d’infériorité et cherchent
une compensation à une existence qu’ils voient et qu’ils
vivent comme médiocre.
« Les troubles de la personnalité sont présents avec un type
proche de la personnalité borderline, qui est caractérisé par
une impulsivité marquée, des émotions excessives, une instabilité des
relations interpersonnelle, de l’image de soi et des affectes » (J.Cottraux).
L’acheteur pathologique recherche l’émotion positive pour
compenser une émotion négative, une frustration qu’il ne
sait canaliser.
Existe-t-il des traitements ?
Il peut être proposé, dans un premier temps, des cours et des
séances de planification financière, budgétaire. Souvent,
cette première approche ne suffit pas à soulager la détresse
et à rétablir l’estime personnelle et à enrayer
une véritable maladie.
Une thérapie dite brève, ou plus longue peuvent permettre une
prise en charge pour agir sur ce comportement. L’intervention à plus
court terme consiste essentiellement à contrôler le comportement
compulsif en tentant de comprendre les circonstances qui l’occasionnent
(tension au travail ou à la maison, « déprime, frustrations, …).
Il est souvent demandé au patient de tenir un carnet d’achat où il
va note la fréquence de ces achats incontrôlés et l’envie
irrépressible d’un objet, ainsi que les symptômes accompagnant
l’épisode compulsif. Pour certains ce type de programme suffit à désamorcer
les mauvais automatismes et à modifier l’image de la consommation.
Un traitement comportemental et cognitif donne, quand il est bien mené des
résultats encourageants.
Un groupe d’entraide, rencontrant la même problématique
peut permettre de parler
Etes-vous surconsommateur ?
1) Quand j’ai de l’argent, je ne peux m’empêcher de
le dépenser.
Vrai …….. Faux ……..
2) J’achète souvent sans réfléchir, poussé par
un élan incontrôlable.
Vrai …….. Faux ……..
3) Quand je suis stressé, déprimé ou fatigué, quand
je vis une difficulté (un conflit, un échec, une frustration),
j’achète pour me relaxer, pour me «remonter», pour
retrouver de l’énergie ou pour me soulager.
Vrai …….. Faux ……..
4) J’achète souvent sans raison, des objets que je possède
déjà, dont je n’ai pas besoin ou qui ne me servent jamais.
Vrai …….. Faux ……..
5) J’ai souvent une rage de dépenser ou une envie inexplicable
et soudaine d’aller acheter n’importe quoi dans un magasin.
Vrai …….. Faux ……..
6) acheter me donne l’impression d’être quelqu’un de
bien, quelqu’un d’important, je me sens plus fier et plus estimé.
Vrai …….. Faux ……..
7) Quand j’achète, je me sens plus en sécurité.
Vrai …….. Faux ……..
8) Souvent, je fais des dépenses ou j’achète des articles
dont je n’ose parler à personne, de crainte d’être
jugé anormal.
Vrai …….. Faux ……..
9) Quand j’ai envie de quelque chose, je ne peux pas m’empêcher
de me le payer, même si je n’en ai pas les moyens.
Vrai …….. Faux ……..
10) Acheter est mon principal ou mon seul loisir.
Vrai …….. Faux ……..
11) Quand j’ai envie de quelque chose, je ne supporte pas d’attendre
avant de me le procurer.
Vrai …….. Faux ……..
12) Je dépense beaucoup pour offrir des cadeaux aux autres. C’est
ma manière de les aimer.
Vrai …….. Faux ……..
Si vous vous reconnaissez dans un ou plusieurs de ces énoncés,
vous êtes, à un degré variable, un sur consommateur, c’est-à-dire
que vous dépensez ou vous achetez au-delà de vos besoins et de
vos moyens.
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