 Dans le cadre
de son activité de prévention, le
service de prévention de l’association Haut-Rhinoise
pour la prévention et les soins aux addictions travaille
en collaboration avec l’Education Nationale. Les établissements
scolaires sont les territoires privilégiés de la
prévention puisque ce sont des lieux obligatoires où tous
les enfants et adolescents viennent.
 L’association Le Cap est fortement implantée au sein des collèges et des lycées du Haut-Rhin, mais pas seulement. Les actions de prévention
se développent aussi auprès des élèves de maternelle et de primaire. L’ Université peut également être concernée
par des actions de prévention.
Nos interventions s’adaptent en permanence aux demandes de terrain et
peuvent varier tant dans la forme que dans le contenu des actions.
 Notre souhait est d’inscrire nos actions sur le long terme. Cela permet
d’instaurer un maillage partenarial et de mettre en place des réseaux
d’adultes référents et/ou relais. Ces réseaux pourront
fonctionner en autonomie par la suite. Nous restons néanmoins présents
pour les accompagner s’ils le demandent.
Maternelle | Primaire | Collège | Lycée | Université
Maternelle
Force est de constater que la prévention primaire des toxicomanies
et des consommations de psychotropes (tabac, alcool, cannabis,
ecstasy,…) arrive parfois trop tard pour certains élèves.
Aux dire des adolescents, on consomme un produit parce que l’on
s’ennuie, parce que l’on est stressé, en difficulté
ou encore frustré… Nous nous sommes alors demandés
pourquoi par exemple ne pas travailler avec de jeunes enfants
autour de ces notions de frustration et d’ennui : par exemple,
comment gérer l’ennui, comment gérer une
frustration lorsque maman refuse de me donner un bonbon ?
De plus, les jeunes enfants sont à priori les plus réceptifs
aux messages de prévention : ils n’ont pas encore
adopté de conduites particulières. C’est pourquoi
nous avons choisi de mener de nouvelles actions en direction des
élèves de classes maternelles (moyennes et grandes
sections). Pour un public de cette tranche d’age, la prévention
des toxicomanies et des conduites à risque liées
à la consommation de produits psychotropes s’oriente
vers une éducation pour
la santé,
et non vers les produits impliqués dans les toxicomanies.
Ces actions de prévention ont pour objectif général
de soutenir la construction de leur personnalité, en renforçant
les ressources personnelles de l’enfant et ses compétences
relationnelles. Elles favorisent l’estime de soi et la confiance
en soi, deux facteurs importants dans la manière de faire
des choix et de gérer les conflits ou la frustration.
Ces actions de prévention peuvent se décliner de
multiples manières, en fonction des attentes de l’encadrement
des enfants (instituteurs, infirmières et médecins
scolaires, éducateurs) et en fonction des diverses situations
vécues.
Pour mieux comprendre les moyens et outils utilisés, nous
parlerons volontiers de deux démarches menées dans
deux écoles maternelles :
1. Démarche pédagogique centrée sur
la socialisation à partir du thème des émotions
Au sein d’une classe d’élèves âgés
de 4 et 5 ans, et en partenariat avec l’institutrice et
un maître du Réseau d’Aide Spécialisé
aux enfants en difficulté, nous avons mené un projet
de prévention s’intégrant au projet d’école.
Les orientations de travail ont été
les suivantes :
• Apprendre à l’enfant à se connaître
: connaître son corps et se l’approprier, reconnaître
ses sentiments et apprendre à les exprimer verbalement.
• Permettre à l’enfant de s’affirmer
dans la relation à l’autre : respect de l’autre
dans sa différence, respect des règles, sensibilisation
à la solidarité et à l’entraide.
• Aider l’enfant à exprimer ses peurs, ses
difficultés
et lui apprendre à trouver des solutions.
• Encourager l’enfant à s’exprimer, à
parler de lui, de ses attentes, de ses envies, à s’affirmer
de façon positive.
• Aider l’enfant à trouver des solutions aux
situations difficiles qu’il est amené à vivre
(conflits, frustrations, séparations, ennui,…).
Le thème retenu a été les émotions :
• comment les reconnaître
?
• comment les vit-on dans son corps ?
• comment
peut-on les repérer
(sur un visage, dans les gestes) ?
• comment en parler ?
L’accent a été mis sur la verbalisation des
émotions afin que l’enfant puisse y mettre des mots,
les repérer, prendre un certain recul et les situer dans
sa vie quotidienne, familiale ou scolaire.
Les émotions travaillées séparément
ont été :
• la joie,
• la peur,
• la tristesse,
• la tendresse,
• la colère.
Notre
manière
d’aborder chaque émotion
a varié
dans sa présentation et dans les supports utilisés
(livres, cassettes audio, jeux de rôles…).
Nous avons également amené les enfants à
trouver des solutions face aux situations difficiles évoquées
engendrant telle ou telle émotion. Par exemple, si un
copain est triste, que peut-on faire ? A cette
question, les enfants ont répondu : le consoler, lui faire un bisou,
le serrer dans les bras, lui parler…
De même, à
la question : « Quand on a peur, que peut-on
faire ? », les enfants ont répondu : prendre son
doudou, appeler ses parents, se faire câliner par sa maman,
se sauver, prévenir quelqu’un.
Nos interventions ont chaque fois été suivies d’un
travail des élèves avec leur institutrice autour
du dessin, des couleurs, de la verbalisation, de réalisations
manuelles, en lien avec l’émotion présentée.
Ce travail après notre intervention permet non seulement
que l’action soit approfondie, mais aussi une évaluation
de la compréhension des enfants.
Un premier bilan a été effectué par les élèves
qui nous ont retracé leur travail de l’année
concernant les émotions, en suivant un parcours où étaient
affichés dessins, écrits et photos
des enfants réalisées pendant nos interventions.
Les enfants ont mémorisé beaucoup de vocabulaire
nouveau et réussi à restituer les émotions
travaillées dans leur contexte et leur vécu
personnel.
D’après l’institutrice, ils n’ont
pas transformé leur manière d’être
et de vivre les émotions. Ils auraient néanmoins
plus de facilité à repérer les émotions
chez leurs camarades et à les exprimer verbalement
quand ils ne sont pas directement impliqués.
Nous avons présenté notre projet de prévention
et son bilan aux parents qui ont été invités
à venir voir le travail de leurs enfants. Une discussion
et des échanges ont suivi où chaque parent qui
le souhaitait a pu exposer son avis sur cette action et situer
ce
que leur enfant avait apporté ou évoqué au
sein de sa famille. Les parents ont dit avoir été
surpris par le vocabulaire retenu par leur enfant. Certains
parents disent se sentir plus à l’aise suite à cette
démarche pour évoquer certaines émotions
et ressentis avec leur enfant.
Un bilan avec la réalisation d’un dossier présentant
notre démarche a été effectué et
il a alors été décidé, dans le
cadre du projet d’école, de donner suite à ce
projet autour du thème : les comportements
et les relations avec les personnes. Ce projet s’est
appuyé sur un outil
pédagogique intitulé Les Amis de mon jardin.
Un exemple concret autour du sentiment
qu’est la tristesse
Suite à l’audition d’une chanson intitulée
« Le petit chat triste », nous avons demandé
aux enfants de verbaliser :
- ce qui nous rend triste.
- comment s’exprime la tristesse.
- que faire lorsqu’on est triste.
- comment consoler celui qui est triste.
Les outils d’évaluation
- lister les manifestations de la tristesse.
-sélection d’images.
- production d’écrits : raconter l’histoire
du petit chat.
-émettre des hypothèses.
- représenter par un dessin.
Les prolongements
- Utiliser dans un dessin les indices figurant la tristesse.
- Le conte « chaud et doux des chaudoudous ».
- Ecouter, raconter.
2. « Les Amis de mon jardin »
Cette action a fait suite au projet sur les émotions et
a eu pour but de permettre aux enfants de bien se sentir dans
leur corps, dans leur tête, dans leurs relations avec les
autres et à l’environnement, en développant
des capacités à analyser et à résoudre
des problèmes auxquels ils peuvent être confrontés,
à élaborer et à réaliser leurs propres
projets. Il s’agit également de les outiller, de
les équiper de ressources internes leur permettant de prendre
en charge la conservation de leur santé et d’adopter
des comportements sains.
Descriptif de l’action
Les « Amis de mon jardin » se présente comme
une histoire. Au cours des neufs épisodes, les personnages
(de jeunes légumes)sont aux prises avec leur histoire personnelle
et la réalité sociale : la compétition, le
handicap, la différence… Par exemple, Ticlou l’asperge
est grande et maigre. Leurs expériences affectives et émotionnelles
proches de la réalité enfantine aident les enfants
à appréhender leurs différences et à
souligner leurs traits communs qui les relient au groupe.
Méthodologie
Tout au long de l’année scolaire, nous
avons rencontré chaque mois les enfants avec une histoire
différente. Chaque intervention nécessitait de la
part des institutrices une préparation préalable
et une exploitation pédagogique pour évaluer son
impact au niveau des enfants.
Les différentes situations auxquelles chaque légume
était confronté ont permis avec les enfants un échange
pour aborder ces problèmes et trouver ensemble des ressources
internes et propres à chacun pour conserver au mieux sa
santé et adopter des comportements sains.
En discutant ouvertement de ces questions et des différentes
situations auxquelles les enfants doivent faire face dans leur
propre vie, les enfants ont pu acquérir une certaine confiance
dans leurs capacités à affronter le monde et trouver
un sens au mot responsabilité.

Sensibilisation
des professionnels de la petite enfance à travers
un colloque
Le 9 novembre 2005 a eu lieu un colloque organisé à
l’initiative du Cap et en partenariat avec l’école
d’éducateurs de jeunes enfants intitulé
« Prévention des conduites de dépendance
dès la petite enfance », « Savoir
agir en tant que professionnel ».
Lors de ce colloque, les étudiants de l’école
d’éducateurs de jeunes enfants ont restitué leurs
travaux de recherche.
M. Denis Fontaine, Médecin de santé publique,
directeur d’études de l’Observatoire Régional
Rhône-Alpes-Lyon a abordé comme thème
: « Les professionnels de la petite enfance, acteurs
cachés » de la prévention des conduites
addictives » à partir d’une étude-action
menée en Rhône-Alpes.
Mme Geneviève Praplan, sociologue et responsable de
projets de prévention à l’ISPA (Institution
Suisse de prévention de l’alcoolisme et autres
toxicomanies) en Lausanne est intervenue sur « De l’idée
à l’outil de prévention : comment répondre
à la demande de terrain ».
La conclusion a été assurée par Mme Françoise
Huret, psychologue. |
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Primaire
Parfois, force est de constater que la prévention primaire
des toxicomanies et des consommations de psychotropes (tabac,
alcool, cannabis, ecstasy,…) semble arriver trop tard pour
certains élèves. Quelques collégiens et lycéens,
de part leur consommation régulière de drogues (surtout
tabac, alcool et cannabis), nécessiteraient une orientation
vers un centre de soins.
Ces situations rencontrées nous ont amené à
réfléchir sur les possibilités d’engager
un travail de prévention auprès des élèves
avant leur arrivée au collège. Les jeunes enfants
étant à priori les plus réceptifs aux messages
de prévention, nous avons choisi de
mener de nouvelles actions en direction des élèves
de classes primaires.
Si l’axe général de prévention des
comportements à risque pour la santé reste le même,
l’abord de notre démarche ne peut plus s’appuyer
sur l’information et la réflexion concernant les
produits psychotropes. Pour un public de cette tranche d’âge,
notre démarche s’oriente vers une éducation
pour la santé.
Les enfants des classes primaires sont en plein développement
tant physique que psychologique. Les actions de prévention
ont alors pour objectif général de soutenir la construction
de leur personnalité ; en renforçant les ressources
personnelles de l’enfant et ses compétences relationnelles.
Les actions de prévention dans la petite enfance visent
à favoriser l’estime de soi et la confiance en soi,
deux facteurs importants dans la manière de faire des choix
et de gérer les conflits ou la frustration. Elles recherchent
à développer leurs capacités à décider,
à choisir et à agir de façon autonome et
responsable, ainsi que leurs capacités à affronter
la réalité parfois difficile et à faire
face aux conflits.
Les orientations de travail, dans le cadre d’actions
de prévention destinées aux élèves
des classes primaires sont les suivantes :
• Apprendre à l’enfant à se
connaître
: connaître son corps et se l’approprier / reconnaître
ses sentiments et apprendre à les exprimer verbalement.
• Permettre à l’enfant de s’affirmer
dans la relation à l’autre : respect de l’autre
dans sa différence, respect des règles, sensibilisation
à la solidarité et à l’entraide.
• Aider l’enfant à exprimer ses
peurs, ses difficultés
et lui apprendre à trouver des solutions
• Encourager l’enfant à s’exprimer, à
parler de lui, de ses attentes, de ses envies, à s’affirmer
de façon positive.
• Aider l’enfant à trouver des
solutions aux situations difficiles qu’il est amené à vivre
(conflits, frustrations, séparations, ennui…)
« A toi de décider » : fascicule de
prévention réalisé par des élèves
d’une école primaire
Les trois clubs Rotary et Inner Wheel de Colmar ont lancé
une action pour sensibiliser les classes primaires aux dangers
de la drogue.
C’est dans ce contexte que nous avons été
sollicité pour mener une action de prévention autour
du thème : « c’est quoi être grand ?
»
Cette démarche a été menée sur une
année scolaire, en partenariat avec l’enseignant
et l’infirmière scolaire à raison d’une
séance de deux heures une fois par mois. Elle avait pour
objectif de rendre les enfants acteurs de prévention
à travers l’élaboration d’un livret
sur le thème des dépendances à leurs pairs.
Les différentes interventions de sensibilisation ont permis
aux élèves d’élaborer une brochure
de jeux à destination des enfants âgés
de 9 à 10 ans intitulée « A
toi de décider ».
Le projet « c’est quoi être grand » a
encouragé l’apprentissage de comportements basés
sur la communication. Des échanges positifs entre les adultes
référents et les enfants ont permis à ces
derniers de créer et de développer des attitudes
et des compétences qui lui permettront de faire des choix
face à l’influence de leurs camarades et de mettre
des mots sur des situations difficiles.
Les enfants ont parlé, réfléchi, échangé
et créé cette brochure à raison d’une
séance de travail par mois. Les élèves ont
entièrement créé les jeux : charades, mots
fléchés, codes secrets…
Grâce au financement du Rotary Club de Colmar, le livret
a pu être diffusé à toutes les écoles
élémentaires de Colmar pour les classes de CM1
et CM2. L’objectif est une diffusion plus large auprès
de l’ensemble des écoles primaires du Département.
C’est pourquoi nous mettons à disposition des
enseignants désireux de travailler avec leurs élèves
autour du thème des dépendances ce fascicule.


Collège
L’âge de la vie qui paraît le plus exposé
au risque de trouver refuge dans les produits psychotropes est
celui de l’adolescence car c’est une période
où l’individu vit une crise qui bouleverse nombre
de ses repères et le rend particulièrement
sensible
à l’influence des pairs qui peut être positive
mais peut aussi parfois engager un individu dans des pratiques
déviantes. C’est parfois un moment où des
souffrances non réglées peuvent se décharger
à travers des passages à l’acte et des conduites à risques.
On peut alors légitimement penser que le lieu le mieux
adapté
pour faire de la prévention est l’école.
Dans le cadre de son activité de prévention, l’équipe
de prévention du Cap travaille en collaboration avec l’Education
Nationale. Les établissements scolaires sont les territoires
privilégiés de la prévention puisque ce sont
des lieux obligatoires où les adolescents viennent. Les
symptômes les plus décrits par les partenaires de
l’Education Nationale ( proviseurs, principaux, conseillers
principaux d’éducation, enseignants, infirmières,
médecins scolaires ) sont le développement du recours
aux substances psycho actives, la banalisation du cannabis et
le développement des alcoolisations aiguës.
Les actions de prévention se déclinent de différentes
manières :
1. Le premier niveau d’intervention consiste à sensibiliser
et informer les élèves sur
le thème
de la toxicomanie, les différentes drogues, leurs
actions, leurs effets secondaires, les risques en lien avec une
consommation (conduite routière, sexualité, violence…).
Les principales drogues utilisées par les jeunes, que ce
soit de façon ponctuelle ou habituelle, sont le tabac,
l’alcool et le cannabis.
D’une manière plus restreinte, certains élèves,
en usage ou en expérimentation, se tournent vers l’ecstasy,
le L.S.D., les psilocybes.
Lors de ces actions de prévention, au sein du service de
prévention, nous différencions les publics et les
usages. Notre discours n’est pas le même selon que
l’on soit dans un collège, dans un lycée,
dans un centre de formation en apprentissage ou dans un quartier
dit « quartier sensible », etc. Dire « ce n’est
pas bien de prendre un produit » ou « il faut faire
attention avec ce produit » n’est pas la même
chose. Il est d’autre part primordial de différencier
la consommation occasionnelle d’un produit et la consommation
avérée de celui-ci.
Un débat est donc organisé avec la classe ou un
groupe d’élèves en fonction de leur âge
et de leur maturité. Une réflexion est menée
à partir des questions et des préoccupations du
moment des élèves. Un questionnement autour de leur
vécu, leur quotidien, leur permet de trouver un sens personnel
à leur éventuelle consommation de drogues ou de
renforcer leur position de non consommateur. Nous insistons sur
la notion de choix, la place et le sens du produit dans leur vie.
Le discours ne doit pas être en contradiction avec l’expérience
des adolescents afin de leur faire prendre conscience des risques,
de prévenir une première consommation et de modifier
des comportement s’il y a déjà eu utilisation.
Lors de ces actions de prévention, nous essayons d’offrir
aux individus la possibilité d’être en situation
de réflexion. A travers différentes méthodes,
on peut essayer lors de ces actions de prévention de changer
la position des adolescents. En tendant un miroir, on crée
une situation où les personnes peuvent se regarder. En
changeant un rapport spontané, irréfléchi
en position réflexive, on permet un choix. C’est
en permettant aux adolescents de ne plus être dans l’immédiateté
mais dans quelque chose de réfléchi que l’on
peut promouvoir cela. Il s’agit aussi d’aller au delà
de la connaissance des dangers des drogues pour s’intéresser
aux motivations intimes pouvant conduire à en consommer
malgré tout.
2. Le deuxième niveau d’intervention consiste en
l’organisation de groupes
de parole autour de thèmes que les élèves
choisissent. Ces groupes se forment à partir du volontariat
des élèves qui sont répartis par niveau de
maturité (6ème-5éme, 4ème-3ème,
2de-1ère-term). Ce sont des temps où les élèves
peuvent s’exprimer autour de sujets qui les préoccupent,
en toute confidentialité, dans le respect et l’écoute
des autres. C’est un apprentissage à la citoyenneté
où les élèves peuvent parler, argumenter,
en respectant les opinions diverses. Les contenus de ces groupes
de parole peuvent être très riches et très
variés.
Les groupes de parole sont nés
de constatations et d’une évidence. Tout d’abord,
un certain nombres d’établissements scolaires nous
ont interpellé en nous demandant comment se positionner
et gérer des jeunes surpris à fumer du cannabis
au sein de l’établissement scolaire,s’il faut
les exclure conformément au règlement intérieur
ou faire appel aux représentants de la loi et s’il
n’est pas possible de trouver une réponse complémentaire.
D’autre part, au travers des entretiens cliniques effectués
par les psychologues des services de soin, le constat s’est
imposé : les toxicomanes commençant à émerger
de leur dépendance au produit, expriment un questionnement
qui trouve sa racine dans la période qu’est l’adolescence. Les questions philosophiques, métaphysiques et existentielles
abondent. La prévention des toxicomanies est aussi une
prévention contre d’autres souffrances et par là
même contre d’autres conduites à risques.
La prévention doit aussi répondre à d’autres
préoccupations que l’usage des drogues. A travers
les groupes de parole, nous
proposons par exemple aux adolescents des échanges en fonction de
leurs demandes. Tout ce qui conduit à l’épanouissement
des jeunes contribue à la prévention des conduites
à risques.
La prévention est aussi là pour aider les adolescents
à faire des choix en s’appuyant sur des composantes
naturelles de leur personnalité telles que le sens de l’humour
et de la dérision, leur goût prononcé pour
les rencontres, leur curiosité, leur ouverture aux expériences
nouvelles et leur appétit de connaissances sur le monde
et sur eux-mêmes.
L’évidence fut alors de mettre en place des lieux
et temps de rencontre pour permettre aux préadolescents
et aux adolescents d’exprimer leurs interrogations sur la
vie et, ainsi, de ne pas donner de mauvaises réponses (drogues,
violence…) à de bonnes questions. Les groupes
de parole trouvent là tout leur sens.
3. Le troisième niveau d’intervention des actions
au long terme qui se déroulent sur une partie
ou toute une année scolaire. L’accent est mis sur
la volonté d’élaborer des actions de prévention
suivies et réfléchie en commun avec les équipes
pédagogiques. Nous accompagnons les élèves
et leurs professeurs intéressés par une démarche
de prévention où les élèves deviennent
parfois acteurs de prévention.
Les formes sont très variables et aboutissent toujours
vers une production (réalisations de panneaux, de vidéos,
de dessins…) avec délivrance d’un message
de prévention qu’eux-mêmes souhaitent transmettre
à d’autres élèves. Les élèves
sont motivés et valorisés par ses productions
et le message délivré auprès de leurs
pairs est très porteur.
Deux exemples d’action au long terme
1.
Outil de prévention réalisé
par une 6ème SEGPA
Origine du projet
Ce projet a débuté suite à une réflexion
de l’équipe éducative menée suite à
un incident concernant le cannabis.
Objectifs spécifiques
• Préserver la santé et empêcher
les élèves
d’être consommateur ou dealer de produits toxiques.
• Aider les élèves à régler
leur conflit relationnel.
• Aider les élèves à identifier
les personnes ressources en cas de difficulté.
• Réfléchir et dialoguer sur
l’image
de la toxicomanie ; briser l’influence et la brillance
du caïd.
• Donner du sens aux valeurs de notre société.
• Développer l’esprit critique.
• Lutter contre la violence engendrée
par la toxicomanie (vol, racket, violence verbale, prostitution,
violence psychique)
• Avoir une image de soi positive.
• Améliorer la communication des adolescents
avec leurs parents.
Objectifs opérationnels
• Construire un récit parlant de toxicomanie à partir
de discussions menées avec les élèves
de la classe et avec l’aide d’une conteuse et
du professeur de français de la classe concernée.
Un membre de l’équipe médico-sociale peut également
être présent. Il est alors une personne tiers qui
observe et est à même de repérer des jeunes
en difficulté.
• Diffusion de l’histoire à l’ensemble
des
élèves du collège afin de les sensibiliser
eux aussi.
• Parution d’un article dans la presse
pour valoriser les auteurs de l’histoire.
Le conte comme support pédagogique
Utiliser le conte permet une intervention ludique et dédramatise
le sujet.
Le conte permet à des jeunes réfractaires à
l’écrit de s’exprimer oralement sur leur propre
vécu et leurs propres expériences.
Le « il était une fois » situe immédiatement
l’histoire dans un autre espace temps et un autre espace
géographique. Dès lors, l’élève
peut prendre de la distance pour en parler.
Le conte a pour but d’engendrer et de faciliter la discussion
entre les jeunes. La présence d’un intervenant référent
tout au long de l’histoire est dès lors indispensable.
Les jeunes, en créant eux-mêmes un document deviennent
acteurs de prévention et se sentent reconnus.
Des partenaires
L’action s’est articulée autour du conteur,
de la direction, de l’enseignant, d’un personnel de
santé suite à une concertation préalable et à l’élaboration d’une stratégie
commune.
Conclusion
Notre démarche de prévention s’est inscrite
dans un processus d’éducation
à la santé. Elle a visé à :
-faire réfléchir le jeune sur les conséquences
de l’usage des drogues (sociales, environnementales, …)
- développer chez lui la notion de choix, de responsabilité
-à lui apprendre à se confronter à des situations
Notre intervention axée sur le conte a permis aux élèves
de s’approprier l’histoire et de la retravailler en
fonction de leur vécu. La production écrite a émergé
à partir de leurs témoignages et de leurs perceptions
autour des phénomènes de dépendance et de
leurs conséquences.
L’histoire
Kévin, Sandra, Ichem sont des camarades de longue date,
depuis le CP. Ils sont à présent en 5ème
au collège. Ils ont toujours été inséparables,
se racontant toutes leurs aventures, leurs problèmes,
leurs secrets, mais depuis leur entrée en 6ème
les choses ont changé.
Ils ont grandi. Sandra, la seule fille du groupe n’y comprend
plus rien. Kévin, qui venait la chercher pour aller au
collège semble l’éviter.
Depuis septembre, ils ne sont plus dans la même classe.
Pourtant, au début, rien ne semblait avoir changé.
Puis Alex est venu s’interposer entre eux. Alex est un garçon
qui est en 4ème. Il ne quitte plus Kévin. Sandra
ne l’aime pas du tout : elle le trouve bizarre. Kévin
pense qu’elle est simplement jalouse. Ichem, lui, ne dit
rien. Il observe et semble cacher un secret dont il ne peut pas
parler.
En dehors de l’école, dans leur quartier, kévin
redevient un copain, sauf lorsque surgit Alex pour le chercher.
Alex les appelle les « nains », se moque d’eux
sans arrêt. Et Kévin ne les défend pas, lui
qui avant se serait battu avec tous ceux qui auraient osé
embêter Sandra ou Ichem. A présent il regarde, sans
rien dire, et évite le regard de ses camarades.
L’autre jour, Ichem est arrivé en courant vers Sandra
et lui dit : « Viens, j’ai vu Alex et Kévin
partir vers l’usine. Depuis quelques temps, ils y vont sans
arrêt retrouver d’autres types plus âgés.
Quand il ressort, Kévin est toujours bizarre. On va le
suivre parce que je crois qu’il se passe quelque chose de
grave pour Kévin : il a changé, c’est louche.
Arrivés derrière l’usine, en ayant pris soin
de se cacher, ils voient Kévin et Alex, entourés
de deux filles et de cinq garçons qui disent : «
vas-y Kévin, courage, il faut essayer, tu verras, c’est
trop géant, au moins une fois pour voir. » Kévin
semble hésiter. Alex lui tend un paquet avec insistance,
avec un regard qui semble le défier.
Ichem et Sandra se regardent inquiets.
Mais que va faire Kévin ?


2. Concours d’affiches de
prévention ou de bandes dessinées
En partenariat avec la Brigade de Prévention
de la Délinquance Juvénile de Mulhouse et à
l’initiative des formateurs relais anti-drogues de la Gendarmerie
du Haut-Rhin, nous avons initié un projet de concours d’affiches
de prévention, puis de bandes dessinées destiné
à la prévention des conduites addictives chez les
adolescents.
Cette action vise à inscrire les collégiens des
classes de 4ème et de 3ème en tant qu’acteurs
de prévention et non plus en simples spectateurs de discours
de prévention. Ce public a été choisi parce
que les expérimentations et tentations concernant les conduites
à risques sont fréquentes.
Dans le cadre de ce projet, nos partenaires sont la MILDT (Mission
Interministérielle de Lutte contre la Toxicomanie), Monsieur
le Directeur de Cabinet de Monsieur le Préfet du Haut-Rhin,
chargé de mission départementale MILDT, l’Education
Nationale en la personne de Monsieur l’Inspecteur d’Académie
du Haut-Rhin.
Les objectifs de ce projet sont :
- de sensibiliser ces publics par une démarche préalable
d’accompagnement et d’information sur les risques
drogues.
- d’amener une stratégie de prévention par
l’auto-interpellation des collégiens via la réalisation
de supports s’appuyant sur l’image, la photo, le dessin,
ainsi que la symbolique d’un message à faire passer
et donc favoriser la prise de position face à la drogue
(savoir dire non) mais aussi la responsabilisation de ce même
public par l’impact du message créé à
destination de leurs cadets (6ème et 5ème).
- Valoriser le travail artistique réalisé par la
promotion et la représentation de ces bandes dessinées
au cours d’expositions destinées à tout public,
cela hors des limites de l’établissement scolaire,
à l’échelon académique et au delà.
- Créer une dynamique d’action au niveau du département.
Ce concours est maintenant pérenne dans le département
et s’inscrit dans le cadre des comités d’éducation
à la santé des établissements scolaires.

Lycée
L’âge de la vie qui paraît le plus exposé
au risque de trouver refuge dans les produits psychotropes est
celui de l’adolescence car c’est une période
où l’individu vit une crise qui bouleverse nombre
de ses repères et le rend particulièrement
sensible
à l’influence des pairs qui peut être positive
mais peut aussi parfois engager un individu dans des pratiques
déviantes. C’est parfois un moment où des
souffrances non réglées peuvent se décharger
à travers des passages à l’acte et des conduites à risques.
On peut alors légitimement penser que le lieu le mieux
adapté
pour faire de la prévention est l’école.
Dans le
cadre de son activité de prévention, l’équipe
de prévention du Cap travaille en collaboration avec
l’Education
Nationale. Les établissements scolaires sont les territoires
privilégiés de la prévention puisque
ce sont des lieux obligatoires où les adolescents
viennent. Les symptômes les plus décrits par
les partenaires de l’Education Nationale (proviseurs,
principaux, conseillers principaux d’éducation,
enseignants, infirmières,
médecins scolaires) sont le développement du
recours aux substances psycho actives, la banalisation du
cannabis et
le développement des alcoolisations aiguës.
Les actions de prévention se déclinent de
différentes manières :
1. Le premier niveau d’intervention consiste à sensibiliser
et informer les élèves sur le thème
de la toxicomanie, les différentes drogues, leurs actions,
leurs effets secondaires, les risques en lien avec une consommation
(conduite routière, sexualité, violence…).
Les principales drogues utilisées par les jeunes, que ce
soit de façon ponctuelle ou habituelle, sont le tabac,
l’alcool et le cannabis.
D’une manière plus restreinte, certains élèves,
en usage ou en expérimentation, se tournent vers l’ecstasy,
le L.S.D., les psilocybes.
Lors de ces actions de prévention, au sein du service de
prévention, nous différencions les publics et les
usages. Notre discours n’est pas le même selon que
l’on soit dans un collège, dans un lycée,
dans un centre de formation en apprentissage ou dans un quartier
dit « quartier sensible », etc. Dire « ce n’est
pas bien de prendre un produit » ou « il faut faire
attention avec ce produit » n’est pas la même
chose. Il est d’autre part primordial de différencier
la consommation occasionnelle d’un produit et la consommation
avérée de celui-ci.
Un débat est donc organisé avec la classe ou un
groupe d’élèves en fonction de leur âge
et de leur maturité. Une réflexion est menée
à partir des questions et des préoccupations du
moment des élèves. Un questionnement autour de leur
vécu, leur quotidien, leur permet de trouver un sens personnel
à leur éventuelle consommation de drogues ou de
renforcer leur position de non consommateur. Nous insistons sur
la notion de choix, la place et le sens du produit dans leur vie.
Le discours ne doit pas être en contradiction avec l’expérience
des adolescents afin de leur faire prendre conscience des risques,
de prévenir une première consommation et de modifier
des comportement s’il y a déjà eu utilisation.
Lors de ces actions de prévention, nous essayons d’offrir
aux individus la possibilité d’être en situation
de réflexion. A travers différentes méthodes,
on peut essayer lors de ces actions de prévention de changer
la position des adolescents. En tendant un miroir, on crée
une situation où les personnes peuvent se regarder. En
changeant un rapport spontané, irréfléchi
en position réflexive, on permet un choix. C’est
en permettant aux adolescents de ne plus être dans l’immédiateté
mais dans quelque chose de réfléchi que l’on
peut promouvoir cela. Il s’agit aussi d’aller au delà
de la connaissance des dangers des drogues pour s’intéresser
aux motivations intimes pouvant conduire à en consommer
malgré tout.
2. Le deuxième niveau d’intervention consiste en
l’organisation de groupes
de parole autour de thèmes que les élèves
choisissent. Ces groupes se forment à partir du volontariat
des élèves qui sont répartis par niveau
de maturité (6ème-5éme, 4ème-3ème,
2de-1ère-term). Ce sont des temps où les élèves
peuvent s’exprimer autour de sujets qui les préoccupent,
en toute confidentialité, dans le respect et l’écoute
des autres. C’est un apprentissage à la citoyenneté
où les élèves peuvent parler, argumenter,
en respectant les opinions diverses. Les contenus de ces groupes
de parole peuvent être très riches et très
variés.
Les groupes de paroles sont nés de constatations et d’une
évidence. Tout d’abord, un certain nombres d’établissements
scolaires nous ont interpellé en nous demandant comment
se positionner et gérer des jeunes surpris à fumer
du cannabis au sein de l’établissement scolaire,s’il
faut les exclure conformément au règlement intérieur
ou faire appel aux représentants de la loi et s’il
n’est pas possible de trouver une réponse complémentaire.
D’autre part, au travers des entretiens cliniques effectués
par les psychologues des services de soin, le constat s’est
imposé : les toxicomanes commençant à émerger
de leur dépendance au produit, expriment un questionnement
qui trouve sa racine dans la période qu’est l’adolescence.
Les questions philosophiques, métaphysiques et existentielles
abondent. La prévention des toxicomanies est aussi une
prévention contre d’autres souffrances et par là
même contre d’autres conduites à risques.
La prévention doit aussi répondre à d’autres
préoccupations que l’usage des drogues. A travers
les groupes de parole, nous proposons par exemple aux adolescents
des échanges en fonction de leurs demandes. Tout ce qui
conduit à l’épanouissement des jeunes contribue
à la prévention des conduites à risques.
La prévention est aussi là pour aider les adolescents
à faire des choix en s’appuyant sur des composantes
naturelles de leur personnalité telles que le sens de l’humour
et de la dérision, leur goût prononcé pour
les rencontres, leur curiosité, leur ouverture aux expériences
nouvelles et leur appétit de connaissances sur le monde
et sur eux-mêmes.
L’évidence fut alors de mettre en place des lieux
et temps de rencontre pour permettre aux préadolescents
et aux adolescents d’exprimer leurs interrogations sur la
vie et, ainsi, de ne pas donner de mauvaises réponses (drogues,
violence…) à de bonnes questions. Les groupes
de parole trouvent là tout leur sens.
3. Le troisième niveau d’intervention est l’élaboration
d’actions au long terme qui se déroulent
sur une partie ou toute une année scolaire. L’accent
est mis sur la volonté d’élaborer des actions
de prévention suivies et réfléchies en commun
avec les équipes pédagogiques. Nous accompagnons
les élèves et leurs professeurs intéressés
par une démarche de prévention où les élèves
deviennent parfois acteurs de prévention.
Les formes sont très variables et aboutissent toujours
vers une production (réalisations de panneaux, de vidéos,
de dessins…) avec délivrance d’un message de
prévention que les élèves souhaitent transmettre
à leurs paires. Les élèves sont motivés
et valorisés par ses productions. D’autre part, le
message délivré auprès de leurs camarades
est très porteur.
4. Accompagnement des lycées qui sont dans une démarche
de réflexion concernant l’application stricte de
la loi Evin dans les lycées
en 2007.
Université
1. Journées de sensibilisation à travers des forums
santé où il s’agit d’animer un stand.
2. Réunions d’information destinées aux enseignants
concernant les addictions.
3. Cycles de formation pour l’ensemble du personnel du
CLOUS de Mulhouse et Colmar.
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